
Le 1er mars 1892, Firmin Auguste JOUVENELLE comparait devant Armand BAILLET maire de la commune de Fouilloy. Il y présente un enfant de sexe masculin né la veille, le 29 février à trois heures du soir, de lui-même et de son épouse Alix Alma CALLOT. Il déclare lui donner les prénoms de Raymond Théodore.
Firmin âgé de 27 ans est domestique, originaire de Rouvroy-en-Santerre, et Alma, 23 ans, sans profession, a vu le jour à Fouilloy où ils se sont mariés le 7 février 1891. Lors de cette union, ils ont légitimé une première fille, Marguerite, née en 1888.

Raymond est le deuxième enfant d’une fratrie de sept, Gaston en 1893, Robert en 1894, Léopoldine en 1895, Félix en 1898 et décédé en 1901, et la benjamine Lauréane en 1908.
Les enfants fréquentent l’école sous la direction de l’instituteur Alcide CARON et de son adjoint Victor DOUCHET.
Au recensement de 1906 à Fouilloy, Raymond habite avec ses parents, frères et sœurs, chez son beau-père Léopold CALLOT, buraliste rue de la Chaussée. Firmin est toujours domestique chez Bullot-Boutmy, usine de mèches et veilleuses fondée au milieu du XIXe siècle, Alma devient débitante pour aider son père.

Raymond en âge de travailler, exerce la profession de tailleur chez Arsène GEISS à Corbie, il réside alors rue Jules Lardière avec toute sa famille.
Alma, sa mère, est devenue patronne de l’établissement de son père Léopold.
En 1912, Raymond est appelé à se présenter au Conseil de révision de Corbie. Déclaré apte au service, il sera incorporé au 8ème Bataillon de Chasseurs à pied le 10 octobre 1913 et déclaré chasseur de 2ème classe le dit jour. Ce Bataillon tenait garnison à la Citadelle à Amiens jusqu’en mai 1913 avant de s’installer à Etain près de Verdun (Meuse) ; c’est dans cette caserne stainoise que Raymond va être orienté.

Le 1er aout 1914, c’est la mobilisation générale, sa compétence civile de tailleur est exploitée et il est affecté à la Section Hors Rang (S.H.R.) du Dépôt. La S.H.R. désigne l’ensemble des personnels administratifs, logistiques et de soutien placés en dehors des unités combattantes. Raymond y restera jusqu’au 1er septembre 1915, date à laquelle il sera intégré à la 13ème Compagnie du 8ème B.C.P., compagnie d’instruction, afin d’être soumis à un nouvel entrainement physique et militaire, en vue d’un départ imminent vers le front. A la suite de son passage dans cette compagnie il est envoyé au front comme renfort au 48ème Bataillon de Chasseurs à pied, bataillon de réserve du 8ème B.C.P. créé à Amiens le 2 aout 1914.
Le 48ème est engagé dans la Bataille de la Somme depuis juillet 1916 à quelques kilomètres de Berny-en-Santerre, ce village pilonné et détruit par l’artillerie des deux camps sera repris par les Français début septembre.

Le régiment subit de nouvelles attaques ennemies, et le 11 octobre 1916, une journée des plus sombres et meurtrières de l’histoire du 48ème, l’infanterie allemande déclenche une vigoureuse attaque et enfonce les lignes de défense tenues par nos Chasseurs à pied. C’est dans ce chaos indescriptible que Raymond JOUVENELLE a trouvé la mort dans la boue de l’automne picard. Il avait 24 ans !
Raymond sera inhumé dans un premier temps dans le cimetière militaire provisoire de la Route Nationale d’Amiens à Saint-Quentin.
– Eugène Robert JOUVENELLE, le frère cadet de Raymond, né à Fouilloy le 3 avril 1894, travaillait chez Bullot-Boutmy comme son père Firmin. Robert occupait l’emploi de tisseur en mèches.
Incorporé au 120ème Régiment d’Infanterie le 1er septembre 1914 et après son instruction militaire, il rejoint le front le 11 novembre 1914 à la 9ème Compagnie. C’est la guerre des tranchées et son régiment est positionné dans le bois de la Gruerie en Argonne où de violents combats ont lieu. Quelques mois plus tard le 120ème est déplacé en Champagne et c’est dans le combat de Mesnil-les-Hurlus inscrit dans la première Bataille de Champagne, que sous un bombardement d’artillerie lourde permanent, le destin de Robert va basculer, il est tué le 28 février 1915.

Les noms de Raymond et Robert JOUVENELLE sont inscrits sur le Monument aux Morts de Fouilloy et sur la tombe familiale du cimetière communal, deux frères réunis pour l’éternité.
Un autre frère de Raymond et Louis, né en 1893, Gaston Louis JOUVENELLE, sera ferblantier, marié en 1918 il aura six enfants dont l’ainé portera le prénom de Raymond en souvenir de leur oncle disparu. Un destin tragique attend ce dernier pendant la Guerre d’Indochine. Adjudant, il disparaitra le 2 juin 1948 au Fort de Cay Mai à Cholon – Saigon.


Lionel Joly – Danièle Remy

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