Décès des quatre Carpentier le 11 novembre 1914 à Lombaertzyde en Belgique

Les hommes qui  ont plus de 35 ans au 1er Aout 1914 à la déclaration de la guerre sont dirigés vers les régiments territoriaux. Ce qui n’a pas empêché ces régiments d’être envoyés rapidement en Belgique en renfort des régiments de « jeunes » qui avaient été décimés vers la fin du mois d’aout à la bataille des frontières et début septembre à la première bataille de la Marne. Le 12ème et 16ème Régiment d’Infanterie Territoriale font partie de la 81ème Division d’Infanterie Territoriale. Les allemands essaient de déborder les troupes belges, anglaises et françaises dans la course à la mer. Ces combats sont connus pour faire partie de la bataille d’Ypres.

Parmi ces soldats, 4 soldats qui ont pour nom « Carpentier » ont la malchance d’être tués le 11 novembre 1914 à Lombaertzyde en Belgique. L’un d’eux était au 12ème RIT, régiment formé à Amiens début août 1914 et dissous en janvier 1919, les 3 autres étant au 16ème RIT : régiment créé en 1914 à Péronne et dissous en novembre 1917.

Léon est né le 31 janvier 1873 à Amiens, il n’a pas de père déclaré, sa mère Marie Flore habite à Amiens  au 34, boulevard du jardin des plantes où elle a accouché en présence de Anna BONNET, sage-femme, les parents de Marie Flore sont cultivateurs à Villers-Bocage. Au conseil de révision qu’il passe à Boves, il est noté qu’il a les cheveux et les yeux gris pour 1.54m, il sait lire, écrire et compter, il exerce la profession de cocher à Thézy-Glimont.

Léon est reconnu par sa mère en date du 22 août 1894, avant d’effectuer son service militaire du 13 novembre 1894 au 72ème de ligne (comme on disait à l’époque) au 24 septembre 1895. A cette date, le service ne dure qu’un an, la guerre de 1870 est assez loin et on estime qu’on n’a plus besoin de trop de soldats.  Léon change plusieurs fois de résidence comme Thézy-Glimont, Boves, Villers Bocage. Il se marie à Amiens le 3 janvier 1899 avec  Léontine-Berthe HOURRIEZ, une jeune domestique de 17 ans originaire de Beaumetz les loges (Pas de Calais). Par obligation, il accomplit deux périodes d’exercices en 1900 et 1903 au 72ème, il fait une 3ème période au 12ème RIT en 1908 car il vient de passer ses 35 ans. En 1906, la famille habite à Villers Bocage rue de la Bassée, Léon est porteur de journaux pour le Petit Journal.

En 1911, dans la famille CARPENTIER, il y a 4 garçons : Léon né en 1900, Albert en 1904, Joseph en 1905, Alfred en 1907Gabriel en 1909 et une fille Jeanne, née en 1910, la mère de Flore habite avec eux. A 41 ans, Léon est rappelé début aout 14 alors qu’il fait maintenant partie de la réserve de l’armée territoriale, son régiment est envoyé dans le Nord entre Hazebrouck et Saint Omer à la mi-août, le repli sur Amiens s’effectue à partir du 27. Après la bataille de la Marne, le 12ème RIT repart de l’avant en direction du Pas de Calais puis de la Belgique. A partir du 7 novembre avec l’armée belge, il faut dégager Nieuport et la route sur le fleuve Yser. Les bombardements ennemis  sont violents  et le régiment doit se replier. Le 11 novembre, Léon est porté disparu et considéré comme tué à l’ennemi.

Son décès est officialisé le 25 mars 1915. La mairie de Villers bocage et ses parents ne seront prévenus officiellement qu’en novembre 1920.  En 1921, Léontine vit encore à Villers Bocage, rue de la Bassée avec 4 enfants dont le dernier Edouard est né en 1914, année du décès de son père.

Trois autres Carpentier du bureau de recrutement de Péronne

– Emmanuel dit Henri est né en janvier 1874 à Fontaine sous Montdidier, rue verte, déclaré par Degouy François, patron de Anaïs BARBET, la mère, qui est sa domestique. L’enfant porte alors  le nom de sa mère BARBET. En 1881 à Fontaine, rue de Framicourt, Anaïs vit avec Marie, le père de ses enfants : Ernest, né en 1876 et Albert en 1879, Emmanuel, qui a 8 ans habite chez  les grands- parents maternels qui vivent rue d’en bas à Fontaine. Les 3 garçons seront reconnus officiellement par le père, Marie CARPENTIER, lors de son mariage avec Anaïs le 7 janvier 1882. Marie, originaire de  Pierrepont sur Avre, exerce la profession de peintre.

Au conseil de révision en 1894, Emmanuel est dispensé. Mais il part quand même le 12 novembre 1895 pour le 120ème RI stationné à Péronne. Le 27 septembre 1896, il peut retourner chez lui et reprendre son travail de journalier. Il effectue deux périodes d’exercices en 1901 et 1904 au 120ème RI, il est dispensé d’une troisième période en tant que sapeur-pompier. En 1906, les parents habitent Pierrepont sur Avre avec 3 enfants Albert, Edmond et Charles. En 1911 le couple est toujours à Pierrepont avec leur fils Edmond, né en 1886. A la déclaration de  guerre, Emmanuel, qui a 40 ans, est rappelé au 16ème  Régiment d’Infanterie Territoriale basé à Péronne, il y arrive  le 13 aout 1914.  

– André est né le 31 mai 1876 à Matigny près de Ham. Ses parents y sont recensés en 1876, rue de Douilly, ils vivent avec 3 enfants dont André qui a 6 mois. Le père Napoléon est manouvrier, l’épouse, Aurore RAMETTE est journalière, le premier fils Ernest de 17 ans est manouvrier. En 1896 au conseil de révision qu’il passe à Ham, André est charpentier, il est appelé au service militaire le 15 novembre 1897 au 72ème RI, envoyé en disponibilité en septembre  1900, il se marie avec Marie BERGEOT  le 27 septembre 1902 à Matigny, il est rappelé pour effectuer deux périodes d’exercices en 1903 et 1906 au 120ème RI de Péronne. Il n’effectuera pas une troisième période car il est aussi sapeur-pompier.

En 1906, au recensement de Matigny, André, ouvrier agricole, vit en couple avec Marie, rue de Douilly et leur fils Marius né en  1904.  Le 1er  octobre 1910, il passe dans l’armée territoriale. A la déclaration de la guerre, André a 38 ans, il arrive le 4 aout 1914 au 16ème  RIT.

– Louis est né le 5 septembre 1878 à Rouvrel, commune près d’Ailly sur Noye. C’est son père Louis Homère Gustave, âgé de 26 ans qui le déclare à la mairie, sa mère de 19 ans se nomme Philippine DECAUVE. A 20 ans Louis passe le conseil de révision, matricule 893, profession :  charretier, il est appelé au service militaire et se rend à Amiens au 128ème RI le 16 novembre 1899. Au bout de 3 ans, il est renvoyé dans ses foyers avec un certificat de bonne conduite. Le 1er novembre 1902, il passe dans la réserve de l’armée d’active. En 1904, il déménage à Sauvillers-Mongival, il habite chez une sœur de son père, Céline CARPENTIER, rue Mongival. Il effectue deux périodes militaires en 1905 et 1908 au 120ème RI de Péronne. En 1907, il se marie avec Pascaline CARE à Sauvillers-Mongival, ils emménagent ensuite rue de Moreuil.

  En octobre 1912, Louis passe dans la territoriale. La guerre déclarée, le 5 aout 14, il rejoint son nouveau régiment le 16ème RIT.

Le 16ème RIT à l’automne 1914

Le 16ème RIT quitte Péronne le 6 août et gagne Arques (Pas de Calais) puis part en Belgique mais dès le 23 août, le régiment se replie sur Amiens et le 29, il prend la direction du Sud-Ouest afin de couvrir Rouen. A la mi-septembre, le 16ème RIT cantonne entre Amiens et Doullens et gagne ensuit la bordure du Pas de Calais où les accrochages avec l’ennemi dans la région de Bucquoy font plus de 800 victimes, tués, blessés et disparus. Le régiment prend la direction du fleuve côtier Yser début novembre afin de soutenir l’armée belge qui doit combattre la garde prussienne. Les  troupes alliées au Nord de Nieuport se replient sur la rive gauche au prix de nombreuses pertes : 31 officiers et plus de 700 hommes sont tués, blessés ou disparus : le 16ème RIT est de nouveau décimé, parmi les victimes de  ce 11 novembre :

          –  Emmanuel est porté disparu, son corps n’a pas été retrouvé ni identifié.

          – André sera d’abord déclaré prisonnier le 11 novembre 1914 à Lombaertzyde en Belgique et interné à Wetzlar dans le land de Hesse mais ensuite déclaré décédé ce même jour. La commune de Matigny recevra l’officialisation de son décès le 27 janvier 1921. Le 27 décembre 1922 il est décoré à titre posthume de la médaille militaire.  

          – La déclaration du  décès de Louis sera officialisée  le 20 janvier 1921. La médaille militaire lui sera décernée à titre posthume le 24 septembre 1923.  Son nom est inscrit sur les monuments aux morts de Rouvrel et de Sauvillers Mongival. Louis et son épouse n’ont pas eu d’enfants et Pascaline retourne vivre avec ses parents et sa sœur Alice à Sauvillers Mongival sans attendre la fin de la guerre qui lui a pris son mari. Pascaline ne s’est pas remariée, sa sœur Alice non plus. Ernest, le frère de Louis, décédera de ses blessures le 25 septembre 1917, il est inhumé à la nécropole de Bevaux à Verdun (Meuse), tombe 1359.

Les monuments aux morts et plaques commémoratives

             Didier Bourry – Lionel Joly

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2 commentaires sur « Décès des quatre Carpentier le 11 novembre 1914 à Lombaertzyde en Belgique »

  1. Enfin on évoque le 16 RIT de Péronnes Mon arrière grand père y a mis sa vie en jeu en octobre 1914 pour défendre âprement Courcelles le Comte Il s’agit du sergent-fourrier Deschamps Léon instituteur à Conflent Saint Honorine Il laisse une jeune veuve et 2 petites vivre sans lui dans le mal être …

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