
Le 10 janvier 1892 à l’heure de midi, Jean Baptiste GUETTE déclare devant Monsieur Arsène MAGNIEZ, Maire d’Epehy, que Irma CARREZ son épouse, a donné naissance à 6 heures du matin à leur domicile, rue du Passage à niveau, au cinquième fils de la fratrie. Les prénoms de Paul, Lucien sont enregistrés dans l’acte d’état-civil.
Son père, Jean Baptiste, est alors cantonnier de chemin de fer, il a 38 ans et sa femme âgée de 30 ans est garde barrière. Joseph GUETTE, marchand de chaussures de 48 ans, cousin de Jean Baptiste, est témoin avec Anatole LEGRAND cultivateur. Le couple est originaire du département du Nord, Gouzeaucourt pour Jean Baptiste et Villers-Plouich pour Irma. Ils se marient en février 1882 à Villers-Plouich et habitent à Gouzeaucourt où est né leur premier garçon Edmond Jean Baptiste en septembre 1883.

Travaillant aux Chemins de fer du Nord tous les deux, le couple emménage dans la maison du garde-barrière, et ensuite à Epehy où ils occuperont les mêmes fonctions. C‘est dans ce village que les trois enfants suivants vont naître, ils se nomment Louis Frédéric en 1885 mais décédé en 1890, Henri en 1887 et un quatrième garçon prénommé aussi Louis Frédéric en 1890. Sept ans après Paul, un dernier garçon, André, verra le jour en 1899,
Epehy est une commune à l’est de la Somme à la frontière du département du Nord, à quelques kilomètres de Gouzeaucourt et de Villers-Plouich. La population en 1881 était d’environ 1900 âmes, mais après les combats de la guerre et les diverses évacuations forcées par les Allemands, il en reste moins de 1000 en 1921. Il faudra attendre une dizaine d’années pour revenir à 1400.
Les métiers exercés à Epehy sont ceux nécessaires à la vie d’une commune de cette importance, avec des horlogers, chapeliers, tailleurs d’habit, et aussi des tisseurs, tricoteuses, bobineuses. La gare de chemin de fer est importante, car il y a deux lignes qui se côtoient, celle de Saint-Just-en-Chaussée vers Douai et celle de Fins vers Roisel. Il y a au moins trois employés avec le chef de gare ainsi que le chauffeur et le mécanicien des trains. Cinq cantonniers de chemin de fer s’occupent de nettoyer les voies ferrées, et leur épouse sont souvent garde-barrière aux deux passages à niveau, comme Irma la maman de Paul.

Deux instituteurs, Julien MATTE et Lucie JOFFRES, se partagent les enfants scolarisés, aidés de deux stagiaires. A l’église il y a le vicaire Raphaël LACQUEMONT avec un prêtre Alphonse CHOQUET. Pendant la guerre, ce sont les anglais qui ont pris position dans ce village et deux cimetières témoignent de leur sacrifice.
A vingt ans, Paul passe le Conseil de révision comme les quinze jeunes de sa classe. Il est le seul à aller dans un régiment d’artillerie, le 11ème Régiment d’Artillerie de Campagne. Celui ci est basé à Rouen à la caserne Jeanne d’Arc. Il y arrive le 9 octobre 1913. Les premiers mois sont réservés à l’instruction et au maniement des pièces d’artillerie.

A partir du 5 août 1914 le régiment est transporté dans les Ardennes au nord de Rethel, il entre en Belgique et le 22 août il participe à la Bataille des Frontières. Ordre donné de se replier, il passe la Marne début septembre 1914, le régiment se trouve alors engagé dans la première Bataille de la Marne, où il faut résister « coûte que coûte » aux attaques des Allemands, suivant l’ordre du Maréchal Joffre.
Après la Bataille de l’Artois et celle de la Somme, c’est en avril 1916 que Paul va affronter
la bataille de Verdun. Les canons tirent sans discontinuité des deux côtés du front. Les villages, les forêts, les champs disparaissent. L’artillerie est particulièrement visée par celle de l’adversaire. Toute la terre est retournée plusieurs fois de suite.
Le 21 juin, Paul se trouve au Bois des Essarts à Fleury-devant-Douaumont. Gravement touché, il ne survivra pas à ses blessures. Paul avait 24 ans.

Après son décès, son colonel le fera citer à l’ordre du régiment : « Servant remarquablement dévoué et courageux, n’a pas voulu interrompre le tir de sa pièce malgré les bombardements des plus violents au cours desquels il a été tué ». La croix de guerre lui a été décernée.
La transcription de décès est envoyée à Epehy en septembre 1919.
Son nom est gravé sur le Monument aux Morts d’Epehy avec 64 camarades du village.

Dans l’église Saint-Nicolas d’Epehy, les anciens combattants et les habitants ont offert une plaque nommant 56 morts de la guerre 14-18
– Son grand frère Edmond né en 1883, est également employé aux chemins de fer. Il commence son service militaire en novembre 1904 au 120ème Régiment d’Infanterie. Au bout de deux ans, il est monté en grade, et nommé sergent en septembre 1906.
Mobilisé à la déclaration de la guerre, il est affecté à la Compagnie du Nord. Démobilisé en aout 1919, il restera dans cette compagnie et deviendra chef de manœuvre à la gare de Péronne-Flamicourt.

– Louis Frédéric né en 1890 est également cantonnier aux chemins de fer, il part à l’armée le 9 octobre 1911, affecté au 5ème Génie basé à Versailles au Camp des matelots il est libéré en novembre 1913.
Ce régiment était spécialisé dans les travaux de voie ferrée. Pendant la guerre les effectifs sont passés à 85 compagnies avec plus de 20 000 hommes, pour finir en 1918 à plus de 100000. L’Etat major a recruté des coolies chinois, des travailleurs indochinois et malgaches. Ils ont reconstruit plus de 7500 km de voies ferrées. Le 5ème Régiment du Génie a été particulièrement sollicité en Champagne (1915), à Verdun et dans la Somme (1916), dans l’Aisne (1917), le Général Joffre est un ancien chef de corps de ce régiment.

Louis est rappelé à l’activité le 1er aout 1914 dans ce même régiment.
En février 1916, atteint de fièvre typhoïde, il est évacué vers l’hôpital militaire d’Epinal et ne rejoindra l’armée que le 7 juin 1916.
Le 4 aout 1917, une partie du régiment est envoyé en Italie, Louis reçoit le « Ruban Italien des Fatigues de Guerre », la Médaille commémorative et la Médaille interalliée. Il rentre en France le 31 mars 1918 et sera démobilisé en aout 1920, il se retire à Doingt-Flamicourt comme son frère Edmond.
– André, le cadet, né en 1899 ne participera pas à la guerre. Il est parti dans la boulangerie à Creil dans l’Oise. En mars 1919, il est incorporé au 72ème Régiment d’Infanterie et comptabilise cinq mois de campagne contre l’Allemagne. Puis il passe au 51ème . Libéré en mars 1921, il part sur Cambrai, comme affecté spécial à la Compagnie des Chemins de fer du Nord.
Parmi les jeunes de la classe de 1912, cinq ne sont pas revenus, leurs noms sont inscrits sur le Monument aux Morts d’Epehy.
En 1921 les parents, Jean Baptiste et Irma, sont toujours à Epehy, dans la maison du garde-barriere.

Didier Bourry – Danièle Remy

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