
Paul Victorine Elie DENAUX naît le 22 août 1885 à Méharicourt dans la Somme, un village du Santerre.
Dans ce dernier quart du 19ème siècle, cette commune compte un peu plus de 1000 habitants. Les hommes sont badestamiers (bonnetiers qui fabriquent des bas en grosse laine dite estame) et les femmes, couseuses ou ravaudeuses dans trois usines à vapeur où sont confectionnés bas, chaussettes et gilets de chasse, plus de 500 ouvriers y sont employés.

Paul est le fils de Louis Achille Victorice né également à Méharicourt, le 22 août 1854 et exerçant la profession de domestique, et de Marie Virginie Sidonie LHOMME, née en 1858 à Chilly (Somme), couseuse de bas. Louis et Marie se sont mariés en 1876 à Chilly, commune voisine de Méharicourt
Paul est le quatrième enfant d’une fratrie de huit, cinq garçons et trois filles dont deux sont décédées en bas âge.
La famille DENAUX habite rue de Fouquescourt à Méharicourt.
Les parents décèderont en 1908 pour Sidonie et en 1909 pour Victorice, plusieurs enfants sont déjà mariés.

A l’âge adulte, Paul travaille comme ouvrier bonnetier chez Capart-Damay. Il vit avec sa famille alors composée de ses parents, sa sœur Marie-Thérèse, née en 1888 et deux de ses frères, Zelomir né en 1893 et Gaston né en 1896.
Recensé dans le canton de Rosières-en-Santerre sous le matricule 812, Paul DENAUX, cheveux noirs, yeux marron et mesurant 1m64, est incorporé au service militaire le 7 octobre 1906 au 120ème Régiment d’Infanterie à Péronne.
Ses états de service sont satisfaisants puisqu’il est promu caporal le 1er octobre 1907. Titulaire du certificat de bonne conduite, il est placé en disponibilité le 25 septembre 1908 avant de rejoindre la réserve le 1er octobre suivant.

Le 4 mars 1909, il épouse, à Méharicourt, Marie Jeanne RUBIN, le couple résidera rue de Rouvroy dans ce même village.
Lorsque la guerre éclate, Paul est rappelé sous les drapeaux par le décret de mobilisation générale du 1er août 1914.
Au cours du conflit, Paul DENAUX , affecté dès le début, au 120ème R.I. a ensuite servi dans plusieurs unités :
– au 291ème Régiment d’Infanterie à partir du 30 mars 1915 ;
– au 348ème Régiment d’Infanterie à compter du 22 juin 1916 ;
– au 30ème Régiment d’Infanterie à partir du 12 mai 1918.
Une mention figurant dans son dossier militaire indique qu’il est rétrogradé au grade de soldat de 2èmeclasse en mars 1915 à la suite d’une affaire disciplinaire. Toutefois, une ordonnance de non-lieu est également signalée à la même date.
Après avoir combattu sur différents fronts, à la fin du mois de mai 1918, alors qu’il occupe un poste d’observation dans le secteur de Bligny (Montagne de Reims), dans la Marne, Paul est grièvement blessé, un éclat d’obus a entraîné une plaie pénétrante à l’abdomen. Evacué le 31 mai 1918 vers l’hôpital mixte de Vitry-le-François (Marne), il succombe à ses blessures le 7 juin 1918, il y a 108 ans. Il est alors âgé de 32 ans.
La transcription de son décès a été adressée à Paris 17ème arrondissement, le 8 juin 1918.
Paul est inhumé dans la Nécropole Nationale de Vitry-le-François, tombe 306.

Reconnu Mort pour la France, il rejoint la longue liste des habitants de Méharicourt tombés durant la Première Guerre Mondiale et inscrits sur le Monument aux Morts de leur village ainsi que sur une plaque commémorative dans l’Eglise Saint-Martin.
Le nom de Paul DENAUX se trouve aussi dans le Livre d’Or de Paris 17ème et sur le Monument aux Morts de la Grande Guerre de la Ville de Paris (Père Lachaise). Son épouse, Marie Jeanne RUBIN, résidait alors avec ses parents dans cet arrondissement; elle s’est remariée en 1920.
Pour son courage au combat, Paul Victorice Elie DENAUX recevra à titre posthume, la Médaille militaire et la Croix de guerre avec étoile d’argent, faisant suite à deux citations.
Ses frères, tous nés à Méharicourt, ont aussi participé à cette guerre.
– Louis Achille Auguste dit Julien, né en 1879, a effectué son service militaire au 120ème Régiment d’Infanterie, comme Paul. Bonnetier chez Capart-Damay, il se marie en 1903 avec Charlotte BOYENVAL et réside rue de Fouquescourt à Méharicourt.
Rappelé à la mobilisation générale il arrive aux armées le 4 août 1914 au 16ème Régiment d’Infanterie Territoriale. Blessé le 11 novembre 1914 à Lombaertzyde en Belgique où ce régiment devait soutenir l’armée belge qui combattait la garde prussienne. Rentré au dépôt le 2 mars 1915 il restera détaché dans différentes usines jusqu’à sa démobilisation le 1er mars 1919. Le couple migrera ensuite vers la région parisienne.

– Oscar Désiré Fernand, né en 1883, a accompli son service militaire au 120ème Régiment d’Infanterie, comme son frère aîné et Paul. Arrivé au corps en novembre 1904, nommé caporal en 1905, mis en disponibilité en 1906, il se marie avec Julia GEORGET en juillet 1907. Il sera aussi bonnetier chez Capart-Damay et ils habiteront rue du Cours d’Eau à Méharicourt. Une petite Regina naîtra en 1908.
Rappelé le 1er août 1914 dans ce même Régiment, il est déclaré disparu le 17 septembre 1914 au Bois de la Gruerie dans la Marne, son décès sera fixé à cette date.

Oscar a peut-être côtoyé Paul, son frère cadet, pendant ces tout premiers mois de la guerre !
A titre posthume la médaille militaire lui sera décernée.
Il allait avoir 31 ans et laisse une veuve et une fillette de six ans.
Oscar est aussi inscrit sur le Monument aux Morts et sur la plaque commémorative de l’église de Méharicourt.
– Louis Zelomir, né en 1893, bonnetier comme ses frères aînés, épouse Camille MARECHAL en 1912 à Harbonnières, village où il résidera au moment de son Conseil de révision. Après avoir été ajourné pour bronchite aigüe, il est incorporé au 45ème Régiment d’Infanterie le 16 décembre 1914. Passé au 72ème R.I. en mai 1915, il est évacué malade pendant près de quatre mois à partir de juillet 1915, puis une nouvelle fois de mai à juin 1916.
Affecté au 87ème R.I. en février 1918, il se distinguera le 8 août 1918 sur la rive droite de l’Avre dans la Somme, et recevra une citation à l’ordre de la 3ème Division d’Infanterie

Louis sera de nouveau évacué le 8 octobre 1918 pour intoxication par gaz, il ne sera démobilisé qu’en juillet 1919.
– Charles André Victorine Gaston, le dernier des enfants DENAUX, né en 1896, non recensé en temps voulu par suite d’un cas de force majeure, ne sera incorporé au 3ème Régiment d’Infanterie que le 12 juin 1919 jusqu’au 24 octobre, jour de sa démobilisation.
Ouvrier bonnetier devenu soldat, Paul Victorice Elie DENAUX appartient à cette génération d’hommes mobilisés dès les premiers jours du conflit et qui ont supporté près de quatre années de guerre. Mort de ses blessures le 7 juin 1918, quelques mois avant l’Armistice, il demeure l’un des nombreux témoins du sacrifice consenti par les habitants de la Somme durant la Grande Guerre.


Christine Barbaut – Danièle Remy

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