Né le 22 décembre 1893, Fernand BUCHART est le fils de Célestin BUCHART et de Jeanne LENGLET.
A l’état civil, il se prénomme Raymond Désiré Victor mais il a toujours été appelé Fernand, dès son plus jeune âge, par ses proches.
Célestin BUCHART est originaire de Calonne-sur-la-Lys dans le Pas-de-Calais et Jeanne LENGLET de Molliens-Vidame, commune située à une quinzaine de kilomètres à l’ouest d’Amiens.

Après leur mariage, ils font un bref passage à Hem-Monacu, village de l’est du département de la Somme près de Péronne. Leurs deux premiers enfants y naissent : Louis en août 1892 et Fernand en décembre 1893. Puis la petite famille déménage pour s’installer dans la rue de Camps à Molliens-Vidame. Célestin est marchand de fer.
Marcel naît en 1895, Nelly en 1897, Lucien en 1898, Gaston en 1900, Henri en 1902, Jean en 1905, Marguerite en 1907 et Marcel en 1911. Désiré LENGLET, le père de Jeanne, devenu veuf, vivra également sous le même toit que sa fille, son beau-fils et les dix enfants du couple. La fratrie sera en réalité réduite à neuf puisque Marcel, le 3e garçon, meurt alors qu’il allait atteindre seulement l’âge de quatre ans.

La commune de Molliens-Vidame est chef-lieu de canton pourtant elle ne compte plus que 600 habitants au début du XXe siècle ayant perdu plus de 300 âmes en quelques décennies. L’activité dans le village est presque exclusivement liée à l’agriculture. Mais tous les habitants ne travaillent pas dans les fermes. L’installation d’une gare sur le territoire de la commune permet de se rendre facilement à Amiens pour y exercer un autre métier. La ligne de chemin de fer d’intérêt local qui passe à Molliens relie Amiens à Aumale. Le transport en train est également utilisé pour écouler les produits de la basse-cour en direction de la préfecture de la Somme. Si le franc-marché du 3e dimanche du mois à Molliens est un événement important pour la population, l’événement attendu par tous les locaux est surtout la grande foire aux chevaux dite de la Saint-Simon.
Célestin abandonne le métier de ferrailleur pour être cultivateur dans le village. Quelques années plus tard, il change à nouveau et devient employé de commerce. Il a de nombreux projets en tête.

Dans la rue de Camps, il y a quelques autres garçons du même âge que les aînés des frères BUCHART. Ces jeunes sont souvent ensemble. Ils jouent, ils discutent ensemble. Ils participent aussi souvent aux travaux des champs, notamment en période de moisson.
Dans la ferme de Léon MASSON, il y a deux garçons, Victor et Eugène et chez Alfred LUCET, l’ouvrier agricole des MASSON, il y a trois garçons, Joseph, Camille et Patrice. Les frères MASSON, les frères LUCET et les frères BUCHART fréquentent la classe d’Alfred DAIRE, l’instituteur public.

A la fin de l’école, Louis BUCHART, l’aîné des garçons devient menuisier. Fernand, son cadet, a d’autres ambitions. Il est attiré par la religion et souhaite devenir séminariste. Le vieux curé de Molliens-Vidame, l’abbé Célestin LEROY, a été remplacé alors qu’il avait plus de 90 ans. Fernand BUCHART assiste aux offices célébrés dans l’église du village par Paul DELY, un curé âgé d’une quarantaine d’années. Paul DELY est fils d’agriculteur. Originaire de Cardonnette, au nord d’Amiens, il s’est installé dans le presbytère de la paroisse de Molliens avec sa sœur aînée, Anna. Il n’est pas impossible que la rencontre entre Fernand BUCHART et l’abbé DELY soit à l’origine de la vocation du jeune homme.

Très bon élève, Fernand BUCHART poursuit ses études et entre au Petit Séminaire à Amiens où il est pensionnaire. Sa décision n’est pas encore pris mais plus il avance, plus il sent que sa destinée est de devenir prêtre.
A 20 ans, Louis BUCHART, l’aîné de la fratrie, est convoqué devant le Conseil de révision installé en mairie de Molliens-Vidame. Il est jugé apte. Son départ est programmé à l’automne 1913. Fernand BUCHART, son cadet, est convoqué quelques mois après. La loi des 3 ans a modifié les règles. Depuis 1905, les séminaristes étaient contraints d’effectuer leur service actif. Avec la loi des 3 ans de l’été 1913, ils doivent maintenant, comme tous les jeunes hommes à partir de la classe 1913, donner trois années de leur vie pour servir leur pays.
Le 10 octobre 1913, Louis BUCHART rejoint une compagnie du 3e Régiment de Génie casernée à Amiens. Sept semaines plus tard, son frère Fernand quitte les locaux du Séminaire de la rue Saint-Fuscien à Amiens pour retrouver Louis. Les deux frères ont la chance de pouvoir effectuer leur service militaire dans la même unité.

Le 3 août 1914, la guerre est déclarée par l’Allemagne. La compagnie du Génie d’Amiens est affectée à la 3e Division d’Infanterie constituée du 72e RI d’Amiens et du 128e RI d’Abbeville. A la fin du mois d’août, les jeunes hommes de cette division, composée majoritairement d’habitants de la Somme, combattent en Belgique, près de Virton, puis dans le secteur de Maurupt-le-Montois dans la Marne début septembre, avant de s’enterrer dans les tranchées d’Argonne de la mi-septembre 1914 jusqu’au début du printemps 1915. Les conditions de vie y seront dramatiquement difficiles. La maladie tue presque autant d’hommes que les balles et les obus.
En janvier 1915, Fernand est promu caporal. Placé dans une unité combattante du Génie, il sait qu’il devra maintenant emmener des hommes au combat. La mission de paix qui l’avait motivé pour entrer au séminaire est maintenant bien malmenée sur les champs de bataille d’Argonne.

Le 11 février 1915, Louis BUCHART est évacué pour maladie. Victime de la typhoïde, il est transféré vers l’hôpital temporaire n°2 de Clairvaux puis vers Autun en avril, pour une période de convalescence. Il est renvoyé au front le 1er juillet 1915.
Quelques jours avant le retour de son frère, Fernand a été capturé le 22 juin par les Allemands dans le secteur des Eparges près de la Tranchée de Calonne. Blessé au ventre par balle, il est transféré au Lazaret de Metz, ville située en territoire allemand depuis 1871. Le caporal séminariste est cité à l’ordre de la Division (« Gradé dévoué et courageux, grièvement blessé à la Tranchée de Calonne, organisant malgré le harcèlement continuel de l’ennemi une position nouvellement conquise »), mais son état est préoccupant. Il est hospitalisé pendant une très longue période dans le camp d’Hammelburg. Captif des Allemands, Fernand peut toutefois échanger de la correspondance avec les siens et plus particulièrement avec l’abbé DELY, dont il a donné le nom à ses geôliers comme personne à contacter en France. Transféré finalement vers la Suisse en juillet 1918, Fernand n’est rapatrié de Fribourg que le 3 décembre 1918, après la signature de l’Armistice.

A son retour en France, les médecins militaires qui l’examinent diagnostiquent la « maladie de Basidow caractérisée par un goitre occupant toute la face antérieure du cou et des problèmes cardiaques ». Ils détectent également une « cicatrice dans la région sacro-lombaire droite suite blessure de guerre« . Il est alors réformé provisoirement, puis définitivement en 1922 avec une pension d’invalidité de 40%.
Louis, son aîné, a été blessé par éclat d’obus au bras droit le 8 juin 1916 dans le secteur de Verdun. Il est évacué vers l’hôpital de Châlons-sur-Saône, puis le dépôt des convalescents de Saint-Marcel-les-Châlons dont il ne sort que le 5 décembre 1916. Il en conservera des séquelles pour lesquelles une pension lui sera attribuée en novembre 1921.

Louis et Fernand BUCHART ont échappé à la mort, tout comme leur frère cadet de la classe 1918, Lucien, mobilisé dans les derniers mois du conflit. Handicapés, abîmés, diminués mais vivants, les BUCHART ont échappé au pire…
Dans la rue de Camps à Molliens-Vidame, tous les garçons de leur génération n’ont pas survécu.
Eugène MASSON, le fils du fermier, a été tué en Argonne en décembre 1914. Camille LUCET, le fils de l’ouvrier agricole, est mort le 19 octobre 1915 à Tahure. Si Victor MASSON, le frère du regretté Eugène, s’en est presque sorti indemne physiquement, il n’en est pas de même pour les frères du pauvre Camille LUCET. Patrice est paralysé du pied droit à la suite d’une plaie en séton de la jambe droite. Joseph LUCET, l’aîné des trois frères, a été amputé de la jambe gauche.

Victor MASSON semble être le seul des sept copains de la rue de Camps à ne pas avoir été blessé au combat (sa seule blessure est liée à une chute de cheval qui a provoqué une contusion violente de la région métatarsienne). Pourtant qui peut dire qu’il n’est pas une victime, lui qui a connu les champs de bataille les plus meurtriers de la Grande Guerre, et qui a perdu son frère d’un an son cadet ?
Les noms d’Eugène MASSON et de Camille LUCET sont inscrits sur le monument aux morts de Molliens-Vidame. Ceux des cinq copains abîmés par la guerre ne sont inscrits sur aucun monument.
Après la guerre, Louis BUCHART a poursuivi son activité de menuisier. Il a travaillé dans le village de Molliens avant d’être embauché dans des entreprises amiénoises, chez Deneux, puis chez Asselin, le train facilitant les trajets quotidiens entre la commune et la métropole.

Lucien, le troisième des frères BUCHART, est devenu charcutier dans le village alors que son père, Célestin, a repris son activité de cultivateur dans la rue de Camps avec l’aide de ses plus jeunes fils.
L’horreur de la guerre n’a pas remis en question la vocation de Fernand. Il a poursuivi sa formation à Amiens puis a été ordonné prêtre et nommé à Longueau, cité cheminote et ouvrière située en périphérie d’Amiens. Il résidait rue de Corbie où ses parents, Célestin et Jeanne, l’ont rejoint en compagnie de leurs deux plus jeunes enfants, Marguerite et Marcel.
En 1936, alors que les menaces de guerre semblent éloignées pour beaucoup de Français, Fernand BUCHART est désigné par l’Armée « pour remplir à la mobilisation les fonctions d’aumônier militaire« .

En 1938, Fernand BUCHART est muté à Gamaches, dans l’ouest du département, logeant dans le presbytère où il héberge encore ses parents.

Fernand est rappelé à l’activité le 3 septembre 1939 pour servir dans l’armée française, à la suite du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Examiné par une commission médicale, il est rayé du service de l’aumônerie pour raisons de santé. Si le goitre a disparu, les problèmes cardiaques persistent. Les maux occasionnés par la précédente guerre ne seront jamais guéris.
Fernand a poursuivi son activité de prêtre et sa mission d’homme de paix jusqu’à la fin de sa vie. Il s’est éteint le 21 janvier 1972 à l’âge de 78 ans.
Xavier BECQUET
Le village de Dreuil-lès-Molliens a été rattaché à celui de Molliens-Vidame en 1972. La nouvelle commune constituée des deux villages porte depuis le nom de Molliens-Dreuil.
Remarque : le nom des deux fils aînés de Célestin BUCHART a été orthographié BUCHARD, par erreur, dans plusieurs documents d’archives.
Bonjour et merci pour cette recherche particulièrement fournie sur mes aïeux.
Je vous félicite pour ces détails qui m’ont sincèrement émus.
Je m’appelle Marcel Buchart et je suis le petit fils de Célestin et de Jeanne.
Mon père Paul Buchart né en 1906 faisait également partie de la fratrie que vous citez, mais il est manquant dans votre récit, il se situe après Jean 1905 et avant Marguerite 1907.
Il manque également mon oncle Pierre né en 1903.
Si vous désirez de plus amples informations sur notre famille n’hésitez pas à me solliciter.
J’ai moi même effectué des recherches et obtenus les papiers officiels sur leur participation à la guerre.
Encore merci et bravo pour ce formidable article.
Bien cordialement
Marcel
J’aimeJ’aime