Gaston SENEZ et ses frères du village d’Assevillers

Bataille de la Somme (1916)

Le 27 avril 1884, le curé Anatole CATEL baptise Philbert (ou Fulbert), Georges, Gaston sur les fonds baptismaux d’Assevillers en présence de Léopold SENEZ et de Appoline CHELLE, ses père et mère. Le parrain est Paul HERVET et la marraine sa tante Berthe ETEVE. Gaston est né le 10 avril soit deux semaines avant son baptême.

Léopold, le père a vu le jour en 1847 à Fay, commune voisine, et Appoline en 1855 à Assevillers. Ils se sont mariés en octobre 1874. Léopold est alors berger.

Gaston n’est pas le premier des enfants. En effet Tiburce, l’aîné, est né dès avril 1875, suivi de Juliette en 1876, Octave en 1877,  Théodule en 1878, Anatole en 1880. Après Gaston le sixième enfant, il y aura Fénelon en 1885, Antoinette en 1887, Gaétan en 1889. Deux filles naissent ensuite, Lucienne en 1890 et Fernande en 1896. Un dernier garçon André né en 1898 complétera cette grande fratrie de douze.

En 1906, les parents sont dorénavant cultivateurs et les neuf enfants, garçons et filles, aident à la ferme. Il n’y a jamais assez de bras pour s’occuper des bêtes et participer à la moisson. Le fils ainé Tiburce, Juliette et Antoinette se sont mariés et ont quitté leur famille.

En 1908, Léopold le père décède, et en 1911 six enfants résident encore avec Appoline, leur mère, dans la rue d’Herbécourt à Assevillers. Gaston a 27 ans.

Assevillers est une commune près de la route Amiens-Saint-Quentin, sur le plateau du Santerre. De 400 habitants en 1906, puis 300 en 1911, la population a du mal à revenir après la guerre. Elle reste à environ 200 pendant  plusieurs décennies. Son territoire est aujourd’hui traversé pas l’autoroute A1 et accueille depuis fort longtemps la plus grande aire d’autoroute : cœur des Hauts de France.

Le village d’Assevillers a été occupé par les allemands dès le 14 septembre  1914, le front étant à quelques kilomètres, ils ont creusé plusieurs rangées de tranchées. En avril 1915, les habitants sont obligés d’évacuer par la Belgique et la Suisse pour revenir en France. Du 24 au 30 juin 1916, les Anglais ont bombardé massivement ces positions allemandes et le village a été détruit presque complètement ainsi que celui de Fay rasé totalement.

Le 3 juillet le village est libéré par le 58ème Bataillon sénégalais. En mars 1918, le village est de nouveau occupé par les Allemands lors leur dernière offensive, il sera libéré définitivement le 28 aout par le 38ème Bataillon australien. Assevillers est classé en zone rouge, où normalement il n’y aurait pas du avoir des reconstructions. Mais certains habitants reviennent quand même. Le canton de Nonancourt dans l’Eure va contribuer à cette reconstruction.

Au Conseil de révision à Chaulnes, Gaston un jeune homme de 1m67, les cheveux et les yeux bruns, est déclaré bon pour le service. Le 10 octobre 1905, il arrive au 16ème Bataillon de Chasseurs à Pied. Il est mis en disponibilité en octobre 1906 et rejoint sa famille à Assevillers.

Suite à la déclaration de la guerre, il est rappelé le 5 aout 1914, et affecté au 48ème  Bataillon de Chasseurs à Pied qui vient d’être créé à Amiens. Le Bataillon se bat en Wallonie à Solre-sur-Sambre en Belgique, mais doit battre en retraite vers Guise (Aisne). Il reprend l’offensive en novembre à Soupir dans le même département pour la première bataille du Chemin des Dames.

En 1915, il combat à Nouvron à côté de Soissons. Puis c’est la préparation de la Bataille de la Somme. Le 1er  juillet 1916, les combats ont lieu à Estrées, Belloy-en-Santerre.

Le 13 septembre 1916, il y a 110 ans, Gaston est tué à Berny-en-Santerre à une dizaine de kilomètres de sa maison natale d’Assevillers.

Huit camarades du 48ème sont tués aussi, dont deux autres samariens, Lucien DEVOYE de Bernaville et Henri LEFEBVRE d’Amiens.

Gaston sera décoré de la médaille militaire à titre posthume en juillet 1925.

Sa mère après avoir évacué, décède également en 1916, peut-être sans avoir eu des nouvelles de ses fils qui sont au front.

Quand Gaston perd la vie, un de ses frères est déjà disparu : Gaétan né le 17 janvier 1889.

– Le 3 octobre 1910, Gaëtan est incorporé pour effectuer son service militaire au 160ème  Régiment d’Infanterie. Deux ans après il est libéré avec un certificat de bonne conduite en septembre 1912. Il retourne à la ferme de ses parents, avec ses frères et sœurs.

Le 2 aout 1914, il est appelé au 120ème  Régiment d’Infanterie de Péronne. Il ne sait pas qu’il ne reverra plus sa famille. Le 120ème est caserné depuis longtemps à Stenay. Le régiment part en Belgique pour contrer les allemands. Le 22 aout, les bataillons sont surpris par les allemands dans la plaine du Radan. Il y a plusieurs centaines de morts, de blessés et prisonniers. Le régiment recule vers la Marne, Gaëtan survivra aux combats de la première Bataille de la Marne, mais c’est dans le bois de la Gruerie, sur le territoire de Vienne-le-Château, que le 23 octobre 1914 il est porté disparu.

Comme pour tous les disparus, le jugement ne sera rendu qu’en avril 1920 et transmis à Assevilllers en avril 1921.

Bois de la Gruerie – 1914

– Le grand frère Tiburce, étudiant, a effectué son service militaire d’un an à partir d’octobre 1896 au 120ème de Péronne. Il devait être dispensé car ainé de dix frères et sœurs, mais le 5 aout 1914, il doit rejoindre le 16ème Régiment d’Infanterie. Avant sa démobilisation en 1919, il sera mis à la disposition de la Compagnie des Chemins de fer du Nord.

– Octave né en 1877, est incorporé pour le service militaire au 51ème Régiment d’Infanterie en novembre 1898, il y effectuera trois ans. Le 4 aout 1914 il est incorporé au 120ème R.I. puis au 107ème en avril 1917. Il est démobilisé en janvier 1919 car il a un enfant et surtout deux frères tués à cette guerre. Il rejoint son épouse Argentine DOMONT à Curlu deviendra débitant dans ce même village.

Octave sera cité à l’ordre du bataillon le 30 novembre 1918 : Excellent soldat toujours prêt à marcher, s’est fait remarquer le 29 avril 1918 dans les Flandres en accomplissant la mission de ravitaillement qui lui était confiée  sous un bombardement des plus violents.

– Théodule né en 1878 est ajourné pour faiblesse en 1899, puis est classé dans les services auxiliaires en 1900 à cause de ses pieds creux. En septembre 1915, il est quand même appelé mais comme il habitait à Saint-Quentin, pays envahi, il est prisonnier civil en aout 1914, et ne sera libéré qu’en décembre 1918. Convoqué le 1er février 1919 au 120ème, il ne fera que 10 jours d’armée.

– Anatole né en 1880, est dispensé ayant un frère déjà au service. Il rejoint la 22ème Section d’Infirmiers Militaires en novembre 1901 jusqu’en septembre 1902. En aout 1914, il est rappelé pour effectuer son service comme infirmier dans différents endroits. Comme Octave, il sera démobilisé assez tôt, en février 1919. Il se retire à Saint-Ouen chez un de ses frères, puis de nouveau à Assevillers en 1921 comme employé de commerce. Anatole est le seul qui reviendra à Assevillers.

– Le dernier de la fratrie se nomme André, il est né en 1898. Avant 1914, il a rejoint une de ses sœurs à Saint-Ouen, département de la Seine. Il vient d’avoir 19 ans quand il est incorporé dans un Régiment d’Artillerie lourde, le 102ème, puis dans d’autres au fur et à mesure des remaniements de la Division. Il est renvoyé dans ses foyers en mai 1920. En juillet 1921, il rejoint son frère Octave à Curlu, où il restera pour travailler comme ouvrier agricole puis cultivateur et épouser Marcelle WANNEÇON, débitante. Certains de ses descendants habitent et travaillent encore à Curlu.

Curlu – Café de la Place (café Senez)
Sur le banc des descendants d’André SENEZ

Huit garçons faisaient partie de la fratrie SENEZ, tous ont participé à cette Première Guerre mondiale, deux ne sont pas revenus, les six autres ont certainement gardé de sévères traumatismes dus aux douloureuses périodes traversées mais aussi en raison de la perte de leurs deux frères… Gaëtan avait 25 ans et Gaston venait d’avoir 32 ans.

Sur le Monument aux Morts d’Assevillers, les deux noms SENEZ Gaëtan et SENEZ Gaston sont inscrits.

Gaston est enterré dans le cimetière communal avec ses parents Léopold et Appoline. Une plaque rappelle la disparition de Gaëtan.

Dans une tombe voisine, reposent  Lucienne, Octave et Anatole.

       Monument aux morts d’Assevillers                          Cimetière communal d’Assevillers

Didier Bourry – Danièle Remy

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