
Victor Armand CAREL nait le 16 mars 1888 à 5 heures du matin à Amiens. Il est déclaré à l’adjoint du maire Florimond Honoré COZETTE par son père Auguste Damassène le même jour à 3 heures de relevé. Damassène a 44 ans, il est mécanicien ajusteur et habite avec son épouse Maria Angélina DELCUPPE dans la rue de l’Eglise du quartier Saint-Maurice. Angélina est ouvrière en fabrique et originaire d’Abbeville.
La rue se situe dans les quartiers Nord-ouest d’Amiens, le long de la Somme. C’est un quartier populaire avec d’anciennes usines de tissu et de teinture. Il existe la rue des Teinturiers que prolonge la rue Saint-Maurice. Les maisons dites « amiénoises » sont en brique rouge, petites en général, une cuisine en bas et une chambre au premier étage.

Armand est le cadet d’une fratrie de sept enfants. Les parents après leur mariage en 1872 à Amiens, habitent faubourg de Hem. Ils ont eu un premier garçon Elie né en 1873, puis ont suivi Irénée en 1875 et Auguste en 1876 tous deux nés à Abbeville où le couple avait déménagé à cette époque, Georgette en 1879 dans le quartier Montières d’Amiens que la famille CAREL avait réintégré, Eugène en 1881, et Adrien en 1884, le couple habite alors Quai de la Somme. Irénée perdra la vie à l’âge de quatre mois, cinq garçons et une fille composeront cette belle famille CAREL.

En 1902, Damassène le père décède à l’âge de 59 ans. Les premiers enfants sont déjà mariés et Georgette le sera en 1903. Les deux suivants, Eugène se marient en 1905 et Adrien en 1907.
En 1906, Armand est tisseur chez HAGIMONT comme son frère ainé, Elie, chez lequel il réside avec sa mère, rue Mac Mahon.
Armand est un peu turbulent, le tribunal d’Amiens le condamne à 16 francs d’amende pour avoir détérioré des objets publics. Il continue de vivre avec sa mère, mais celle-ci décède en 1908. Il ne tarde pas à se marier et le 27 février 1909, il épouse une amiénoise, Alphonsine GONZAL, piqueuse de chaussures chez HUNEBELLE. Ils habiteront tous deux au 17 rue de l’Amiral Cougerolles à Amiens. Armand exerce toujours la profession de tisseur.

Quelque temps après, il passe le Conseil de révision à Amiens, classé dans la 5ème liste de 1909, il sera exempté en 1910. Il a un bon degré d’instruction. C’est un grand gaillard de 1m80 aux cheveux châtains et aux yeux gris bleu, il porte une cicatrice sur la joue gauche
La guerre étant déclarée le 1er aout 1914 et le nombre important de tués dans les premiers jours à la Bataille des frontières, en Belgique, et ensuite à la bataille de la Marne où l’armée française bloque l’avancée allemande, il faut reconsidérer les exemptés et les ajournés. Dès l’instant où l’homme n’est pas handicapé, il est déclaré bon pour le service armé. C’est le cas pour Armand qui habite maintenant au 196 quai de la Somme, il est alors chocolatier.
Le 8 décembre 1914, le Conseil de révision d’Amiens le déclare apte à aller combattre, il est affecté au 151ème Régiment d’Infanterie pour faire son instruction. C’est le 24 février 1915, qu’il rejoint les Armées. Ce régiment est commandé par le Colonel Marie Philippe Edouard DILLEMANN en 1915 puis le colonel Edouard Jean Victor MOISSON. En 1935 ce régiment sera dirigé par le colonel De LATTRE de TASSIGNY qui passera général d’armée.

A 27 ans, le 18 juin 1915, Armand rejoint le 264ème R.I. créé en aout 1914, régiment de réserve du 64ème R.I. Toute l’année 1915, ce régiment reste dans l’Oise, et c’est vers mai 1916 que nous le retrouvons dans la Somme où va commencer le 1er juillet, la grande offensive menée avec les britanniques, c’est la Bataille de la Somme.
Après des succès brillants dans la région de Fay et l’avance de 2kms500 dans les lignes ennemies ainsi que la capture de 300 prisonniers, le régiment remonte en ligne dans le secteur d’Estrées et occupe le village.
Le 19 juillet 1916 à Estrées-Deniécourt, à moins de 40 kilomètres de son domicile où sa femme Alphonsine l’attend, il est tué à son poste de fusilier mitrailleur. Une citation lui sera attribuée : « fusilier mitrailleur plein de sang froid et dévoué, tué à son poste le 19-7-1916 à Estrées ». Armand avait 27 ans et laisse une veuve d’une trentaine d’années.
Pour ce fait d’armes, la médaille militaire lui sera décernée le 31 octobre 1920 et Alphonsine recevra cette médaille à titre posthume.
Le 15 décembre 1916, l’acte de décès avait été transmis à Amiens.

En janvier 1926, Alphonsine se remarie avec Henri Alcide BELLEPERCHE. Alcide habite à Amiens depuis fort longtemps, il fait toute la guerre au 37ème Régiment d’Artillerie et revient en mars 1919 dans le quartier Saint-Maurice, c’est là qu’il côtoie Alphonsine, veuve de guerre. Elle décède en mai 1952 à l’âge de 66 ans sans avoir eu d’enfants.
Le nom d’Armand CAREL est inscrit sur le grand Monument aux Morts de la place Saint-Roch où sont gravés 2658 noms d’amiénois morts à la guerre.
Armand est le seul samarien à avoir été tué ce 19 juillet 1916, il y a exactement 110 ans.
– Elie, l’ainé des enfants, fait son service militaire de novembre 1894 à juillet 1897 au 19ème Régiment de Chasseurs à cheval. Il se marie en avril 1898 avec Alphonsine DECLE. Rappelé en aout 1914, il rejoint divers régiments à cheval. Indemne physiquement, il rentre chez lui à Amiens en janvier 1919.
– Auguste, scieur de bois, accomplit son service militaire de novembre 1897 à septembre 1898 au 153ème Régiment d’ Infanterie. Service qui ne durera qu’un an, alors que son grand frère Elie, a fait trois ans. Il se marie en septembre 1899 avec Aurélie DABONNEVILLE. Il aura deux enfants. Ayant accompli ses deux périodes d’exercice au 72ème Régiment d’Infanterie d’Amiens, il commence la guerre dès le 4 aout, à la 10ème Compagnie de ce régiment, puis passe au 5ème Génie en novembre 1918. Il se retire à Amiens, route d’Albert où il exerce alors la profession de receveur d’octroi. Auguste sera inhumé à Amiens en1951.
Auguste a eu un fils, Théophane, né en 1894, celui-ci embarquera à destination de l’armée d’Orient en mars 1915 et sera rapatrié en juillet 1917 pour cause de paludisme, puis démobilisé en janvier 1919.

– Eugène né en 1881, aide charpentier, s’engage pour 3 ans le 18 mars 1902 à Amiens pour le Régiment de Sapeurs pompiers. Il se marie à la fin de son engagement en juin 1905 avec Pauline BOINET. Classé affecté spécial à la Compagnie du Nord en avril 1914 à la 5ème Section des chemins de fer, il restera dans cette section à la mobilisation du 2 aout 1914 et y passera toute la guerre. Libéré en aout 1920, il se retire à Amiens, puis à Dury-les-Amiens. Débitant de boissons il décèdera en 1945.
– Adrien, dessinateur calqueur au conseil de révision est dispensé, il a déjà un frère au service militaire. Il est condamné pour divers larcins comme son petit frère Armand. Il rejoint le 162ème R.I. en novembre 1905. Il y reste pendant un an et se marie en aout 1907 avec Gabrielle FAVRY. Classé dans les services auxiliaires en aout 1914 pour des problèmes pulmonaires, il est libéré en février 1919 et se retire à Camon.
Les parents d’Armand n’ont pas connu la douleur de perdre un fils à la guerre, ils sont décédés avant la mobilisation générale… mais ses quatre frères rentrés sans blessures apparentes ne pourront pas oublier leur « petit frère » !

Didier Bourry – Danièle REMY

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