ILS AVAIENT 20 ANS EN 1914 – fils et père dans la Grande Guerre

Né le 14 décembre 1894, Emile LERICHE est le fils de Georges LERICHE et d’Aline JOURDAIN.

Georges a vécu sa jeunesse à Englebelmer et Aline à Mailly-Maillet, deux villages mitoyens de la Somme situés à dix kilomètres au Nord-Ouest d’Albert, près de la limite du Pas-de-Calais.

Vincent LERICHE, le grand-père, est menuisier dans la Rue du Bas à Englebelmer. Octave JOURDAIN, le père d’Aline est charcutier dans la Rue de l’Eglise à Mailly-Maillet. Georges et Aline se marient le 31 décembre 1894 afin de « régulariser » leur situation. Georges a 19 ans, Aline en a à peine 17 quand le petit Emile vient au monde.

Le couple s’installe à Englebelmer dans la ferme des LERICHE. Vincent, le grand-père, a quitté son emploi de menuisier pour devenir fermier. Georges lui apporte son aide.

Quand Georges LERICHE est appelé pour le service militaire, en novembre 1896, le petit Emile a presque 2 ans. Georges n’a pas eu de chance. Au tirage au sort du Conseil de Révision d’Acheux-en-Amiénois, il a tiré un « mauvais » numéro. Alors que certains échappent à leur devoir patriotique, le service militaire dure trois années pour Georges LERICHE. Affecté au 120e Régiment de Péronne, il n’est libéré qu’en septembre 1899. Emile va bientôt avoir 5 ans.

Georges reprend son activité de cultivateur. Il reprend une petite ferme située Rue de la Place à Englebelmer. Georges et Aline n’auront pas d’autre enfant qu’Emile.

En 1902, puis en 1903, Georges LERICHE effectue des périodes d’exercices militaires dans la caserne Courbet d’Abbeville. Il a été rattaché au 128e RI. Chaque période obligatoire dure 3 semaines.

Emile suit sa scolarité dans l’école publique du village. Emile connaît deux instituteurs. Tout d’abord Louis LEDOUX, qui était déjà le maître d’école de son père. Puis, le vieux monsieur LEDOUX est remplacé par Elisée BOULANGER, un jeune instituteur originaire de Grandcourt.

Emile est bon élève. Il sait parfaitement lire et écrire. Mais même s’il en a assurément les capacités, il ne suit pas d’études supérieures. Son destin est tout tracé. Il se situe à Englebelmer. Emile LERICHE, seul enfant de la famille, doit reprendre la ferme de la Rue de la Place.

Englebelmer est un petit village situé dans le canton d’Acheux. Il compte environ 400 habitants au début du XXe siècle dont une cinquantaine d’élèves, garçons et filles réparties dans les deux classes du village. A l’exception d’une boulangerie et de trois débits de boissons, il n’y a pas d’autres commerces dans la commune. C’est sur les marchés de Mailly-Maillet  et d’Acheux que les habitants trouvent certains biens de nécessité. Ils y vendent aussi les produits de la ferme et de la basse-cour, ainsi que sur le marché hebdomadaire d’Albert. A Englebelmer, tout le monde ou presque travaille dans l’agriculture.

Le 1er août 1914, c’est la Mobilisation générale.  Dès le lendemain, les hommes quittent le village. Parmi eux, il y a le père d’Emile. Georges LERICHE est mobilisé. Le 4 août, il rejoint le 14e Régiment d’Infanterie Territoriale.

Emile LERICHE n’a pas été appelé. Comme 4 autres garçons du village dans leur 20e année, ils attendent de connaître le sort qui va leur être réservé. Ils se nomment Gaston GUILBERT, Victor PLAISANT, Georges MONTJOIE et Marcel THERY, cousin d’Emile LERICHE. Le Conseil de Révision les a jugés aptes. Si la guerre est courte, ils passeront peut-être à travers…Dans tous les cas, leurs bras sont bien utiles pour ceux qui sont restés au village. Les moissons vont bientôt débuter.

Le 26 août 1914, les convocations sont distribuées. Emile LERICHE doit rejoindre le 51e Régiment d’Infanterie, tout comme Gaston GUILBERT. Victor PLAISANT part au 18e Bataillon de Chasseurs à Pied et Georges MONTJOIE au 120e RI. Seul Marcel THERY, exempté pour faiblesse générale, n’est pas convoqué.

Les 4 copains rejoignent les dépôts des régiments pour y suivre une instruction de trois mois. Début décembre 1914, ils sont envoyés au front.

Dès les premières heures passées sur le champ de bataille, en Argonne, Gaston GUILBERT est capturé par les Allemands. A quelques kilomètres de là, quinze jours plus tard, Victor PLAISANT est fait prisonnier. Les deux copains d’Englebelmer passent toute la guerre en captivité en Allemagne presque sans avoir combattu.

La pauvre Aline LERICHE vit dans l’angoisse permanente. Son mari et son seul enfant sont mobilisés. Et les nouvelles sont rares…

Georges est hospitalisé le 23 décembre 1914. Blessé par éclats multiples aux deux genoux, il a été transféré vers un hôpital du Sud de la France. Pendant trois mois, l’hospitalisation et la convalescence nécessaire l’éloignent des champs de bataille. Ce séjour permet aussi l’échange de correspondances régulières entre les deux époux. La guerre devient un peu moins cruelle pour les amoureux qu’ils sont toujours…

Le 13 mars 1915, Georges LERICHE repart au front. Le même jour, son fils, Emile, est transféré du 51e au 289e Régiment d’Infanterie. Dans ce contexte si difficile de la guerre des tranchées, il perd de vue les copains qui l’accompagnaient depuis plusieurs mois.

Le 4 novembre 1915, Georges MONTJOIE, le seul copain d’Englebelmer de la Classe 1914 qui était encore au combat, est gravement blessé au pied droit. Il doit être amputé.

Au village, la peur s’est installée. Le front n’est qu’à quelques kilomètres. Les troupes de l’empire britannique ont remplacé celles des Français. Une partie de la population a évacué d’elle-même. Les agriculteurs réfugiés ne partent souvent pas très loin. Ils trouvent refuge dans des villages de la Somme ou du Pas-de-Calais où le front semble encore assez loin pour y vivre et y travailler, avec l’espoir de revenir rapidement pour y terminer les récoltes ou y préparer les prochains semis. Certains habitants décident de ne pas quitter leurs fermes. Plusieurs civils y perdront la vie.

Le 18 mars 1917, Georges LERICHE est gravement blessé. Son bras droit est déchiqueté et il a de multiples plaies à la cuisse droite par éclats de grenade. Désigné pour percer un passage à travers le réseau ennemi de barbelés, il a heurté une grenade qui n’avait initialement pas explosé. La blessure est très grave. Georges perd beaucoup de sang. Transporté vers l’hôpital temporaire de Compiègne, il meurt quelques heures plus tard.

L’information officielle du décès parvient quelques jours plus tard à Aline. Elle est effondrée.

Emile LERICHE apprend le décès de son père alors qu’il participe à l’offensive du Chemin des Dames avec son régiment. Les hommes tombent par centaines autour de lui. La mort est dehors. La mort est en lui…

Emile combat encore pendant plus d’une année. Il échappe à la mort. Il échappe aux blessures. Miraculeusement…

Le 18 octobre 1919, une médaille militaire lui ayant été décernée est remise à sa mère, accompagnée du texte suivant : « Vaillant soldat faisant courageusement son devoir en toutes circonstances. Après avoir fait toute la campagne, a trouvé une mort glorieuse le 5 juillet 1918. A été cité à l’ordre de son régiment. »

Aline a tout perdu. Aline n’a plus de mari. Aline n’a plus d’enfant. Les noms de Georges et d’Emile LERICHE sont inscrits sur le monument aux morts d’Englebelmer.

Aline n’a pas pu poursuivre l’exploitation de la ferme. Elle a ouvert un petit débit de boissons dans la maison d’habitation. Elle y vendait aussi un peu d’épicerie.

Aline s’est remariée à la fin de l’année 1921 avec Emile CAHON, un menuisier originaire d’Amiens. Emile avait connu la Grande Guerre. Diminué physiquement, il en était sorti vivant. Vivant mais affaibli. Aline est devenue veuve peu de temps après le mariage. Veuve pour la seconde fois. Elle a continué à tenir sa petite épicerie-débit de tabacs dans la Rue de la Place à Englebelmer, puis s’est remariée en 1932, à l’âge de 54 ans, avec Edgard JOURDAIN, le cordonnier du village.  

Sur le monument au mort d’Englebelmer sont inscrits pour toujours le nom d’un père et de son fils unique, morts pour la France. Un père de 41 ans et son fils de 23 ans.

Le nom d’Aline n’est inscrit sur aucun monument, alors qu’elle est, elle aussi, une victime de guerre.

Aline JOURDAIN est décédée le 16 mars 1957. Elle avait 79 ans.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

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