
Une enfance au cœur de la Picardie ouvrière (1893 – 1907)
Marcel Félix HOUILLIER voit le jour le 4 juillet 1893 à deux heures du soir, au domicile de ses parents situé au numéro 20 de la rue de Lardières à Méru, dans l’Oise. Il naît au sein d’une famille profondément ancrée dans l’artisanat local : son père, Félix Théodore HOUILLIER, et sa mère, Augustina DESVIGNES, sont tous deux tabletiers, participant à la renommée de Méru, alors capitale mondiale de la nacre et de la boutonnerie en cette fin du XIXème siècle.

Un tabletier fabriquait des petits objets ou articles de jeu (dominos, éventails, boutons…). Il pouvait travailler le bois, l’or, l’écaille, la corne, la nacre ou l’ivoire.
Né hors mariage, le petit Marcel est immédiatement reconnu par son père le jour suivant sa naissance.
L’horizon de la famille se régularise officiellement le 2 février 1895. Ce jour-là, ses parents se marient à la mairie de Méru, ce qui permet de légitimer Marcel ainsi que sa sœur aînée, Blanche Augustina, née quelques années plus tôt.
Au tournant du siècle, en 1901, la famille HOUILLIER s’est installée dans le hameau d’Agnicourt, une zone rurale et industrielle en périphérie de Méru. Marcel a alors sept ans et grandit aux côtés de sa sœur Blanche. En 1903 la fratrie s’agrandit avec la naissance d’un petit frère, Fernand Théodore. Le recensement de 1906 montre une cellule familiale unie, vivant à Agnicourt, où le père exerce toujours son métier de tabletier-dominotier chez BERTOU.

Le premier grand drame de la vie de Marcel survient le 23 avril 1907. Son père, Félix Théodore, s’éteint prématurément à l’âge de 45 ans en son domicile « Le Moulin d’Agnicourt ». À seulement 13 ans, Marcel perd son modèle et doit rapidement devenir l’un des piliers de la maison pour soutenir sa mère veuve. Tout naturellement, il embrasse à son tour la profession familiale et devient tabletier.
Le devoir militaire et le cataclysme de la guerre (1913 – 1914)
En 1913, Marcel a 20 ans, il habite alors rue Nationale à Méru avec sa mère et son frère. C’est l’année du Conseil de révision. Mesurant 1,69 m, les cheveux et les yeux châtains, le jeune artisan est jugé apte pour le service militaire. Il est rattaché à la classe 1913 sous le numéro de matricule 341 au bureau de recrutement de Beauvais.
Le 28 novembre 1913, il quitte Méru et sa famille pour être incorporé en tant que soldat de 2ème classe au 128ème Régiment d’Infanterie, 6ème Compagnie. Il ne le sait pas encore, mais il ne reverra jamais les ateliers de nacre de sa ville natale.

Quelques mois seulement après son incorporation, l’Europe s’embrase. Le 2 août 1914, la mobilisation générale est décrétée et Marcel est projeté en première ligne de la Campagne contre l’Allemagne. Le choc est immédiat et d’une violence inouïe. Les troupes françaises tentent de freiner l’invasion allemande en Belgique lors de la terrible bataille des Frontières.
Le 31 août 1914, moins d’un mois après le début des hostilités, le destin de Marcel bascule lors des combats de Fontenois, hameau de Saint-Pierremont, dans les Ardennes. Son régiment subit de lourdes pertes, et le jeune homme de 21 ans est fait prisonnier de guerre par les forces allemandes.
Le calvaire de la captivité (1914 – 1917)
Commence alors pour Marcel un long et douloureux exil loin de la France. Envoyé au cœur de l’Empire allemand, il connaît la dureté des camps de prisonniers. Sa fiche matricule retrace son parcours de souffrance à travers le système d’internement germanique : il passe par plusieurs camps : Trèves, Cologne, Gardelegen, Göttingen avant d’être transféré à celui de Kassel (en Hesse). Souffrant de raideur articulaire dans les épaules, due à une blessure, il connaîtra différents « Lazaret » (hôpitaux militaires).

Pendant près de trois ans, Marcel survit derrière les barbelés, affronte les privations, le froid et le manque cruel de nouvelles de ses proches. Mais les conditions sanitaires déplorables finissent par avoir raison de sa jeunesse. Affaibli, il est admis au Lazaret du camp de Niederzwehren, une petite ville d’Allemagne, faisant partie de la ville de Kassel, remarquable pour son camp de prisonniers de guerre de la Première Guerre mondiale et un cimetière de guerre conséquent pour les prisonniers morts en captivité.
Le 16 août 1917, alors que les combats font rage en France, Marcel Félix HOUILLIER s’éteint en captivité des suites d’un œdème pulmonaire à l’âge de 24 ans seulement.
Après avoir été inhumé dans le cimetière du camp de Niederzwehren, c’est dans le carré de corps restitués du cimetière communal de Méru que Marcel reposera.

La mention officielle « Mort pour la France » sera apposée en diagonale sur sa fiche militaire, scellant le destin tragique de ce jeune tabletier de l’Oise, victime précoce de la Grande Guerre.
Son nom (orthographié HOUILLER) est inscrit sur le Monument aux Morts et sur une plaque commémorative de l’église Saint-Lucien à Méru.


Philippe Degroote – Danièle Remy

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