
C’est le 30 mars 1891 à 10 heures du matin que Florimond COZETTE, adjoint au maire de la ville d’Amiens, a enregistré la naissance de Joseph Alexandre Augustin LABBÉ, né la veille à huit heures du matin, au domicile familial situé 15 rue de Noyon dans le quartier d’Amiens Sud-Est.
La déclaration a été faite par Camille Albert LABBÉ, le père, marchand de combustibles, âgé de 38 ans. Son épouse Marie Adrienne GONTIER, la mère, sans profession, est originaire d’Amiens, comme Albert, où elle est née en 1861. Ils se sont mariés dans cette même ville le 10 octobre 1882.

Joseph est le troisième enfant d’une fratrie de six, Gabrielle née en 1884 était l’aînée, malheureusement décédée à l’âge de neuf ans à Amélie-les-Bains, Jeanne l’a suivie en juin 1889, puis des jumelles, Marie et Blanche, en novembre 1892, seule Blanche a survécu, et enfin la cadette Marie, en janvier 1900, toutes à la même adresse, rue de Noyon. Joseph sera donc le seul garçon.
La famille déménage ensuite 5, rue du Fossé, adresse identique en 1911 où Albert est alors voyageur de commerce. Une domestique Marie Maxence TAFFIN dite Alix, née à Rubempré en 1886 complète la maisonnée.
En 1912, Joseph, poursuivant ses études de droit un sursis lui est accordé, il connait la musique instrumentale et joue de la flûte. Son sursis est renouvelé en 1913.
Mais le 11 août 1914, la guerre étant déclarée, il est incorporé au 72ème Régiment d’Infanterie.
Le 72ème, commandé par le colonel Toulorge, est alors à Dun-sur-Meuse. Le régiment va participer à l’offensive de la fin août 1914 en s’avançant jusqu’au Luxembourg belge qu’il atteint à Somethonne et Meix-devant-Virton (Belgique) : c’est la Bataille des frontières.
Après plusieurs alertes, la retraite commence le 26 août en se dirigeant vers Cesse et Luzy dans la Meuse. Le 27, de violents affrontements ont lieu dans ces deux villages, les pertes en hommes et officiers sont considérables. C’est de nouveau le repli jusqu’au 5 septembre, à cette date le régiment se trouve sur la voie ferrée Paris-Nancy, entre Vitry-le-François et Revigny : c’est la Bataille de la Marne. Les différents bataillons sont répartis sur les territoires de Pargny-sur-Saulx, Maurupt, Le Buisson, les combats se révèlent meurtriers.

Joseph est indemne physiquement, mais il va connaitre la guerre des tranchées en Argonne, au Bois de la Gruerie de septembre 1914 à janvier 1915. En février c’est la grande offensive de Champagne, il sera blessé au genou droit par éclat d’obus.
D’août à octobre 1915, il suit le Cours d’instruction de Mitrailleurs aux Sables-d’Olonne, Joseph est déclaré « apte à l’emploi au grade supérieur »
A partir du 1er janvier 1916 il est dirigé sur l’Ecole militaire d’Infanterie de Saint-Maixent (Deux-Sèvres), où il effectuera un stage, cette Ecole étant devenue un centre d’instruction des élèves-aspirants en temps de guerre.

Après être passé caporal le 1er mars 1916, sergent le 1er avril et aspirant le 21 avril, il sera envoyé en mai, pour un stage de perfectionnement au Camp de La Valbonne (Ain), créé par le Général Bourbaki en 1872.

Par une décision ministérielle du 5 juillet 1916, il sera promu sous-lieutenant à titre temporaire et affecté au 34ème Régiment d’Infanterie, 6ème Compagnie.
Lorsque Joseph rejoint le 34ème, ce régiment après avoir subi la Bataille de Verdun, se retrouve en Argonne, au Bois de la Gruerie, il y restera jusqu’au 26 août. Transporté en Champagne, puis de retour à l’ouest de l’Argonne, il accomplira une période d’instruction au camp de Mailly du 20 septembre au 27 novembre. C’est en camion qu’il arrivera fin décembre dans la Somme près d’Harbonnières, puis Ablaincourt-Pressoir en janvier 1917, Crèvecoeur-le-Grand (Oise) en février et à Clermont où le régiment participe aux travaux de fortification du camp retranché de Paris.
Dès le 23 avril, le 34ème se prépare pour l’offensive vers les Plateaux de Craonne et de Californie dans l’Aisne. L’attaque d’ensemble a lieu le 5 mai à 9 heures, l’ennemi recule. Le régiment est décimé mais la situation est rétablie.
Le 34ème est cité à l’Ordre de l’Armée à la suite de ces opérations.

C’est ce 5 mai 1917 à 17 heures, que Joseph est tué à l’ennemi par éclats d’obus à environ 1000 mètres à l’ouest de Craonne, d’après son acte de décès signé à Mareuil-en-Dôle (Aisne). La transcription sera faite à Amiens le 25 octobre 1917.
Joseph avait 26 ans, il aurait dû continuer ses études de droit !

Le nom de Joseph LABBE, sous-lieutenant, est inscrit sur le Monument aux Morts d’Amiens, Place Saint-Roch, et sur deux plaques commémoratives dans l’Eglise Saint-Firmin et l’Eglise Sainte-Anne de cette capitale picarde, où lui et sa famille ont toujours résidé.



Danièle Remy – Lionel Joly

Publié par