Eugène DUBUS et ses frères de Mareuil-Caubert

Le 26 janvier 1895, à midi, Alfred DUBUS dit Désiré se présente devant Florentin DUVAL, maire de la commune de Mareuil-Caubert, pour y déclarer la naissance de son fils Alfred Eugène, né la veille à six heures du soir à son domicile de la Rue de Frosme.

Alfred avait épousé le 22 septembre 1892, à Mareuil-Caubert, Alexina DUBUS dite Irma, veuve en premières noces de Hubert PETIT, décédé le 29 mars 1890. Désiré et Irma sont des enfants originaires de ce village et sont tous deux manouvriers.

Cette commune porte le nom de Mareuil-Caubert depuis 1826, ceci est dû à la fusion de deux villages, Caubert au Nord et Mareuil au Sud. La population qui a diminué entre le XIXème et le XXème siècle, est surtout composée de cultivateurs, manouvriers et journaliers. On remarque un nombre important de jardiniers à Caubert alors qu’à Mareuil, couvert de marais et d’étangs, les  tourbiers dominent, ce paysage s’oppose à celui des coteaux des Monts de Caubert. Charpentiers, serruriers, maçons complètent le panorama des professions, sans oublier le curé Georges COLLIER et les trois instituteurs, Marie QUIGNON, Romuald CREPIN, Victor LECUL.

Eugène est le deuxième enfant de la fratrie, il est précédé par  Lucien né en 1893, suivi par Paul en 1897 et Laura en 1901.

Eugène, classe 1915, est maçon lorsqu’il passe au Conseil de Révision  d’Abbeville Sud en 1914, il est d’abord classé ‘’ajourné pour faiblesse’’. Il sera classé ‘’Bon pour le service en 1915’’ et incorporé le 9 septembre 1915 au 120ème Régiment d’Infanterie.

Le 120ème est  dans le secteur des Eparges, une crête des Hauts de Meuse située à une vingtaine de kilomètres au Sud-Est de Verdun, il occupe la tranchée de Calonne avant d’être déplacé début octobre sur la Champagne pouilleuse dans le secteur de Beauséjour, Mesnil-les-Hurlus.

A partir d’avril 1916 il faut défendre Verdun, le 120ème vient occuper le secteur de Douaumont. La bataille est violente et les obus de tous calibres tombent sur les positions, du 21 au 26 avril, les artilleurs des deux côtés redoublent leurs tirs, les fantassins sont assiégés et ne peuvent être ravitaillés.

C’est dans ces combats qu’Eugène sera porté disparu au Bois de la Caillette le 22 avril 1916, cette date sera retenue pour son décès par le ministère le 2 mars 1917 et par jugement du tribunal d’Abbeville le 25 mai 1921.

Paul Albert, le cadet, est né le 29 décembre 1897. Au Conseil de Révision en 1915, à Abbeville Sud, il est journalier, sait lire et écrire, mesure 1.62m avec les cheveux châtainroux et les yeux bleus.

Paul est incorporé au 151ème Régiment d’Infanterie le 9 janvier 1916, puis muté au 416ème R.I. le 16 février 1917. Il sera classé service auxiliaire pour bronchite chronique et réformé par la commission de Narbonne le 5 juin 1918. Le 12 juin il intègre le 16ème Escadron du train.

Reconnu atteint de bronchite chronique par la commission de Montpellier le 21 septembre, il sera de nouveau maintenu au service auxiliaire. Le 6 octobre 1918 il intègre le 2ème groupe d’aviation.

Paul décèdera à l’hôpital auxiliaire n°25 de Lyon le 6 novembre 1918. Cet hôpital était un orphelinat qui fut géré par la Société de Secours aux Blessés Militaires à partir du 20 août 1914 et contenait 100 lits.

Le jugement de décès sera transmis à la mairie de Mareuil-Caubert le jour même, 5 jours avant l’Armistice.

Paul repose à la Nécropole nationale de La Doua à Villerbanne (Rhône), carré B, rang 2, tombe n°77.

Nécropole de La Doua – Carré B

Lucien Narcisse né le 18 juin 1893, est l’aîné de la fratrie, maçon comme Eugène, lorsqu’il passe le Conseil de Révision, il est classé ajourné pour faiblesse en 1913.

En octobre 1914, il est déclaré  « bon pour service armé » et intègre le 8ème Régiment d’Infanterie le 16 décembre puis passe au 176ème R.I. le 4 juin 1915.

Le 18 mars 1916, il arrive au 60ème R.I. positionné dans les Vosges, jusqu’au 22 juillet où  le régiment part à destination de la Somme. Le 13 août 1916, il est blessé à la cuisse gauche par éclat d’obus près du village de Hem-Monacu situé sur la rive droite de la Somme à moins de 10 kms au Nord-Ouest de Péronne.

Le 9 février 1917, Lucien est muté au 123ème R.I. qui arrive dans la Somme dans le secteur de Berny-en-Santerre, avant d’être remplacé par un régiment britannique, le 4ème Northumberland Fusiliers et de se rendre dans l’Oise, dans la région de Breteuil.

En avril 1917, c’est le Chemin des Dames, Lucien y sera blessé par éclats d’obus à l’épaule droite et au genou gauche le 5 mai 1917 sur le plateau de Vauclerc en ‘’assurant bravement son service d’agent de liaison sous le bombardement ennemi’’.

Le 15 mars 1918, il sera proposé à la réforme avec gratification, « pour ablation totale, atrophie de la cuisse, gêne à la flexion de la jambe suite blessure de guerre ». Le 1er octobre avec notification du 26 octobre 1918, il recevra  une somme de 400frs. Rayé des contrôles le 27 octobre, il se retire dans son village de Mareuil-Caubert dans la rue de Frosme.

La commission de réforme d’Amiens du 30 juin 1922 lui proposera une pension permanente de 80% pour « ablation de la rotule gauche avec amyotrophie de la cuisse, perte de substance osseuse de l’extrémité de l’acromion droit et raideur de l’épaule ».

Lucien recevra la croix de guerre avec étoile d’argent, la médaille militaire lui sera remise en… 1938.

Sur les trois garçons de la famille DUBUS, deux sont Morts pour la France : Eugène avait 21 ans, Paul aurait eu 21 ans un mois après la date de son décès, l’aîné Lucien est revenu mais dans quel état ! il gardera malgré tout son métier de maçon.

Danièle REMY –  Lionel JOLY

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