Friville-Escarbotin et les frères RONDEL

Robert Emile Yvon RONDEL est né à Amiens, route de Doullens le 5 avril 1896, il y a 130 ans aujourd’hui, c’est son père Pascal, âgé de 29 ans, qui le déclare à la mairie, accompagné de deux collègues de travail de la Régie des Impôts. La mère se nomme Emélie NOIZET, originaire de Valines, elle a 20 ans.

Pascal, le père est natif des Côtes-du-Nord en Bretagne. Nommé à Friville-Escarbotin au Service des Contributions Indirectes, il rencontre Emélie NOIZET et se marie dans cette commune en février 1894. Un premier garçon Lucien nait en aout 1894 à Escarbotin, suivi de Robert qui lui voit le jour à Amiens, la fratrie s’agrandit en juillet 1899 avec Charles Auguste et Gilbert Henri le 28 février 1901. Les garçons sont tous nés à Escarbotin sauf Robert, la famille RONDEL, après avoir résidé à Amiens, y habitera rue du Commerce, Emèlie est alors cafetière.

Emélie, la mère, décède le 18 mars 1901, les garçons ont sept, cinq et deux ans, le dernier a un mois. 

Charles résidera chez sa tante, Yvonne NOIZET, épouse Leonard BEAURAIN, à Escarbotin, et Gilbert chez une nourrice, Marie SELLIER à Bourseville, 

En aout 1903, Pascal se remarie avec une veuve, Firmine TERNISIEN, qui est cafetière à Escarbotin, ils auront un garçon Paul en 1904 et une fille Marcelle en 1906. 

A l’école dirigée par Mme Denise DACQUET, Robert fréquente une trentaine de garçons de son âge. 

Friville-Escarbotin est une commune du canton de Ault-Onival, et regroupe trois petits villages : Friville, Escarbotin et Belloy. De l’activité rurale, les hommes sont partis travailler dans la petite métallurgie. Des usines de serrurerie se sont implantées et ont attiré de nombreux travailleurs. Friville-Escarbotin devient la capitale de la serrurerie en cette fin du XIXème siècle. La population passe de 2060 en 1872 à plus de 3000 en 1911 et même 3500 en 1936.

En 1910 Pascal décède, les enfants n’ont plus de parents, ils ne peuvent pas rester avec leur belle-mère Firmine, un tuteur Arthemy Ruffin, habitant à Huppy, est désigné pour s’occuper d’eux. 

– Lucien, le frère ainé, est garçon-boucher chez CARON à Abbeville lorsqu’il passe son conseil de révision à la fin de l’année 1913. 

La guerre est déclarée le 1er aout 1914. Le 14 novembre  il est convoqué au 72ème Régiment d’Infanterie, caserné à Amiens, pour faire ses premiers mois de classe, puis est muté au 128ème R.I. d’Abbeville. 

Dans ce régiment, il y a beaucoup de samariens d’Abbeville nés en 1892 et 1893 qui effectuaient leur service militaire. Il subira beaucoup de pertes dans les premiers mois comme à Meix-devant-Virton en Belgique, puis dans le petit hameau de Fontenois dans les Ardennes, et ensuite la première Bataille de la Marne dans les villages de Pargny- sur-Saulx et Maurupt-le-Montois.  En 1915, ce sera les Eparges, en 1916, la bataille de la Somme dans le village de Belloy-en-Santerre, et début 1917, région d’Epernay, le mont Spin.

A partir du 6 juillet, le régiment tient la côte 304. 

Devant la Côte 304 (environs de Verdun)

Le 18 juillet 1917, Lucien est gravement blessé, transféré à l’ambulance 3/64 de Ville-sur-Cousances dans la Meuse, il y décède. Il est inhumé dans la Nécropole Nationale de cette commune (tombe 770) où reposent 912 corps de soldats. L’avis décès est envoyé à Friville-Escarbotin le 27 janvier 1919. Son nom est indiqué sur le Monument aux Morts de Friville-Escarbotin et sur une plaque commémorative de l’Eglise Saint-Hubert.

– Robert, le second des garçons RONDEL, est convoqué au Conseil de révision début 1915. Il est garçon boulanger à Dreuil-les-Amiens, le décès de ses parents l’a empêché de poursuivre des études. Bon pour le service, il est affecté au 147ème Régiment d’Infanterie à compter du 10 avril 1915. Après ses classes, le 5 décembre,  il est envoyé au 87ème R.I. qui se trouve sur les Hauts-de-Meuse et subit l’attaque des allemands sur Verdun. Robert  ne reste que six mois dans ce Régiment, car le 21 juin 1916, il est transféré au 245ème  R.I. qui est aussi positionné sur Verdun, puis deux mois après il est muté au 207ème R.I. 

À 22 ans, en avril 1916, il est nommé dans la réserve de l’armée d’active mais continue  à se battre sur le front, toujours dans la région de Verdun. 

Le 14 mai 1917, le régiment est dissous à Fleury-devant-Douaumont. Tous les soldats survivants sont mutés dans trois régiments les 9, 11 et 20ème  R.I. Robert passe au 20ème  R.I., 6ème Compagnie, comme son lieutenant-colonel Neltner qui prend le commandement de ce régiment, celui-ci va prendre position dans l’immense plaine de la Woëvre. Fin décembre, il se dirige de nouveau vers Verdun au faubourg Pavé. L’hiver 17-18 est très rigoureux et le champ de bataille n’est fait que de trous d’obus. En mars 1918, le régiment cohabite quelques mois avec le 6ème Régiment de Marche américain.

Mi juin le régiment est transporté par camions dans la forêt de Villers-Cotterêts. Le bataillon de soutien de Robert est en position dans la forêt de Silly-la-Poterie et près de la ferme Mortefert.  

Robert s’était marié à Saint-Blimont avec Albertine Forestier le 17 novembre 1917. A peine huit mois plus tard, le 12 juillet 1918, il est tué à Silly-la-Poterie, pratiquement un an après son frère ainé Lucien. 

Robert est inhumé en premier lieu à la Ferte-Milon dans l’Aisne, puis à la Nécropole Nationale de Villers-Cotterêts, tombe 1479. Cette Nécropole a été aménagée entre 1920 et 1926.

Le jugement du tribunal est envoyé à Huppy le 19 octobre 1922. N’étant pas né ni décédé à Friville, la commune ni celle d’Amiens où il est né, n’ont gravé son nom sur le Monument aux Morts, il a pourtant vécu à Escarbotin de 1896 à 1910. 

Robert est inscrit sur le Monument aux Morts et sur le Livre d’or de Huppy, village où habitait son tuteur, ainsi que sur le Monument et une plaque dans l’église de Saint-Blimont où il s’était marié.

– Charles Auguste né en 1899, habite Escarbotin en 1911 chez Leonard BEAURAIN et Yvonne NOIZET, sa tante. Au moment de son appel à l’armée il travaille comme boucher à Paris.

Le 20 avril 1918, il arrive au 148ème Régiment d’Infanterie, et après ses classes il passe au 43ème R.I. en juillet. Ce Régiment se trouve dans l’Aisne et va participer en août au combat de Vingré. Fin septembre, il combat près de Vailly-sur-Aisne, et enlève le château de Vauxelles ainsi que la ferme Gerbeau, toujours dans l’Aisne. 

En octobre, embarqué par chemin de fer vers le département des Vosges, il cantonne à Fresse-sur-Moselle et au Thillot jusqu’à l’armistice du 11 novembre 1918. Ce régiment a perdu plus de 3000 hommes et officiers pendant cette guerre.

En 1919, Charles assure la garde du Rhin à Mayence. Il passe au 124ème R.I., régiment qui est détaché à l’armée polonaise pendant un an.

Mission militaire française à Varsovie

Renvoyé dans ses foyers en mars 1921 il se retire à Paris. En mai juin 1940, il sera rappelé quelques jours. Il continuera sa vie dans la région parisienne et décédera à Bry-sur-Marne  en 1972.

Les quatre frères Rondel avaient deux demi-frères et sœurs nés de Firmine, la deuxième femme de Pascal. Paul né en 1904 sera comptable, il aura trois enfants et des petits-enfants. Paul décédera en 1978 à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et Marcelle sa sœur en 1995 dans les Yvelines.

Monument aux Morts de Huppy (geneanet)

Didier Bourry – Danièle Remy

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