
Le 1er février 1896, à cinq heures du soir, il y a 130 ans aujourd’hui, Léonci CORDIER s’est rendu à la mairie de la commune de Bernay-en- Ponthieu, canton de Rue, pour déclarer la naissance de son fils Arthur à Monsieur le maire Théodule BEGUIN. Léonci a 28 ans, il est berger, Arthur est né à midi de lui et de sa femme Céline RANÇON qui a 22 ans, née à Ponthoile en 1873. Le couple habite à La Bucaille, un hameau de Bernay.
En 1881 les parents de Léonci et de Céline occupent des maisons voisines dans la même rue de ce hameau. Les enfants se connaissent depuis leur enfance, et naturellement ils se marient à Bernay le 11 mai 1895.

Avant son mariage, Léonci avait fait son service militaire à partir de 1888 dans les services auxiliaires en raison de pieds plats et légèrement déformés.
Bernay-en-Ponthieu, est une commune composée de deux entités, Bernay et son hameau La Bucaille. La commune est proche de Rue à l’Ouest, de Régnière-Écluse et la forêt de Crécy à l’Est. Elle est traversée par la rivière La Maye qui engendre une vallée marécageuse, où on exploite encore la tourbe en cette fin du XIXème siècle.

Les métiers sont exclusivement ceux de la terre, essentiellement tournés vers la culture betteravière, les ouvriers agricoles et les métayers y sont nombreux pour l’exploitation des domaines agricoles et quelques artisans complètent ce village rural.
Son Relais de Poste, sur la Route du Poisson, était renommé.
En 1906, on comptait 167 habitants à Bernay et 236 à La Bucaille. Il y a plus de 170 enfants au village dont Arsène CACHELEUX en est l’instituteur et Arthur TERNOIS le prêtre.

En novembre 1906 Léonci, Célinie et leur fils Arthur quittent Bernay-en-Ponthieu. Ils emménagent à Neuilly-en-Vexin en Seine-et-Oise, et résident Rue de l’Eglise, Léonci et son fils y travaillent comme bucheron. Mais le 19 octobre 1911, Léonci décède.

Arthur a 18 ans quand la guerre est déclarée. Avant d’avoir 20 ans, en 1915 il passe le conseil de révision à Versailles, la France a besoin d’hommes pour remplacer tous les morts de ces premiers mois de guerre.
Ce tout jeune homme aux cheveux noirs et aux yeux bleus, est incorporé le 12 avril 1915 au 18ème Bataillon de Chasseurs à pied (B.C.P.) et affecté le 2 mai 1916 au 8ème B.C.P. qui se trouve alors au repos du côté de Toul (Meurthe-et-Moselle).

Ce bataillon a participé en aout 1914 à la défense d’Arrancy dans la Meuse, fin octobre il prend part à la bataille de l‘Yser en Flandres. En 1915 c’est l’Argonne et l‘offensive de Champagne. En début 1916, il est présent à la bataille de Verdun.
De Toul, le bataillon est dirigé vers la Somme où commence le 1er juillet 1916, la Bataille de la Somme, avec l’aide de l’armée anglaise. Le 8ème B.C.P., sous les ordres du commandant De Grilleau, s’empare du village de Rancourt le 25 septembre, puis de Sailly-Saillisel le 5 novembre, mais Arthur ne verra pas cette victoire car il est tué le 3 novembre sur ce territoire.
Arthur n’avait que 20 ans…

Le 3 octobre 1916, Arthur aura eu l’honneur d’être cité à l’ordre du bataillon : ’’Fusillier mitrailleur d’un grand courage, a sauvé son lieutenant blessé’’. La croix de guerre avec étoile de bronze lui est décernée.
Le jugement est transmis à la mairie de son dernier domicile à Neuilly-en-Vexin le 17 mars 1917.
Son corps repose tombe 1619 dans la Nécropole de Rancourt (Somme) près de beaucoup de ses camarades du bataillon.

Le nom de CORDIER Arthur est gravé sur le monument aux morts de Bernay-en-Ponthieu, son village natal, ainsi que sur le monument et une plaque commémorative de l’Eglise Saint-Denis de Neuilly-en-Vexin, mais avec le prénom Léon.
La mère d’Arthur, Céline RANÇON CORDIER, veuve en 1911, se retrouve seule à la mort de son fils. Elle ne reste pas à Neuilly-en-Vexin, et revient dès 1917 dans la Somme à Bernay, rue de Réserve au hameau de La Bucaille, où elle vivra chez son père Jean Baptiste RANÇON. Elle décèdera à l’âge de 83 ans le 27 janvier 1957 à Dury (Somme).
Un copain de Bernay, Emile LEMAIRE né en 1896, a combattu à partir de septembre 1917 dans différents régiments d’artillerie, il se retire ensuite à Machy, commune près de Bernay où il sera journalier agricole.
Paul PARMENTIER, également de 1896, est ajourné plusieurs fois en 1915 et 1916 pour faiblesse, il est quand même incorporé le 29 avril 1918 au 20ème Escadron du train, il retournera à Bernay après l’armistice et deviendra employé chez Abraham, une entreprise de charpente-menuiserie à Rue.
De Neuilly-en-Vexin, Casimir THERY, aussi du 8ème B.C.P., est tué à l’ennemi, le 25 septembre 1915 à Auberive-sur-Suippes (Marne). Le frère de Casimir, François, du 29ème B.C.P., est tué le lendemain le 26 septembre à quelques kilomètres, à Souain (Marne) La famille THERY a perdu deux fils…


Monument aux Morts de Bernay-en-Ponthieu


Didier Bourry – Danièle Remy – Lionel Joly

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