Fernand VASSEUR, ses frères de Fricamps

Auguste VASSEUR à 41 ans, déclare à Emile ROHAU, maire de Fricamps, la naissance de son sixième fils, Marie Marius Fernand, le 28 septembre 1887 à 6 heures du soir. La mère se nomme Ismérie LEQUIEN, elle a quarante ans.

Auguste est né à Thieulloy-l’Abbaye, il s’est marié en juillet 1867 avec Ismérie à Saint-Aubin-Montenoy, commune dont est originaire la jeune fille. Rapidement, les deux samariens viennent habiter rue Verte à Fricamps, lui est maçon.

Fernand est l’avant dernier d’une fratrie de huit. Théodule l’aîné a vu le jour en 1870, puis Renaud en 1873 et Arthur en 1876, une seule fille, Augustine, née en 1877 et suivront quatre garçons, Albert en 1880, Victor en 1883, Fernand en 1887 et le cadet, Marcel, en 1888, tous nés à Fricamps, sauf Renaud dont la naissance est déclarée à Saint-Aubin-Montenoy (Somme).

Les premiers enfants ont Mr Gaston CARON comme instituteur, les suivants auront Mr MORTIER. C’est l’abbé ROUSSEL qui officie dans cette petite commune. En effet la population n’est pas très importante. En 1881 il y a 229 habitants, mais dès 1906 leur nombre diminue pour atteindre 143 en 1926. Des cultivateurs avec leurs ouvriers agricoles, représentent la majorité des professions, il y a aussi trois familles de maçons dont Auguste.

Auguste décède en octobre 1902 à l’âge de 56 ans. Ismérie se retrouve seule avec ses trois plus jeunes fils. Les premiers sont déjà mariés et installés dans d’autres communes, sauf Victor qui vivra près de la maison familiale à Fricamps.

– Fernand, cheveux blonds et yeux gris, passe le conseil de révision à Poix en 1907, il est ouvrier agricole. Apte à servir dans l’armée, il rejoint le 16ème Bataillon de Chasseurs à Pied (B.C.P.) le 6 octobre 1908. Ce bataillon est basé à Labry en Meurthe-et-Moselle.

En septembre 1910, mis en disponibilité, il retourne à Fricamps. Il est affecté pour ses périodes d’exercice  au 8ème B.C.P. d’Amiens. 

En 1913, Fernand a 26 ans, au hasard de ses différentes embauches chez les agriculteurs, il  fait la connaissance de Célina LHEUREUX qui a 18 ans, ils se marient le 25 mars de l’année à Blangy-sous-Poix.

Le 8ème B.C.P. stationné à Amiens depuis 1876, est commandé par le commandant CLAVEL. En mai 1913, il est désigné pour aller tenir garnison à Etain, proche de Verdun (Meuse).

La guerre est déclarée le 1er aout 1914 et vient perturber la vie du jeune couple, Fernand doit rejoindre son nouveau régiment à Etain où il arrive le 4 aout.

Les premiers engagements se font au bois de Tappe (Meurthe-et-Moselle), et le 22 aout les soldats doivent défendre Arrancy-sur-Crusnes dans la Meuse. En septembre, c’est la bataille de la Marne où le 8ème se bat dans les marais de Saint-Gond pour ensuite tenir le secteur d’Aubérive-sur-Suippes, puis Reims. Fin 1914, le commandant CLAVEL est tué pendant la Bataille de l’Yser en Belgique.

En 1915, le régiment  rejoint l’Argonne, où il défend héroïquement Bagatelle (Marne) en juin et reçoit sa première citation à l’ordre de l’armée. Après la Grande offensive de Champagne, c’est dès février 1916 que la Bataille de Verdun est engagée, le 8ème B.C.P. monte en ligne à Douaumont. En avril, il est au Mort-Homme où l’ennemi lance de nombreuses attaques et bouscule les Français qui doivent reculer et abandonner la dernière partie du Mort-Homme. Les pertes sont nombreuses, officiers et soldats ne sont pas épargnés

Au Mort-Homme

Fernand est porté disparu le 12 avril 1916, il y a 110 ans aujourd’hui. Le commandant SAVORNIN est tué également.

Comme les Allemands occupaient le terrain, et ce jusqu’en septembre 1917, le corps de Fernand n’a pas été retrouvé et n’a donc pas de tombe individuelle.

La transcription officielle de son décès ne sera faite que le 25 juin 1921 à Fricamps.

Célina, son épouse, est veuve à 21 ans, elle habitera encore un certain temps à Fricamps, mais repartira à Blangy-sous-Poix où elle se remariera en 1921. Elle décédera en 1973 à Blangy.

– Marcel, le plus jeune des frères, est né en novembre 1888. Il est également domestique de culture. Il va donc aussi de ferme en ferme pour travailler. De la classe 1908, il part accomplir son service militaire fin 1909 au 16ème Bataillon de Chasseurs à Pied, comme Fernand. Libéré en septembre 1911, il retourne à Fricamps et reprend ses recherches de travail dans la culture.

C’est à Briquemesnil-Floxicourt qu’il rencontre Angélina BORDEAUX, ils se marient en juillet 1913, quelques mois après son frère Fernand. Cantonnier, il habite rue de Cavillon à Briquemesnil quand l’ordre de mobilisation générale du 2 août 1914 est diffusé. Comme son frère, la guerre l’oblige à quitter son jeune foyer et il rejoint le 18ème  B.C.P. qui se trouve alors à Longuyon (Meurthe-et-Moselle).

Malheureusement, il est porté disparu le 18 décembre 1914 au Ravin de la Fontaine-au-Mortier près de La Harazée (Marne). Comme son frère il n’aura pas de tombe connue.

Ravin de La Fontaine au Mortier (ImagesDefense)

Angélina, veuve comme sa belle-sœur Célina, se remariera en 1921, et aura deux enfants.

Les noms des deux plus jeunes fils de la famille VASSEUR seront gravés sur le Monument aux Morts de Fricamps.

Marcel est aussi inscrit sur le Monument de Briquemesnil-Floxicourt.

Les autres frères ont également été appelés après le 1er aout 1914.

– Théodule de la classe 1890, l’ainé de huit enfants, est affecté quelques mois au 13ème Régiment d’Artillerie de novembre 1891 à juillet 1892. Mobilisé le 2 aout 1914, il est maintenu à la disposition de la Commission du réseau du Nord jusqu’au 10 décembre 1918. Marié en 1894 avec Anna MARCADET, ils sont partis vivre dans le Pas-de-Calais.

– Renaud né en 1873, accomplit son service militaire au 4ème Régiment de Chasseurs à Cheval. Mis en congé illimité en septembre 1897, il va de ville en ville pour trouver du travail, Avion, Saint-Aubin, Crépy-en-Laonnais (Aisne) où il réside lors de la mobilisation en aout 1914. Libéré rapidement, il n’est pas joignable au nouvel appel car il est bloqué en pays envahi. Renaud retrouvera Emilienne qu’il avait épousée en 1900, ainsi que son fils Raymond.

– Arthur né en 1876, arrive au 15ème Régiment de Chasseurs à Cheval en novembre 1897, libéré en novembre 1898, il se marie à Fricamps en novembre 1900.

Il est rappelé le 4 aout mais passe au 37ème Régiment d’Infanterie, puis au 138ème R.I.T. Il fera toute la guerre sans être blessé, et retrouvera sa femme, Valentine, en janvier 1919, il décédera en 1963.

– Albert né en 1880, est ajourné en 1901, il est classé dans les services auxiliaires pour cause de varices. Il est quand même appelé en aout 1915 et mis en sursis jusqu’en février 1917, pour être affecté au 65, puis 63ème Régiment d’Artillerie de Campagne. Il retourne à Fricamps en mars 1919 et décèdera en 1956 à Croixrault.

– Victor né en 1883, est affecté au 12ème Régiment de Chasseurs en novembre 1904. En mars 1907, il est libéré de ses obligations militaires. Rappelé le 12 aout 1914 pour rejoindre le 87ème  Régiment d’Infanterie, Jules est fait prisonnier au Mort-Homme le 20 mai 1916, un mois après la disparition de son petit frère Fernand. Il sera interné à Cassel (Allemagne) et devra attendre janvier 1919 pour retrouver sa femme Octavie qu’il avait épousée en novembre 1907. Il décède en 1960 à Hornoy-le-Bourg.

Prisonniers français au camp de Cassel

En 1921 Ismérie a 75 ans, elle est veuve depuis près de vingt ans, et a perdu ses deux plus jeunes fils. Heureusement, Victor vit à côté d’elle et elle peut ainsi profiter de ses quatre petits enfants dont la cadette se prénomme Fernande.

Pour ce petit village de Fricamps, deux des cinq jeunes qui ont perdu la vie au cours de cette Première guerre mondiale faisaient partie de la famille VASSEUR.

Didier Bourry – Danièle Remy

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