ILS AVAIENT 20 ANS EN 1914 – sur la liste des victimes civiles

Alfred Médard GREUET est né le 3 février 1893 à Manicourt, village de l’est de la Somme détruit au cours de la guerre 14-18. Il vit à Jussy dans l’Aisne.

Il devient cantonnier de voies à la compagnie des chemins de fer du Nord. C’était un peu une vocation familiale puisque son père et ses deux frères, Paul et Médard, y travaillent également.

C’est un jeune homme aux cheveux châtains, aux yeux gris, portant une petite cicatrice sur la joue gauche, Il n’est pas très grand puisqu’il mesure 1,56 m.  L’armée lui reconnaît un degré d’instruction 3 ce qui correspond à une instruction primaire. Un de ses frères et sa sœur diront à leur descendance que leur frère parlait peu, qu’il était gentil et serviable.

Alfred GREUET (coll. privée)

Alfred a un peu plus de vingt ans lorsqu’il est incorporé le 23 novembre 1913 au 18ème bataillon de chasseurs à pied afin d’y effectuer son service militaire pour une durée qui aurait dû être de trois ans.  Recruté à Saint-Quentin, il est le matricule 1266.  Au vu des cartes postales de cette époque envoyées à sa famille, difficiles à déchiffrer, il semble qu’il était stationné à Longuyon en Meurthe et Moselle.

Sa famille s’installe à Lihons dans le département de la Somme.  

Au 3 août 1914, date de déclaration de la guerre, après huit mois de service militaire, il devait être prêt pour participer aux combats. Les chasseurs à pied sont des troupes d’élites spécialement entraînées à la marche. Ils marchent à 8 kilomètres par heure avec arme et bagages d’un pas rapide et sec. Le parcours d’Alfred doit donc être celui de son régiment décrit dans le journal de marche.

Le 8 août, le bataillon entre en Belgique. Il s’oppose à l’avance allemande qui avait envahi ce pays en violation de sa neutralité. Il combat avec succès à Bellefontaine dans le Luxembourg belge.

Ensuite, il participe à la victoire de la Marne et y perd beaucoup d’hommes. Il reste alors en Argonne où il livre de durs combats de septembre 1914 à février 1915. En mars 1915, le 18ème BCP retourne en Champagne.

En avril et mai, le Bataillon se retrouve au Sud-Est de Verdun.

 Le 19 juin 1915, à 23 heures, le Bataillon fait mouvement vers le sud-ouest dans une zone à cheval sur la grande tranchée de Calonne où, deux jours avant, l’armée allemande vient de déclencher une offensive et où elle gagne du terrain. Cette grande tranchée de Calonne n’est qu’une trouée au niveau du sol, pratiquée à travers deux forêts sur les hauts de Meuse et longue de 30 kilomètres. Ce n’est pas une tranchée creusée comme tant d’autres.

Le journal de marche du 18ème BCP donne peu de détails sur ce qui s’est passé les 20 et 21 juin 1915. C’est le journal de marche du 147ème RI qui est chargé de repousser l’ennemi qui donne des précisions. La position à reconquérir est située en pleine forêt à la côte 380, un lieu que les militaires appellent le Haricot sans doute en raison de sa forme.

L’attaque est menée sur un front de 500 mètres. Le 20 juin, de 16h30 à 17h00, trois tranchées allemandes sont gagnées. Pour les protéger des réactions allemandes, des relèves de bataillons sont opérées. Ainsi, en soirée, le 18ème BCP se retrouve en première et en deuxième ligne face à l’armée allemande.

Dans la nuit du 20 au 21 juin, vers 3 heures, une contre-attaque allemande oblige le 18ème BCP à évacuer la partie conquise. Vers 8 heures, une nouvelle contre-attaque allemande est complètement enrayée par le feu des mitrailleuses françaises.

Or, il est de coutume qu’une attaque de tranchée soit précédée une heure avant par un tir d’artillerie très fourni. L’acte de décès d’Alfred stipule qu’il a été tué à 7 heures du matin par suite d’éclats d’obus reçus à la tête devant l’ennemi. Il est donc raisonnable de penser que c’est au cours de ce tir d’artillerie qu’il a été mortellement atteint et qu’il était bien à ce moment dans la tranchée en première ligne lors de cette attaque. Il a alors vingt-deux ans.

Le soldat Alfred GREUET, mort pour la France, n’a pas de sépulture identifiée. Le document du ministère des anciens combattants ajoute : « présumé inhumé dans l’ossuaire de la Nécropole des Eparges ». C’est possible car plusieurs de ses camarades, tués le même jour, y ont une sépulture individuelle.

Mais, on peut imaginer aussi qu’il repose dans l’ossuaire de la nécropole de Saint Rémy la Calonne bien plus proche du lieu du décès.

Le feuillet matricule d’Alfred GREUET, issu des Archives départementales de l’Aisne, stipule qu’un secours immédiat de 150 francs avait été payé le 29 août 1917 à ses parents, soit plus de deux ans après la mort du soldat. Etant donné les difficultés de communication à l’époque, il est possible que ce soit seulement à cette date que ses parents, alors évacués et retirés à Paris, aient appris le décès de leur fils. L’Acte de décès est transcrit le 3 novembre 1919 sur les registres de la mairie de Jussy.

Monument aux morts de Lihons (Somme)
 Le nom et le prénom du soldat Alfred Greuet est noté par erreur parmi les victimes civiles.

Sur le monument aux morts de Lihons, le nom du soldat Alfred GREUET est gravé dans la liste des victimes civiles. C’est par erreur.

En juin 1999, le neveu d’Alfred GREUET se rend sur les lieux de la bataille. Il écrit : « Le Haricot est couvert de taillis. En juin, c’est feuillu. La visibilité est limitée. La végétation en moins, le terrain laisse l’impression qu’il y a peu de temps que la bataille vient de s’y dérouler. Cela fait pourtant 84 ans ».

Hommage familial à la mémoire du soldat Alfred Greuet
 au monument aux morts de Lihons (Somme) le 9 septembre 2023

Le 9 septembre 2023, un poignant hommage est rendu au soldat Alfred GREUET en présence de membres de sa famille venus de plusieurs régions de France, d’élus et de membres de différentes associations dont le Sapeur Picard, le Souvenir Français de Rosières, le Souvenir Français de Chaulnes et l’association « De la Somme à Bellefontaine ».

Marie-Paule BONTE

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