UN JOUR, UN PARCOURS – Robert DEPOILLY de Crillon (Oise)

Né le 4 février 1898 à Crillon, Robert DEPOILLY est le fils de Jules DEPOILLY et d’Hélène BARIL.

Jules est originaire d’Escarbotin dans la Somme et Hélène d’Haudivillers, village situé au Nord-Est de Beauvais.

Dans la petite cité industrielle du Vimeu, le grand-père de Robert dirigeait un atelier de fabrication de serrures, jusqu’à ce qu’il change de voie professionnelle, entraînant avec lui ses fils. Ils sont devenus meuniers et négociants en farine.

Jules DEPOILLY, le père de Robert, est parti pour la Vallée de la Bresle, travaillant au moulin de Gamaches puis il s’est engagé pour cinq années dans l’Armée au 32e Régiment d’Artillerie. A son retour, il a jeté son dévolu sur le moulin d’Hatton, dans la commune d’Essuiles-Saint-Rimault, commune de l’Oise située entre Beauvais et Saint-Just-en-Chaussée. Jules DEPOILLY est devenu meunier. Vivant seul avec une vieille servante, il a exploité le moulin à eau sur la rivière Brèche.

Jules a fait la connaissance d’une jeune fille d’Haudivillers, le village voisin. Ses parents, marchands de porcs dans la commune, ont accepté que leur fille de 17 ans épouse Jules. En juillet 1896, Jules DEPOILLY et Hélène BARAL se sont mariés. Dix-huit mois plus tard, Robert vint au monde.

C’est à Crillon que naît ce premier enfant. Le couple a délaissé le moulin d’Hatton pour une exploitation beaucoup plus importante. Le territoire de la commune est traversé par le Thérain, un affluent de l’Oise. Une imposante minoterie, reconstruite en 1873 dans une architecture moderne, a remplacé le moulin à blé de la fin du XVIIIe siècle. Cette propriété mise en vente par la comtesse de Chabeillan est achetée par Jules DEPOILLY, alors qu’il n’a même pas encore trente ans. C’est à la minoterie que Robert et André, né en 1901, les deux seuls enfants du couple, vivent leur jeunesse avec leurs parents et les 7 ouvriers dont 4 ou 5 logent régulièrement sur place. La production est de 80 quintaux de farine par jour.

La minoterie est située près du pont qui permet à la voie reliant Marseille-en-Beauvaisis à Gisors de franchir le Thérain.

Etant un des employeurs les plus importants de Crillon, Jules DEPOILLY s’investit rapidement dans la vie de la commune. Il est élu conseiller municipal en 1900 et devient maire en 1904. Pendant ces 19 ans de mandat de maire, la commune se dote d’un nouveau bâtiment pour l’école et d’un bureau de poste. Jules DEPOILLY obtient également l’électrification de la commune.

Le quartier de la Petite-France où est implantée la minoterie DEPOILLY est excentré par rapport au petit village de Crillon. Situé entre le Thérain et la gare, on y compte une vingtaine de familles.  On y trouve quelques commerces et plusieurs artisans comme un charron, un forgeron, un menuisier, un maçon.

A Crillon, la fonderie NORMAND emploie plusieurs dizaines d’ouvriers. Certains sont venus de loin pour travailler à Crillon. Il y a une petite communauté originaire du Vimeu avec laquelle Jules DEPOILLY se sent tout à fait à l’aise. Ils étaient serruriers à Friville, à Béthencourt-sur-Mer ou à Tully. Ils sont devenus fondeurs, tourneurs, limeurs à Crillon. Les LEDUC, les MAISON et les COUILLET viennent de Lanchères, les PARMENTIER de Pendé, les HOLLEVILLE de Woincourt, les HUMMEL d’Ochancourt. Ils aiment se retrouver en dehors du travail. Même s’il est devenu maire d’un village de l’Oise, Jules DEPOILLY reste très attaché à ses racines et il aime se joindre à eux. L’accent si particulier qu’a le picard du Vimeu lui revient alors tout naturellement.

La guerre est proche. La situation internationale ne laisse aucun doute sur l’imminence d’un conflit. Les Balkans sont déjà en feu. Jules est toujours en âge d’être mobilisé. Quand la mobilisation générale est décrétée, le 1er août 1914, il se prépare au départ. Ses deux fils âgés de 16 ans pour Robert et de 13 ans ne sont pas concernés. Si la guerre ne dure que trois semaines comme le prédisent les journaux, ils n’ont rien à craindre.

Le village de Crillon se vide de ses hommes. En quelques jours, dans les champs comme dans les usines, les femmes les remplacent. La minoterie ne peut cesser son activité. Fabriquer du pain pour les combattants va devenir une des priorités de l’arrière, presque aussi importante que le sont celles d’approvisionner les soldats en munitions ou de leur garantir l’acheminement du courrier.

Jules DEPOILLY est rapidement réformé pour « surcharge graisseuse au cœur et obésité très prononcée ». Il peut rejoindre sa famille et poursuivre ses activités de meunier et de maire.

Mais la guerre dure beaucoup plus que trois semaines. Et les morts se comptent par centaines de milliers. En mai 1917, Robert DEPOILLY est mobilisé. Il est affecté au 82e Régiment d’Artillerie Lourde. Quelques mois plus tard, il rejoint le 46e Régiment d’Artillerie de Campagne et participe aux combats du printemps et de l’été 1918 qui permettront de chasser définitivement les Allemands du territoire français. Robert n’est pas blessé. Même si l’Armistice a été signée, Robert ne rentre pas tout de suite chez lui. Le maintien de l’ordre oblige à garder une partie de l’Armée en alerte. Robert est démobilisé le 8 juin 1920. Son frère André s’est engagé quelques semaines plus tôt pour rejoindre l’Armée du Levant. Les Français ont reçu un mandat de la Société des Nations sur la Syrie et le Liban. Ils envoient donc des troupes en quantité pour maintenir la paix au Proche-Orient. André revient en avril 1922. La guerre est cette fois-ci bien finie pour la famille DEPOILLY.

En tant que maire, Jules DEPOILLY a eu la lourde responsabilité d’annoncer aux familles de terribles nouvelles pendant la guerre. Plusieurs familles du village sont endeuillées. Les LETELLIER, les LEFEVRE, voisins du quartier de la Petite-France ont perdu un fils. Parmi les amis du Vimeu, les COUILLET ne verront jamais revenir leur fils Charles, tué en juin 1915 aux Eparges. Il avait 22 ans.

Jules DEPOILLY dirige les travaux pour la réalisation d’un monument aux morts dans le village. Erigé près de l’église, il est inauguré le 18 juin 1922. Les deux fils du maire se recueillent comme tous les habitants du village devant ce monument où sont gravés les noms de ceux qui ne vieilliront jamais plus.

En 1925, Jules DEPOILLY quitte Crillon, laissant ses habits de maire et de meunier. La minoterie est vendue à Raymond ANQUETIL.

Robert DEPOILLY s’est marié à Cécile, une jeune fille de Bresles et il est devenu représentant de commerce. Le couple a déménagé à plusieurs reprises. Robert DEPOILLY est mort à Rochy-Condé, près de Beauvais, le 19 avril 1935 en présence de sa femme Cécile et de sa fille Nelly. Robert avait 37 ans.

Jules et Hélène DEPOILLY, les parents, se sont installés à Haudivillers. Jules y est devenu maire. Nommé Chevalier de la Légion d’honneur en récompense des actions menées en tant que maire. Promu le 29 janvier 1937, Jules DEPOILLY est mort le 2 avril de la même année alors que la cérémonie de remise de médaille n’avait pu encore avoir lieu. La légion d’honneur a été déposée sur son cercueil, en présence de son épouse Hélène.

Quand la Seconde Guerre a été déclarée, André DEPOILLY, le dernier de la famille des minotiers de Crillon n’a pas été mobilisé. Trop jeune pour la première, il était trop âgé pour la seconde. André est venu s’installer avec son épouse, Yolaine, à Haudivillers, village de naissance de sa maman. André est mort le 12 janvier 1975.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

L’histoire dans l’histoire :

Tout est parti d’une simple plaque. Une plaque métallique vue dans une exposition sur la Grande Guerre organisée dans l’Oise par l’association « Patrimoine de la Grande Guerre » en novembre 2021. « DEPOILLY ROBERT 1918 – BEAUVAIS 481 ». Nous avons alors entrepris des recherches aux Archives départementales de l’Oise… et de la Somme. Robert n’est pas mort à la guerre mais son parcours et l’histoire de sa famille nous ont intéressés. Une histoire au bord de l’eau, entre Somme et Oise…

Retrouvez quelques autres parcours « entre Oise et Somme » :

Sadi LECOINTE de Beaucamps-le-Jeune (Somme) et Creil (Oise)

Raoul MOURET de Romescamps (Oise) et de Corbie (Somme)

Louis JORON de Rollot (Somme) et Boulogne-la-Grasse (Oise)

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