El fiu d’éch merchand d’parapluies

Une petite histoire en langue picarde qui a été racontée aux habitants de Mons-Boubert (Somme) par Madame France Devismes, le 11 novembre dernier, devant le monument aux morts du village. Une histoire directement en lien avec les recherches menées par notre association.

Pieute histouère dins l’grainne.

I y o quèques temps, ej vos avouos raconté un vouéyage eq j’avouos fouait à Amiens,

Por alleu tracheu a chés archives.

In’hui, j’vos vos explitcheu porquoi eq jè été à chés archives.

Chèst èune feume ed la Corréze qui m’l’avouot d’mandé, pasqu’al volouot avouer des rinseignemints sus chès baux bâtis.

A l’avouot c’minchè a écrire in live sus l’hitouère d’es famille.

Un minbre d’es famille nommé Françouos Destève étouot colporteur.

I vindouot des parapluies v’nant ed la Corréze.

Arrivé à Ad’ville, il o décidè d’y resteu. I s’et’nouot queuchèe du bos.

Chof feume volouot savouer si il ètouot locataire ou propriétaire.

Ch’est por o qu’jè étè vir a chès archives.

A n’est point toute. Chof feume in r’bèyant sus sin ordinateur, al li sus chu jornal (Courrier Picard) qu’od’mandouot a chés familles qui z’avouet’tes ieu un soldat tuè el vingt deux d’août dix neu chint quator à Bellefontaine in Belgique d’es manifesteu.

D’abord surprinse, pis a s’est raminteu qu’ Jean-Noël Destève, ’el fiu ed sin pérint merchand d’parapluies, étouot mort ech jor lò là-bos.

Tot suite a l’o téléphonè al mairie d’Ad’ville, qui l’o mis in rapport aveuc un homme ed Daours qui s’otchupouot d’er trouveu chès familles ed chès soldats d’el chint vingtiéme régimint d’infint’rie qui ont étè tuès in Belgique al bataille ed chès frontières.

Chol bataille lò o n’in perlé point pasqué i y o ieu des graves feutes ed chés chefs militaires français.

Gramint in’hui en’sat’té point eq chol jornèe lò o étè el jornèe el pus meurtrière ed tote l’histouère ed France (27000 morts).

A dou lò, chof feume a l’o apprind étou qui i avouot el vingt chouc d’août deux mille dix huit, in vouéyage in Belgique avuc l’inaudjuration d’un panneau in souvenance ed chés deux chint quatré vingt neuf Samériens tués à Bellefontaine.

A l’y ò étè aveuc es famille. Chest lò qu’o z’ont fouait connaissance.

I feut étou, qu’éch vos diche eq tous chès tués sont restés in Belgique dins des chim’tières.

Tous, seuf un…Jean-Noël el fiu d’éch merchand d’parapluies.

Quand, quèques énèes apreu l’fin d’la djerre, o z’o déterrés chès malhéreux soldats por leu donneu enne sépultchure. Françouos Destève o dit : «  ej veux retchupéreux min fiu. Mi, j’vos l’erconnouéte ».

Il o étè là-bos à Bellefontaine pis…il o r’trouvè sin fiu qui l’o ram’nè à Ad’ville.

O peut s’poseu l’tchestion : c’min qui povouot er’counouaite sin fiu dins plusieurs milliers

D’estchelettes ed Français pis d’Allemands mélangès ?

Bé vlò. Il l’i avouot donnè des morcieux d’tissu d’parapluie por protégeux ses pieuds d’l’humiditè, pis grace a o qui l’o peut l’ercounouaite aveuc certitude.

 

TRADUCTION

Une petite histoire dans la grande.

Il y a quelque temps je vous avais raconté un voyage que j’avais fait à Amiens pour consulter aux archives.

Aujourd’hui, je vous explique pourquoi ce voyage.

C’est une femme de la Corrèze qui me l’avait demandé.

Elle voulait avoir des renseignements sur les baux bâtis.

Elle avait commencé à écrire un livre sur l’histoire de sa famille.

Un membre de sa famille nommé François Destève était colporteur. Il vendait des parapluies en venant de la Corrèze.

Arrivé à Abbeville, il a décidé d’y rester. Il avait un magasin Chaussée du bois. Donc, cette dame voulait savoir s’il était locataire ou propriétaire.

C’est pour cela que je suis allée aux archives.

Vous allez voir la suite.

La femme, en consultant sur l’ordinateur, lit sur le journal picard (Courrier Picard) que l’on recherchait les familles des soldats tués le 22 août 1914 à Bellefontaine en Belgique, qu’on leur demandait de se manifester.

D’abord surprise, puis la surprise passée, elle s’est remémorée,  que Jean-Noël Destève le fils du marchand de parapluies, était mort ce jour-là à Bellefontaine.

Tout de suite elle a téléphoné à la mairie d’Abbeville qui l’a mise en rapport avec un homme de Daours qui s’occupait de retrouver les familles du 120e RI dont un parent avait été tué en Belgique à la bataille des frontières.

Ces batailles, beaucoup de monde les ignore. On n’en parle pas car il y a eu de graves fautes commises par des chefs militaires français, pourtant ce vingt-deux août 1914 ce fut  la journée la plus meurtrière de toute l’histoire de France (27000 morts).

Cette femme de la Corrèze a appris également que le 25 août de l’année 2018 se préparait un voyage en Belgique avec l’inauguration d’un panneau en souvenir des 289 Samariens tués là-bas à Bellefontaine.

Elle s’y est rendue avec sa famille. C’est en Belgique que nous avons fait connaissance.

Tous ces pauvres soldats tués aux batailles des frontières sont restés en Belgique dans différents cimetières.

Tous, sauf un…Le fils du marchand de parapluies.

Quand, quelques années après la fin de la guerre, on a déterré ces malheureux soldats pour leur donner une sépulture, Monsieur Destève a dit : « je veux récupérer mon fils. Moi, je sais

Le reconnaître ».

Il est allé sur place à Bellefontaine et… il a retrouvé son fils, puis l’a ramené à Abbeville.

On peut se poser la question, comment pouvait-il reconnaître son fils dans plusieurs milliers de squelettes de Français et d’Allemands mélangés ?

Eh bien voilà, il avait donné à son fils des morceaux de tissu de parapluie pour protéger ses pieds de l’humidité. C’est grâce à ça qu’il a pu le reconnaître avec certitude.

 

 

Un grand merci à France DEVISMES, historienne locale du Vimeu maritime, pour l’aide précieuse qu’elle apporte à notre association.

Merci également à Véronique BILLARD-VERGNE (petite-nièce de Jean-Noël DESTEVE et adhérente de notre association) qui nous a fait connaître cette extraordinaire histoire. Elle a écrit un ouvrage, en collaboration avec Bernard FOURY et Gilles QUINCY, où l’histoire de la famille DESTEVE est évoquée. « L’histoire de la Pharmacie du Trech, de 1778 à nos jours » – Lemouzi, 2019 (contribution à la mémoire du vieux Tulle).

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Un commentaire sur « El fiu d’éch merchand d’parapluies »

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