En hommage aux victimes originaires de la région d’Amiens ayant combattu entre le 6 et le 10 septembre 1914, une plaque mémorielle a été inaugurée le dimanche 8 septembre 2024 dans la commune de Pargny-sur-Saulx. Cette plaque a été fixée sur le monument aux morts de la commune, place du Général de Gaulle, devant la mairie.

Un pupitre pédagogique réalisé par des bénévoles de l’association « De la Somme à Bellefontaine » (conception graphique : Valentin Becquet) a été installé sur la place pour présenter le contexte du début de la Grande Guerre, apporter des précisions sur les combats dans la vallée de la Saulx et rendre hommage aux victimes à travers deux portraits de jeunes hommes originaires de la Somme.

TRAGIQUE MOIS D’AOÛT POUR L’ARMÉE FRANÇAISE

Après la déclaration de guerre, le 3 août 1914, l’Allemagne envahit la Belgique et le Grand-Duché du Luxembourg.

Le 22 août 1914, le général Joffre, commandant en chef de l’Armée française, lance une grande offensive dans le Sud de la Belgique, entre Mons et Arlon, pour repousser les troupes allemandes. La 4e Armée du général Langle de Cary participe à cette Bataille des Frontières dans le secteur de Virton. L’offensive aboutit à un cuisant échec pour les Français.

Avec la perte de plus 50 000 hommes en quelques heures de combat sur le sol belge, dont au moins 25 000 morts, certains régiments français sont complètement décimés. Il n’est plus permis d’envisager la poursuite des combats en Belgique. L’ordre de retraite est lancé par Joffre le 25 août au soir. Les régiments français doivent alors rejoindre la Marne où une autre bataille, début septembre, permettra d’arrêter l’avancée des Allemands vers Paris.

La retraite de l’Armée française, entre le 26 août et le 4 septembre 1914, n’est pas un simple déplacement de troupes. En 10 jours, près de 40 000 Français perdent la vie dans la Meuse, dans l’Aisne et dans les Ardennes, dans des combats visant, en vain, à ralentir la progression des troupes allemandes. 

Le 4 septembre 1914, sur ordre du général Joffre, les troupes françaises arrêtent de reculer. Les hommes sont épuisés. Une terrible mission leur est pourtant confiée, celle d’attendre les Allemands  afin de les attaquer et les refouler vers le nord, comme l’exige le général Joffre. L’ordre est sans ambiguïté : « une troupe qui ne peut plus avancer devra, coûte que coûte, garder le terrain conquis et se faire tuer sur place plutôt que de reculer ».

LES COMBATS DANS LA VALLÉE DE LA SAULX

Les hommes du 2e Corps d’Armée d’Amiens sont massés sur la rive gauche de la Saulx. Ils reçoivent pour mission de contenir l’ennemi au passage des cours d’eau, en cédant le moins de terrain possible.

Le 6 septembre

Vers 9h, l’ennemis’empare de Le Buisson et de Bignicourt que les hommes du 72e RI d’Amiens ne peuvent défendre. Au milieu d’après-midi, Etrepy tombe aux mains des Allemands. A Sermaize, le pont sur l’Ornain ne peut être défendu par les hommes du 120e RI de Péronne. De nombreuses maisons sont en feu.

Le 7 septembre

Les Allemands progressent au sud de Sermaize. Sous la pression de l’ennemi, Pargny est évacué vers 15h. La ligne de défense est reportée à quelques centaines de mètres au sud, sur la voie ferrée.

Le 8 septembre

Les régiments de la région d’Amiens livrent un combat très vif pour défendre leurs positions aux abords de Pargny, aux Tuileries et à Maurupt.

Malgré une résistance acharnée au niveau de la voie ferrée, les Français sont vaincus et se replient au sud de Pargny. A Maurupt, les hommes du 128e RI d’Abbeville subissent également de lourdes pertes. En fin de journée, le général GERARD, commandant du 2e Corps d’Armée estime que la situation devient « très critique ».

Le 9 septembre

La journée est marquée par de violents tirs d’artillerie ennemie. Ces bombardements achèvent d’incendier et de détruire les villages du secteur. Autour de Maurupt et dans le village, les fractions du 128e RI, du 72e RI et du 18e Bataillon de Chasseurs à Pied, canonnés sans répit, se terrent. Les pertes sont nombreuses. Quelques offensives lancées pour reprendre Pargny échouent.

Le 10 septembre

Avant le lever du jour, l’ennemi réussit à pénétrer entre Maurupt et Le Montoy et à pousser une pointe jusque vers le bois de Maurupt. La situation du 2e Corps d’Armée d’Amiens est désespérée. Le général GERARD déclare qu’il ne croit pas tenir son front jusqu’au soir.

Le lendemain, l’ennemi ne poursuit pas son offensive. Les Allemands se replient vers le nord. Quelques jours plus tard, la guerre de position débutera. Pour les rescapés du 2e Corps d’Armée de la région d’Amiens, la guerre se poursuivra dans les tranchées de la forêt d’Argonne, entre Servon et Vienne-le-Château.

DES VIES BRISÉES

Entre le 6 et le 10 septembre 1914, plus de 1 700 hommes des régiments de la Somme, de l’Oise, de l’Aisne, des Ardennes ont perdu la vie dans le secteur situé entre Vitry-le-François et Sermaize-les-Bains. Au moins 3 000 autres y ont été blessés ou capturés.

LES FRERES WINCKLER D’ABBEVILLE

René WINCKLER est né le 13 septembre 1891 et Michel, son frère cadet, le 24 octobre 1892.

La famille réside rue Saint-Vulfran à Abbeville, sous-préfecture de la Somme.

Quand la guerre est déclarée, René et Michel effectuent ensemble leur service militaire au 128e Régiment d’Infanterie de la Somme. Les inséparables frères WINCKLER que beaucoup prenaient pour des jumeaux participent aux mêmes combats au début de la guerre.

Le 8 septembre 1914, sur le territoire de Maurupt-le-Montois, la mort frappe violemment la famille. René et Michel WINCKLER sont tués tous les deux, le même jour, à quelques centaines de mètres l’un de l’autre. Les deux inséparables frères sont unis pour toujours dans la mort.  René était âgé de 22 ans et Michel en avait 21.

JACQUES VELLIET D’AMIENS

Jacques VELLIET, né le 4 juillet 1893 à Amiens, est le fils d’un fabricant de machines à vapeur. Au début du XXe siècle, le nom de VELLIET est connu dans de nombreuses régions au sein du monde industriel en pleine expansion. Jacques souhaite devenir industriel comme son père.

Incorporé au 72e Régiment d’Infanterie d’Amiens fin novembre 1913, il est tout naturellement mobilisé à la déclaration de guerre et participe aux premiers combats du mois d’août 1914.

Le 8 septembre, Jacques VELLIET est tué sur le territoire de Maurupt-le-Montois.

Après la guerre, le couple VELLIET, pour rendre un hommage exceptionnel à leur fils. Charles et Adolphine VELLIET décident de financer un imposant monument commémoratif à Maurupt-le-Montois, dans le cimetière militaire où reposent plusieurs centaines de corps, identifiés ou non, dont celui de leur fils. Jacques. Il a 21 ans pour toujours.