La Bataille des Frontières

Samedi 1er août 1914

L’Allemagne déclare la guerre à la Russie.

La Belgique, la France et l’Allemagne décrète la mobilisation générale.

Les troupes allemandes envahissent le Grand Duché du Luxembourg par les ponts de Wasserbillig et de Remich. L’armée luxembourgeoise, forte d’une compagnie de 170 volontaires, ne peut résister.

En France, toute la population va bientôt découvrir les affiches confirmant la mobilisation et les hommes âgés de moins de 40 ans savent qu’il leur faudra bientôt quitter leurs familles.

Les jeunes conscrits des classes 1911, 1912 et 1913 sont eux bien loin. Ils sont déjà sur le terrain. Beaucoup de ces jeunes, âgés de 20 à 23 ans, ne pourront jamais dire au revoir à leurs parents. L’ordre de mobilisation les entraîne immédiatement dans la violence d’une guerre imminente. Ils seront mis en première ligne.

Dès le 1er août, la 4e division d’infanterie, dirigée par le général Rabier, reçoit l’ordre de couvrir au plus tôt la frontière belge de la région du Luxembourg. Cette division est rattachée à la IVe armée du général de Langle de Cary.

La 4e division est composée de la 7e brigade (général Lejaille ; 91e Régiment d’infanterie (Mézières) et 147e Régiment d’infanterie (Sedan)) et de la 87e brigade d’infanterie (général Cordonnier ; 120e Régiment d’infanterie (Péronne-Stenay),  9 Régiment de chasseurs à pied (Lille-Longuyon) et 18e régiment de chasseurs à pied (Amiens-Longuyon)).

Le commandement de la 4e division reçoit l’ordre de rapprocher toutes ses troupes de la frontière belge. Il s’agit de régiments constitués de jeunes hommes, âgés de 20 à 23 ans, qui effectuent leur service militaire.

Le 120e régiment d’infanterie a quitté la ville de Stenay pour cantonner à Jamets.

Le 18e régiment de chasseurs à pied quitte Longuyon pour se diriger vers Arrancy et Spincourt.

Le 9e régiment de chasseurs à pied le remplace à Longuyon.

Le 147e régiment d’infanterie quitte Mézières et se rend à Marville et Saint-Jean les Longuyon.

En France, l’ordre de mobilisation est affiché en fin d’après-midi dans la plupart des communes, accompagné par le tocsin sonné par les cloches des églises. En Belgique, les scènes sont identiques. Les hommes vont devoir partir pour accomplir leur devoir.

Dimanche 2 août

Pendant ce temps, dans les communes françaises, les hommes rejoignent les gares et les haltes de chemin de fer, sans enthousiasme mais sans angoisse excessive. La guerre va être courte. Beaucoup le pensent et souhaitent pouvoir rapidement venir terminer la moisson. Les jeunes conscrits de la 87e brigade commencent, pour leur part, à sentir le danger grandir.

Marcel Carouge, d’Abbeville, jeune appelé du 120e RI, incorporé le 27 novembre 1913, déclarera quelques années plus tard : « Le 2 août, ce fut la mobilisation générale. Sur le champ, nous vîmes s’illuminer les visages de nos officiers. Eux comprenaient l’imminence du danger. »

L’Allemagne pose un ultimatum et exige que la Belgique laisse passer les troupes allemandes sur son territoire sans opposer la moindre résistance. Cet ultimatum est repoussé par le gouvernement belge.

Lundi 3 août

L’Allemagne déclare officiellement la guerre à la France.

Le chemin de fer permet d’acheminer des dizaines de milliers de mobilisés vers la frontière avec la Belgique. Les troupes françaises s’installent peu à peu dans les départements frontaliers du nord-est. Il faut faire barrage à l’ennemi quand il aura fini de traverser la Belgique.

Mardi 4 août

Les Allemands franchissent la frontière et entrent en Belgique sans encombre.

Mercredi 5 août

La Grande-Bretagne entre en guerre contre l’Allemagne.

La Belgique demande de l’aide à la France et à la Grande-Bretagne.

Plus d’1 million et demi d’Allemands, dirigés par le comte Helmut Johannes Ludwig von Moltke s’apprêtent à traverser le territoire de la neutre Belgique pour envahir la France.

Les 5 et 6 août, plusieurs missions de reconnaissance de la cavalerie française franchissent la frontière pour localiser l’ennemi. L’aviation française installe des bases pour lancer des missions d’observation. L’une d’elle est située à Stenay, derrière la caserne du 120e RI.

Lundi 10 août

Une des premières incursions des Allemands sur le territoire français se situe dans le secteur de Mangiennes. Le 130e RI, repoussera l’ennemi en quelques heures, au prix de nombreuses pertes humaines, avec l’aide du 120e RI, appelé en renfort, et appuyé par une batterie de 75 du 42e Régiment d’artillerie. Plus de vingt Allemands sont faits prisonniers.

Les pertes du 120e RI s’élèvent seulement à trois blessés.

Les visages sont radieux chez les Français qui pensent que la victoire sera facile et que la guerre va se terminer rapidement.

Le général Cordonnier déclare : « La guerre sera bientôt terminée… D’ailleurs, on va attaquer. »

Pendant plusieurs jours, dans la région située autour de Bellefontaine, on y verra alternativement des cavaliers français et des cavaliers allemands en mission de reconnaissance. Dans certains cas, ils se rencontreront.

Le 13 août, plusieurs éclaireurs Allemands sont tués entre Saint-Vincent et Bellefontaine, et deux blessés sont soignés à la Croix-Rouge de Bellefontaine.

Le 14 août au soir, c’est une patrouille française de reconnaissance qui reçoit un feu nourri. Il y a 6 blessés.

A partir du 15 août, les troupes allemandes s’approchent de la frontière et s’installent dans les villages. Ils entrent dans Saint-Vincent et prennent quinze civils en otages. Ils coupent les fils téléphoniques de la gare. A Bellefontaine, ils réquisitionnent les chevaux. A Tintigny, ils se livrent à de nombreuses scènes de pillage.

La Croix-Rouge, installée dans l’école des filles de Bellefontaine, reçoit plusieurs blessés allemands.

Même si des Allemands sont présents, la population civile continue à voir, de temps en temps, des patrouilles de reconnaissance françaises.

La situation se durcit peu à peu entre la population civile et les Allemands. L’occupant se montre de plus en plus agressif et n’hésite pas à menacer, revolver au poing, pour obtenir nourriture et boisson.

L’armée française, renforcée par les mobilisés de début août, prend position à proximité de la frontière, sur un front allant de l’Alsace jusqu’aux Ardennes, les alliés britanniques se positionnant, quant à eux, plus à l’ouest.

Le 20 août au soir, le général Joffre autorise le général de Langle de Cary, commandant de la IVe armée, à franchir la frontière et à avancer au-delà de la Semoy, en direction de Neufchâteau, et d’attaquer l’ennemi partout où il le rencontre.

Les troupes se mettent en marche pour appliquer cet ordre.

Vendredi 21 août

Au matin le 120e Régiment d’infanterie arrvie au sud de Velosnes et en fin d’après-midi, il reçoit l’ordre de se porter à Meix-devant-Virton.

Les 3 bataillons du régiment logent dans des granges à Meix, village situé dans la vallée, au pied du plateau de Bellefontaine.  

Le 18e Bataillon de Chasseurs à Pied passe la nuit à Sommethonne et le 9e BCP à Thonne-la-long.

Les Allemands ont provisoirement quitté le village de Bellefontaine pour se replier au-delà de Tintigny et regrouper les troupes qui assureront l’offensive du lendemain.

La nuit est pluvieuse et orageuse. Elle sera très courte pour tous.