Après la défaite du 22 août 1914, en Belgique et dans l’Est de la France, l’Armée française se replie. Les troupes allemandes se mettent à suivre celles des Français, au départ, après un laps de temps de près de 3 jours, puis, en fonction des événements, se rapprochant de près de l’adversaire. Pour la 4e Armée française du général Langle de Cary, ce sont les 3e et 4e divisions d’infanterie, issues de la région militaire d’Amiens, qui assurent l’arrière-garde, dans la progression vers la Marne.

Le 31 août à Fontenois dans les Ardennes

Le 31 août, le 128e Régiment d’Infanterie reçoit l’ordre d’empêcher l’ennemi d’occuper Fontenois, hameau de Saint-Pierremont, à quelques kilomètres de Buzancy, dans le Sud des Ardennes. Le gros des troupes de la VIe Armée française est arrivé presque à destination des positions stratégiques adoptées dans la Marne pour arrêter la progression allemande, et il faut que l’ennemi soit retenu encore quelques heures plus au Nord. Parmi les villages choisis par l’état-major français pour provoquer les combats avec l’ennemi, il y a Fontenois, petit village en fond de vallée. C’est le 128e RI qui est désigné pour cette mission.

En pleine retraite de la Bataille des Frontières, l’ordre a été donné au 128e de quitter son cantonnement à Autruche (Ardennes) pour rejoindre le hameau voisin de Fontenois, afin d’y arrêter la progression des Allemands, en marche vers la Marne et vers Paris.

Le contre-ordre donné le 31 août à l’aube, par l’Etat-major de la Division, n’est arrivé que plus de deux heures après le début des combats. Il était trop tard…

En quelques heures, les pertes, côté français, sont très importantes. Les 8 compagnies du 128e RI positionnées en contrebas de l’artillerie allemande sont décimées.

Le 128e RI avait livré ses premiers combats le 22 août, près de Virton, en Belgique, mais c’est bien à Fontenois, dans les Ardennes, le 31 août 1914, qu’il a subi ses pertes les plus importantes, en une seule journée, de toute la guerre.

Calvaire à Fontenois (Ardennes) devant lequel les Anciens Combattants du 128e RI venaient se recueillir chaque 31 août

Au moins 140 jeunes hommes du 128e RI de la Somme, renforcés par le 51e RI de Beauvais, perdent la vie, en quelques heures, à l’entrée du petit village de Fontenois, et plusieurs dizaines de soldats français sont blessés. Leur sacrifice aura ralenti la progression allemande de quelques heures. Est-ce que ça a changé le cours de la Bataille de la Marne du début septembre ? On peut en douter. Par contre, ce dont on ne peut douter, c’est que la transcription du lieu du décès des jeunes hommes du 128e RI et du 51e RI tués le 31 août 1914 a posé des problèmes à l’administration militaire, y compris après la signature de l’Armistice.

Fontenois et non « Fontenoy »

Les morts ont été, majoritairement, identifiés comme morts à « Fontenoy ». Le problème est qu’aucune commune du nom de « Fontenoy » n’existe dans le département des Ardennes, où a eu lieu la bataille du 31 août 1914. L’administration militaire, devant rendre des comptes aux familles, a alors dû composer avec les informations recueillies. Les transcriptions ont pris en compte un « Fontenoy – Ardennes » sans vraiment savoir de quelle commune il pouvait bien s’agir, car n’existant pas avec cette orthographe. Beaucoup de secrétaires zélés ne se sont pas satisfaits d’un choix de commune inconnue, et ont alors opté pour les seuls « Fontenoy » recensés dans le Nord-Est de la France, c’est-à-dire,  un « Fontenoy, dans l’Aisne », un « Fontenoy, dans le proche département de Meuse »…ou un « Fontenoy beaucoup plus lointain, dans l’Yonne.

bruyer
exemple de la fiche Mémoire des Hommes d’Emile BRUYER, de Saint-Ouen
tyrard
exemple du registre matricule de Marie Joseph TYRARD, d’Yzengremer

Quelques anciens combattants du 128e RI savaient bien que la bataille du 31 août 1914 avait eu lieu à Fontenois, hameau de Saint-Pierremont, dans les Ardennes. Ils s’y rendaient, chaque 31 août, pour commémorer cette journée et rendre hommage aux copains qui y avaient perdu la vie. Mais aujourd’hui, après leur disparition, qui peut rétablir la vérité ? Pour tous les archivistes, historiens et passionnés de la Grande Guerre, sachez que les jeunes hommes du 128e RI et du 51e RI étaient à Fontenois, hameau de Saint-Pierremont, le 31 août 1914. Aucun doute ne doit subsister !

Au moins, 140 y ont perdu la vie. Essentiellement, des jeunes de la Somme et de l’Oise qui effectuaient ensemble leur service militaire avant la déclaration de guerre. Des jeunes qui avaient entre 20 et 23 ans, en cette fin du mois d’août 1914.