ILS AVAIENT 20 ANS EN 1914 – les frères WINCKLER d’Abbeville

René est né le 13 septembre 1891 et Michel, son frère cadet, le 24 octobre 1892.

René et Michel WINCKLER sont les enfants d’Emile WINCKLER et de Lucie HIVER. Les deux garçons sont nés à Abbeville comme leurs aînés Dorothée, Albert, Paul, Pierre et Emilie. La famille réside au N° 45 de la Rue Saint-Vulfran.

Emile WINCKLER, le père, est originaire de Strasbourg. Né avant le rattachement de l’Alsace à l’Empire allemand, Emile est né Français. Jeune homme, il quitte l’Alsace pour s’installer à Abbeville. Emile travaille dans l’imprimerie. Il est lithographe. Léon HIVER, le frère de Lucie, est également employé dans l’imprimerie. Il est dessinateur. Les deux jeunes hommes qui travaillent tous deux dans la même imprimerie Rue Saint Vulfran deviennent rapidement copains. Un jour,Léon présente sa sœur, Lucie, au copain lithographe. L’amour est né. Emile WINCKLER épouse Lucie HIVER. Ils se marient et ont de nombreux d’enfants.

René et Michel passent leur enfance dans le centre-ville d’Abbeville, près de la Collégiale Saint-Vulfran. C’est dans ce quartier qu’ils vont à l’école publique. Les deux frères sont inséparables.

Alors que René et Michel sont adolescents, leurs parents quittent la capitale du Ponthieu pendant quelques années pour s’installer à quelques kilomètres de là dans le petit village de Port-le-Grand situé au Nord-Ouest d’Abbeville. René et Michel travaillent déjà et sont logés chez leurs employeurs. René est employé de commerce et Michel est apprenti charcutier à Abbeville.

L’activité dans l’imprimerie d’Emile WINCKLER le ramène à nouveau à Abbeville au début des années 1910. La famille s’installe alors Rue de la Tannerie, dans le quartier Saint-Gilles. Quartier situé entre l’Hôtel-Dieu et la caserne Courbet. René et Michel y résident avec leurs parents, les plus jeunes des enfants et leur frère aîné, Pierre WINCKLER, mécanicien de profession.

Pierre a déjà terminé son service militaire obligatoire quand René est convoqué devant le Conseil de Révision. Pierre avait été affecté à Laon au 29e Régiment d’Artillerie, son métier de mécanicien n’étant pas étranger au choix de l’Etat-Major. René a beaucoup plus de chance. Il est affecté au 128e Régiment d’Infanterie pour y effectuer les deux années de service militaire obligatoire, régiment caserné à quelques centaines de mètres de la résidence de ses parents.  

Quand Michel, l’année suivante, est également affecté par le Conseil de Révision au 128e RI, les deux frères sont aux anges ! Hélas, leur joie n’est que de courte durée. Suite aux menaces de guerre qui pèsent au niveau de l’Europe, l’armée française a décidé de renforcer la défense de ses frontières. Plusieurs unités de la région militaire d’Amiens sont transférées vers le département de la Meuse. Leur départ libère des locaux dans la Somme que l’Armée réutilise immédiatement pour regrouper des régiments. En octobre 1913, les 2 bataillons du 128e RI qui étaient casernés à Sevran, près de Paris, sont transférés à Amiens, dans les locaux de la Citadelle. Michel WINCKLER est bien affecté, comme son frère René, au 128e RI, mais c’est par le train qu’il se rend sur son lieu d’incorporation. René est à la caserne Courbet d’Abbeville et Michel à la Citadelle d’Amiens.

Le 3 août 1914, la guerre est déclarée par l’Allemagne. Le 128e RI, toujours caserné dans le département de la Somme, se prépare. Le 5 août au matin, les Abbevillois prennent le train jusqu’en Gare d’Amiens où les rejoignent ceux des deux bataillons amiénois. Après 9 heures de transport, les 3 000 jeunes hommes qui effectuaient leur service militaire dans la Somme arrivent en gare de Dun-sur-Meuse. C’est à pied qu’ils continuent le voyage vers Stenay puis vers la frontière belge où vont se livrer les premiers combats. René et Michel WINCKLER vont subir en même temps l’épreuve du feu le 22 août de l’autre côté de la frontière belge, près de Virton. Les victimes s’y comptent par centaines. Dans l’ensemble des combats menés de Mons, en Belgique, au Grand-Duché du Luxembourg, des milliers de jeunes Français perdent la vie en quelques heures seulement. A Virton, plusieurs copains abbevillois et amiénois sont morts ou gravement blessés. L’horreur de la guerre a vraiment débuté pour les frères WINCKLER.

Alors que l’Armée française bat en retraite dans les jours suivants vers le Sud du département de la Marne, le 128e RI est choisi pour mener une offensive d’arrière-garde contre les troupes allemandes lancées à la poursuite dans le secteur de Saint-Pierremont, dans les Ardennes.

Les deux bataillons du 128e qui lancent l’attaque vers Saint-Pierremont à partir du hameau de Fontenois sont décimés. Au moins 130 Français sont tués et près de 300 sont gravement blessés. Si les frères WINCKLER en réchappent, le traumatisme est bien présent.

La guerre n’est pas finie. L’armée française se positionne dans le Sud de la Marne pour s’y réorganiser en comblant les pertes des précédents combats. La Bataille de la Marne va pouvoir débuter. Après avoir effectué plus de 100 kilomètres à pied dans la chaleur de cette fin d’été 1914 en cinq jours seulement, René et Michel WINCKLER arrivent avec leurs copains du 128e dans le secteur de Pargny-sur-Saulx. Leur principal objectif est d’empêcher les Allemands de franchir les rivières Ornain et Saulx ainsi que le canal de la Marne et de résister… « jusqu’à la mort ». Arrêter la progression allemande vers Paris coûte que coûte !

Mis en difficulté dès le début des combats le 6 septembre, les hommes du 128e reculent vers le village de Maurupt-le-Montois.

Le 8 septembre 1914, c’est sur le territoire de Maurupt-le-Montois que la mort frappe durement la famille WINCKLER. Avec une violence telle que les parents ne pourront jamais s’en remettre. René et Michel WINCKLER sont tués tous les deux, le même jour, à quelques centaines de mètres l’un de l’autre. Les deux inséparables frères sont unis pour toujours dans la mort.

Quelques jours plus tôt, leur frère aîné Pierre, mobilisé début août 1914, a été gravement blessé. Laissé sur le champ de bataille le 27 août 1914, il est fait prisonnier. Il est transporté en Allemagne à Wahn-Schiessplatz puis rapatrié en juillet 1915 dans un convoi de grands blessés pour être hospitalisé en France. Pierre a subi toute sa vie les conséquences de cette blessure. Mais Pierre a survécu. Il a pu retrouver sa jeune épouse, Augusta et connaître, après la guerre, une vie presque « normale ». Au moins, en apparence… Pierre WINCKLER est décédé le 4 septembre 1966 à l’âge de 78 ans.

Ses frères cadets, René et Michel, ont 22 et 21 ans pour toujours.

Monument aux morts d’Abbeville – les noms des 2 frères Winckler sont accompagnés de l’initiale du premier prénom de l’état-civil (A pour Augustin René – dont le prénom usuel était René – et M pour Michel)

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

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