ILS AVAIENT 20 ANS EN 1914 – Hilaire CHARLET de Quend

Né le 21 juin 1887, Hilaire est le fils d’Hilaire-Célestin CHARLET et de Camille DESSEAUX.

La famille CHARLET réside dans le hameau du Marais à Quend.

Hilaire est le 2e enfant de la fratrie. Sa sœur aînée se prénomme Elvire. Suivront deux  frères, Zémire, né en 1889 et Camille, né en 1891 ainsi qu’un dernier enfant, Marie, en 1896.

A l’extrême Nord-Ouest du département de la Somme, le territoire de la commune de Quend est limité au Nord par l’Authie qui le sépare de ceux de Groffliers, Waben, Conchil-le-Temple situés dans le Pas-de-Calais. Si on recense moins de 200 habitants dans le chef-lieu du nom de Quend-le-Jeune, plus de 1 500 habitants résident dans la vingtaine de hameaux de la commune. Les plus importants sont Monchaux, Le Marais, Fort-Mahon et Routhiauville.

Il y a environ 280 habitants au Marais, hameau situé entre Quend-le-Jeune et Vieux-Quend.

La population est constituée majoritairement de cultivateurs et d’ouvriers agricoles. On y trouve également un cordonnier, un maçon, un maréchal-ferrant, un marchand de ferrailles et un marchand de chiffons. La gare de chemin de fer est située au Marais. Il y a un hôtel et deux débits de boissons à proximité. Dans le hameau, il y a également 2 ateliers de serrurerie, celui des LEJEUNE et celui de la famille CHARLET.

Hilaire CHARLET travaille dans l’atelier situé dans l’ancienne ferme familiale avec ses frères cadets, Zémire et Camille. Alfred LEJEUNE est serrurier comme son père et son frère cadet, Julien.

L’activité de serrurerie à domicile était très importante dans l’Ouest du département de la Somme au XVIIIe et XIXe siècles. La plupart des hommes des villages étaient cultivateurs l’été et serruriers l’hiver. Avec l’industrialisation de la fin du XIXe siècle, de nombreux jeunes campagnards ont fait le choix de quitter leur village pour se faire embaucher à l’usine. Dans le secteur de Quend, la plus grande serrurerie est celle de Monsieur STREMLER à Sailly-Flibeaucourt.

Les garçons des familles CHARLET et LEJEUNE n’ont pas choisi de partir. Ils ont installé leur propre atelier de serrurerie, au cœur du hameau du Marais.

Ayant vécu toute leur enfance dans le village, Hilaire CHARLET et Alfred LEJEUNE sont copains depuis toujours. Hilaire est né en 1887 et Alfred en 1886. Ils ont tout partagé pendant l’enfance. L’école, l’église, les promenades, les jeux aussi bien dans le hameau que dans tout le territoire de la commune, des dunes de Fort-Mahon aux marais de la Baie d’Authie.

Agé d’une année de plus qu’Hilaire, Alfred est le premier à partir au service militaire. Il est incorporé au 87e Régiment d’Infanterie de Saint-Quentin. Hilaire CHARLET, affecté dans l’Artillerie, quitte son village un an plus tard. Il rejoint le 17e Régiment d’Artillerie de La Fère dans l’Aisne.

En 1909, près de Quend, se passe un événement extraordinaire. Gaston et René CAUDRON, fils d’agriculteurs à la Ferme de Romiotte à Ponthoile, réussissent à faire décoller un avion après l’avoir fait tirer par leur jument nommée Luciole. Les moteurs commandés n’étant pas encore livrés, l’avion vole comme un planeur pendant plusieurs centaines de mètres. L’aventure aéronautique des frères CAUDRON vient de débuter.

Carte postale éditée à l’occasion du cinquantenaire du premier vol des Frères Caudron à Romiotte en juin 1909 (AD Somme – 8FI5955)

Hilaire CHARLET et Alfred LEJEUNE connaissent les frères CAUDRON qui n’ont que 4 ou 5 ans de plus qu’eux. Gaston et René CAUDRON sont nés à Favières, commune voisine de Rue, chef-lieu de canton. Favières, Rue, Ponthoile, Quend, tous les jeunes hommes de ces communes qui ont le même âge se connaissent.

Après avoir fondé leur première société « Les Aéroplanes Caudron frères » au Crotoy, René et Gaston CAUDRON implantent un atelier de construction dans la commune de Rue. Ils ont besoin de main d’œuvre qualifiée. Faire appel aux artisans serruriers du secteur est une évidence pour eux.

Hilaire est embauché avec son frère cadet Zémire chez les CAUDRON à Rue. Après quelques mois, Hilaire devient chef-entoileur. Son copain Alfred LEJEUNE continue son activité de serrurier à Quend.

Hilaire CHARLET épouse Juliette JANIN en 1911. Il s’installe avec elle au N° 7, Rue de la Rivierette à Rue. En 1912, naissent les jumelles Suzanne et Simonne. Un garçon prénommé Robert viendra compléter la fratrie.

L’entreprise des CAUDRON connaît un essor extraordinaire. Après la création de leur première école de pilotage au Crotoy, une 2e école de pilotage est créée à Issy-les-Moulineaux, lieux des premiers exploits des BLERIOT, FARMAN et autre SANTOS-DUMONT. René et Gaston CAUDRON installent également sur place un atelier. A Bron, près de Lyon, où le nouveau champ d’aviation attire les pilotes les plus célèbres, une usine de fabrication CAUDRON est alors implantée.

En 1913, la Maison CAUDRON située au 32, Chemin des Alouettes à Lyon, devient l’univers de la famille CHARLET. Hilaire et Zémire y travaillent pour les avionneurs picards.

Le 1er août 1914, comme tous les hommes en âge de partir combattre, Hilaire CHARLET est mobilisé. Affecté au 2e Groupe Aéronautique de Reims, il rejoint son corps dès le 2 août. L’Etat-major n’hésite pas longtemps. Dans un premier temps, les compétences du jeune Quennois sont jugées plus utiles pour développer la fabrication des moteurs et des avions dans l’usine de Lyon, plutôt que pour combattre. Cette entreprise s’est spontanément mise au service de la patrie. Hilaire CHARLET est mis en sursis d’appel et renvoyé au 32 Chemin des Alouettes de Lyon pour y exercer son activité d’entoileur. Zémire CHARLET bénéficie d’un sursis pour les mêmes raisons. C’est dans une usine lyonnaise que les deux frères CHARLET remplissent leur devoir patriotique.

Alfred LEJEUNE ne bénéficie d’aucun sursis. Le 5 août 1914, il rejoint le 87e RI. 

Fin août 1914, le front se rapprochant, les établissements CAUDRON déménagent le matériel encore présent au Crotoy et à Rue. Tout est transporté vers Lyon. C’est Gaston CAUDRON, sursitaire comme l’a été Hilaire, qui dirige l’usine de Lyon. René CAUDRON est rappelé par le Ministère de la Guerre pour construire une autre usine à Issy-les-Moulineaux. A compter de 1915, cette usine assure le montage de 3 avions G3 par jour. Les pilotes CHANTELOUP et POULET effectuent les vols d’essai.

Alfred LEJEUNE est gravement blessé à la jambe gauche, par éclats d’obus, mi-septembre en Forêt d’Argonne. Après quelques mois d’hospitalisation, il quitte l’Infanterie. Il est affecté au 2e Groupe d’Aviation.

A l’usine CAUDRON de Lyon, Gaston aime tester lui-même les avions dès leur sortie d’usine. Le 12 décembre 1915, Gaston CAUDRON se tue sur l’aérodrome de Lyon-Bron au cours d’un vol de présentation.

Au printemps 1917, Hilaire et Zémire doivent quitter Lyon. Les combats de 1916 autour de Verdun et dans la Somme ont provoqué d’importantes pertes humaines dans l’Armée française. L’offensive du Chemin des Dames doit rassembler un maximum d’hommes n’ayant jusque là pas encore participé directement au combat armé. L’Armée rappelle les exemptés, les réformés, les sursitaires en état de servir … de chair à canon. A quelques semaines d’intervalle, Hilaire et Zémire CHARLET rejoignent le 158e Régiment d’Infanterie de Lyon. Hilaire arrive dès mai 1917 sur les terres ensanglantées du Chemin des Dames.

Hilaire et Zémire CHARLET survivent aux combats meurtriers du Sud de l’Aisne et à ceux de la Marne à l’automne 1918. Le 21 mars 1919, Hilaire CHARLET est démobilisé définitivement et son frère également, le 1er avril. Les deux frères rentrent à Lyon. Hilaire y retrouve sa femme et ses enfants. Ils habitent maintenant au 23, Rue du Président Kreuger à Lyon.

La fin de la guerre entraîne une diminution brutale des commandes de l’Etat. René CAUDRON tente de diversifier l’activité par la construction de tombereaux, mais il doit se résoudre à baisser ses effectifs de deux tiers. Il ferme l’usine de Lyon.

Hilaire CHARLET fait partie des salariés retenus par René CAUDRON. Il rejoint l’usine CAUDRON de la Rue Guynemer à Issy-les-Moulineaux. La famille s’installe à Paris, Rue Bouilloux-Lafont, dans le 15e Arrondissement, à quelques centaines de mètres de l’usine.

Alfred LEJEUNE a survécu à la guerre. Il a continué son activité de serrurier dans le hameau du Marais à Quend et a épousé Maria ROUSSEL en 1924. Son frère cadet, Julien, a été tué dès le début du conflit. Affecté au 128e Régiment d’Infanterie d’Abbeville, il est une des premières victimes de la Grande Guerre. Il est tombé à Meix-devant-Virton en Belgique le 22 août 1914. Julien LEJEUNE avait 24 ans.

Camille CHARLET, le frère cadet d’Hilaire et Zémire, a survécu également à la guerre. Camille a rencontré l’amour pendant la guerre. Il s’est marié le 7 décembre 1916 à Amiens avec Angèle FONTAINE. Mais les nombreuses maladies contractées au front ont laissé des traces dans son organisme. Camille est mort à l’âge de 39 ans.

Hilaire CHARLET a fini sa vie à Paris, loin de Quend et du hameau du Marais. Il a travaillé plusieurs années dans l’usine CAUDRON d’Issy-les-Moulineaux. Hilaire a eu la chance de voir grandir ses trois enfants. Il a eu la chance d’assister à leurs mariages et il a connu la joie simple d’être grand-père. Hilaire a eu de la chance. La guerre l’a épargné et la vie a été heureuse.

Association Histoire et Recherche d’Issy-les-Moulineaux (http://www.historim.fr/2015/11/les-freres-caudron-issy.html)

Au Marais à Quend, de nombreuses familles ont été endeuillées. Les LEJEUNE ont perdu un fils. Les DESSEAUX aussi. Pierre DESSEAUX, le cousin germain d’Hilaire a été tué en novembre 1916.

Dans les dernières années de sa vie, Hilaire CHARLET a quitté l’usine CAUDRON pour devenir concierge.

Juliette, son épouse, est décédée en 1938. Hilaire est mort à l’hôpital Boucicaut de Paris, en 1940, d’une tumeur à la gorge.

Alfred LEJEUNE a terminé sa vie dans le hameau du Marais à Quend, logé chez son fils Jules. Ce dernier était ouvrier agricole chez Monsieur JEANSON. Michel JEANSON avait décidé de cultiver des artichauts et des carottes dans les 900 hectares de dunes du Marquenterre achetés par son père. Cet espace dunaire est aujourd’hui une des plus grandes réserves ornithologiques d’Europe.

L’usine René CAUDRON d’Issy-les-Moulineaux a été nationalisée en 1945. Les locaux, repris ensuite par Thomson-CSF, ont fermé dans les années 1980.

Le Samarien René CAUDRON, un des héros de l’Histoire de l’Aviation, est mort le 27 septembre 1959. Célèbre et riche, mais portant pour toujours le deuil de son frère Gaston. Le deux frères reposent ensemble au cimetière communal de Rue.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

Merci à Géraldine INNOCENTI, arrière-petite fille d’Hilaire CHARLET

Nous vous recommandons la visite du Musée des Frères CAUDRON au 10, Place Anatole GOSSELIN à Rue (80120)

Retrouvez d’autres parcours :

Henri LEMAIRE de SAINT-QUENTIN-EN-TOURMONT

Félix DUCLAIRE de PONTHOILE

Octave CARPENTIER du CROTOY

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