UN JOUR, UN PARCOURS – Adolphe BALESDENT d’Abbeville

Né le 2 septembre 1895, Adolphe BALESDENT est le fils de Louis BALESDENT et de Camille GONNAIS.

Louis et Camille se marient à Abbeville en juillet 1894. Louis travaille pour la Compagnie des Chemins de Fer du Nord.

Les parents de Camille habitent Rue de Haut, Faubourg Menchecourt. Camille a quatre frères et une sœur : Louis, Jules, Etienne,  Angélina et Henri. C’est, près de ses parents, dans ce quartier situé au Nord d’Abbeville, au-delà des anciennes fortifications que s’installe Camille GONNAIS devenue Madame Louis BALESDENT pour y fonder, avec son mari, une belle famille.

Adolphe, le fils de Louis et de Camille, naît une année plus tard. Il n’y aura hélas pas d’autre enfant.

La disparition de Louis est brutale. Camille trouve refuge chez son père, Auguste GONNAIS. Grand-père Auguste a perdu sa femme. Il vit avec son plus jeune fils, Henri avec qui il dirige une petite exploitation agricole dans leur maison de la Rue de Haut. L’arrivée de sa fille et de son petit-fils est un bonheur pour le vieil Auguste. La vie est cruelle mais elle apporte aussi des moments de bonheur simple.

Adolphe participe aux travaux de la ferme. Il y prend de plus en plus de plaisir, au point de décider d’en faire son métier.

Le 3 août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France. Henri GONNAIS, le frère cadet de Camille, est mobilisé. Il rejoint le 17e Régiment d’Artillerie qui est stationné à Abbeville. Adolphe BALESDENT n’a pas encore 19 ans. Si la guerre ne dure que trois semaines comme le prédisent les journalistes, Adolphe n’aura même pas besoin de partir…

Mais, dès la mi-septembre 1914, la guerre commence à s’enterrer. Le front se stabilise et les soldats deviennent des terrassiers. La guerre des tranchées va être longue. Très longue.

Adolphe BALESDENT, le jeune garçon aux cheveux blonds et aux yeux gris, est jugé apte au service armé. Il est affecté au 110e Régiment d’Infanterie qu’il rejoint le 16 décembre 1914. Avant d’être envoyé au combat, il doit être formé. Il prend le train en direction du Sud-Ouest de la France. Le dépôt du 110e RI est installé à Sarlat en Dordogne.

Ils sont au moins une vingtaine d’Abbevillois à prendre le train en gare d’Abbeville en direction de la Dordogne, tous affectés au 110e RI. Alphonse y retrouve des copains des quartiers Nord d’Abbeville comme Maurice VAUCHEL de la Rue du Colombier, Fernand BILLIART de la Route de Doullens, Ange VANDERBECQ du Boulevard de la République ou Jules VASSEUR de la Rue aux Mulets.

Plus les semaines passent et plus la pression augmente. Tous savent, qu’une fois l’instruction terminée, ils devront partir au combat. Même si la jolie commune de Sarlat est très éloignée du front, les informations sur les conséquences des combats y parviennent et, régulièrement, des convois de blessés transitent par la gare en direction des hôpitaux les plus proches.

Le 25 avril 1915, les jeunes Abbevillois de la Classe 1915 quittent Sarlat en direction de l’Est de la France. Adolphe BALESDENT est affecté au 108e Régiment d’Infanterie. Il va perdre de vue ceux avec qui il vient de passer les quatre derniers mois.

Le 15 octobre, Adolphe change encore de régiment. Il rejoint la 3e Compagnie du 416e RI. Il s’agit d’une unité issue du 143e RI de Carcassonne. Plus d’un an après le début de la guerre, les recrutements ne sont plus régionaux depuis longtemps. Les pertes des premiers mois ont déjà été tellement nombreuses qu’il faut combler les absences. Qu’importe l’origine géographique de ceux qui vont être envoyés au front. Les Compagnies du 416e RI sont constituées par moitié d’anciens blessés qui viennent de rejoindre les dépôts et par moitié de jeunes de la Classe 1915, comme Adolphe.

Le 7 mai 1916, au Ravin de la Dame près de Verdun, Adolphe BALESDENT est capturé par l’ennemi. Emmené en Allemagne, il vit alors en captivité pendant plus de deux années et demie. Interné à Hameln, il est ensuite transféré au camp d’Holzminden près d’Hanovre. C’était le plus grand camp d’internement d’Allemagne, pouvant accueillir jusqu’à 10 000 prisonniers en même temps. De nombreux civils du Nord de la France ont également été internés à Holzminden.

Adolphe BALESDENT (assis, le 1er à gauche) au camp de Holzminden (photo collection privée)

Inquiète de ne plus avoir de nouvelles, Camille se rend à la mairie d’Abbeville pour tenter d’obtenir des informations. La Croix Rouge internationale retrouve la trace d’Adolphe. A défaut d’avoir son fils près d’elle et sans savoir quelles sont les conditions de sa détention, Camille est rassurée. Son fils est éloigné des zones de combats. Tant de familles sont endeuillées autour d’elle. Les BELLEBOUCHE ont perdu leur fils Zénobe et les BELLAVOINE, voisins du Faubourg Menchecourt, viennent d’apprendre la disparition de leur fils Gaston.

Adolphe BALESDENT (debout, le 2e à droite) au camp de Holzminden (photo collection privée)

Adolphe BALESDENT n’est rapatrié que le 14 janvier 1919. L’Armistice est signé depuis plus de deux mois. Après avoir transité par le Centre de Rapatriés du Havre, Adolphe retrouve sa famille à Abbeville. Il bénéficie d’une permission de 30 jours qu’il passe auprès de sa mère, au Faubourg Menchecourt. Puis il doit rejoindre le 128e Régiment d’Infanterie, unité qui était casernée à Abbeville avant la guerre. Si les combats ont pris fin sur le territoire français, le maintien de l’ordre est encore à assurer au-delà des frontières nationales. Adolphe BALESDENT n’est démobilisé que le 9 août 1919.

Carte envoyée par Adolphe BALESDENT à sa mère, Camille GONNAIS Veuve BALESDENT (collection privée)

Il se marie le 13 mars 1920 avec Cécile LEFEBVRE, la fille de cultivateurs de la Rue du Haut à Menchecourt. Deux enfants naissent de cette union, Michel, à la fin de l’année 1920 et Micheline en 1921. Adolphe et Cécile deviennent fermiers dans la Rue de Haut. Ils ne quitteront jamais le Faubourg Menchecourt.

Si Adolphe a survécu à la guerre sans trop de dommages physiques, il n’en est pas de même de tous les copains qui étaient avec lui à Sarlat. Fernand BILLIART et Jules VASSEUR ont été tués. Fernand avait 19 ans et Jules avait 21 ans. Quant à Maurice VAUCHEL et Ange VANDERBECQ, grièvement blessés, leur vie d’après-guerre a été emplie de souffrances.

Adolphe BALESDENT sait la chance qui est la sienne. Le bonheur d’être en bonne santé et de voir grandir Michel et Micheline. Seules ses nuits sont moins paisibles. Les cauchemars ne les délaissent que rarement et les visages des copains de Sarlat y sont souvent présents.

Son oncle Henri, le jeune frère de Camille, est aussi revenu vivant de la guerre. La chance a souri à la famille GONNAIS-BALESDENT.

Adolphe a continué son activité de fermier au Faubourg Menchecourt. Il est mort à Abbeville le 28 décembre 1968, à l’âge de 73 ans, et son épouse Cécile en 1980.

Micheline, leur fille, a définitivement fermé les yeux le 11 décembre 2014. Un siècle plus tôt, son père, jeune homme de 19 ans, quittait une riante commune du Sud-Ouest pour l’enfer des tranchées du Nord-Est de la France. Un enfer dont il est revenu. Comme un miraculé.

Adolphe BALESDENT (debout, 10e en partant de la droite) avec les prisonniers du camp d’Holzminden (photo collection privée)

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

Photo en tête d’article:

Adolphe BALESDENT (debout au 3e rang, 7e en partant de la gauche – derrière violoniste) parmi les musiciens prisonniers du camp de Holzminden (photo collection privée)

Merci à la famille BRICHEUX pour la mise à disposition des illustrations

Merci à France DEVISMES et Alain ROCQUE pour leurs recherches dans l’état-civil d’Abbeville

Inhumation d’un prisonnier français au camp d’Holzminden quand Adolphe BALESDENT y été détenu (collection privée)

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