UN JOUR, UN PARCOURS – Henri CAUSSIN de Béthencourt-sur-Somme et de Villecourt

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 17 mars 1892, Henri CAUSSIN est un enfant de la Haute Vallée de la Somme.

Son père, Césaire CAUSSIN est originaire de Villers-Carbonnel et sa mère Marie GANSE, d’Estrees-Deniecourt, deux villages pourtant très proches l’un de l’autre,  mais l’un est dans le canton de Péronne et l’autre dans le canton de Chaulnes. Après leur mariage dans la commune de l’épouse comme le veut la tradition, Césaire et Marie s’installent à Villers-Carbonnel. Après un premier enfant décédé à l’âge de deux mois, naissent Lucien en 1877 et Gatien en 1879.

La famille descend ensuite vers le Sud, de dix kilomètres à peine pour aller s’installer en bordure du Canal de la Somme. La famille CAUSSIN réside alors à Epénancourt, petite commune de 200 habitants.

C’est dans ce village du canton de Nesle que naît le troisième garçon, prénommé Louis CAUSSIN.

Césaire, le père, est manouvrier et journalier, travaillant aussi bien dans la carrière de pierres que pour la grande fabrique de sucre d’Epénancourt ou dans les fermes du village.

Si l’emploi ne manque pas dans ce village, il en est de même dans tous les villages situés le long du canal de la Somme, dans la Haute Vallée de la Somme, entre Péronne et Voyennes. La famille CAUSSIN quitte ensuitet Epénancourt pour Béthencourt-sur-Somme, petite commune située quelques kilomètres plus loin sur la même rive gauche du Canal de la Somme.

Henri et son frère cadet, prénommé Désiré, voient le jour dans ce village du canton de Nesle. Leur père occupe toujours un emploi de manouvrier, imité par ses fils aînés Lucien et Gatien.

Si l’agriculture occupe une grande partie des 200 habitants, il y a aussi d’autres activités dans la commune, comme celles de l’extraction des pierres calcaires pour produire de la chaux pour la construction et la culture. Il y a aussi une maréchalerie, une charronnerie et le moulin à farine  d’Albert VARLET. Un moulin mu par l’eau. Une petite briqueterie permet aussi à quelques ouvriers d’avoir du travail en dehors de la saison des récoltes.

La présence d’un canal navigable par les péniches est une chance pour les agriculteurs qui peuvent expédier leurs céréales vers le Nord de la France.

Henri et Désiré, les plus jeunes garçons de la famille, passent leur petite enfance à Béthencourt-sur-Somme.

Les doigts d’une main suffisent pour compter les garçons de leur âge. Robert LEFEBVRE et Camille HARLEZ habitent dans la Grand Rue . Le père de Robert est commissionnaire en betteraves et celui de Camille est berger.

Monsieur POTEL est l’instituteur public du village et l’abbé JUMELET son curé.

La famille CAUSSIN quitte la commune au début du XXe siècle pour aller s’installer cette fois sur la rive droite du Canal de la Somme, dans le petit village de Villecourt, de l’autre côté du pont et à quelques dizaines de mètres seulement de Béthencourt-sur-Somme.

Lucien CAUSSIN, le fils aîné ne suit pas ses parents. Il vit en couple et reste à Béthencourt avec Marie PHILIPPE, une fille du village. Un petit Lucien est né de leur amour en 1901.

Gatien CAUSSIN, le second garçon, quitte le secteur pour celui de Ham et part travailler dans le département de la Seine-Inférieure.

Césaire et Marie s’installent à Villecourt avec leurs trois derniers fils, Louis, Henri et Désiré.

Les parents sont employés par des fermiers du village où ils ont décidé de venir habiter, Louis CAUSSIN est conducteur du Moulin Longatte à Eterpigny et les deux plus jeunes garçons trouvent du travail à Béthencourt. Dans le village où ils ont vécu toute leur vie d’enfant. Henri CAUSSIN est ouvrier meunier chez Varlet et Désiré CAUSSIN travaille chez Patté où il retrouve plusieurs employés du village comme le père de Camille HARLEZ le berger.

Henri CAUSSIN part au service militaire le 9 octobre 1913. Le Conseil de Révision de Ham l’a jugé apte au service armé. Il est affecté au 120e Régiment d’Infanterie de Péronne. Il ne connaîtra jamais les locaux de la caserne Foy du chef-lieu d’arrondissement puisque le régiment est transféré, le même jour, à Stenay dans la Meuse.

Après quelques mois d’instruction militaire, Henri tombe malade. Il souffre des poumons. Pris en charge par les services médicaux de l’Armée, son état laisse un doute sur la possibilité de l’envoyer au combat. La guerre a peine déclarée, Henri CAUSSIN est réformé définitivement. Le 12 août 1914, la Commission Spéciale de Réforme de Laon le juge inapte au service militaire et le renvoie dans ses foyers pour « pleurésie chronique ».

Le 1er août, ses trois frères aînés, Lucien, Gatien et Louis ont été rappelés à la Mobilisation générale. Son jeune frère Désiré est également mobilisé. Il doit intégrer l’Armée le 1er septembre. Désiré quitte la maison quelques jours plus tôt pour rejoindre le 72e Régiment d’Infanterie dans l’Est de la France.

Désiré CAUSSIN quitte Villecourt pour les champs de bataille de l’Est de la France. Henri CAUSSIN, lui, n’ira pas combattre. Il revient dans la Somme, chez lui, près du Canal. Ses quatre frères sont à la guerre. Pas lui.

Fin août, les Allemands sont déjà à proximité du village, et quelques jours plus tard une occupation de près de trois années de l’Est du département de la Somme débute. Comme la plupart des jeunes adultes de sexe masculin du secteur, Henri CAUSSIN est fait prisonnier par l’occupant et transféré en Allemagne dans un camp de prisonniers. Il n’en sortira qu’en décembre 1918.

Quand il revient la famille CAUSSIN est en deuil. Deux des frères CAUSSIN manquent à l’appel et les villages du secteur sont en ruines.

Louis CAUSSIN, le troisième garçon de la fratrie, est mort. Il a été tué le 3 mai 1916 au Mort-Homme, près de Verdun.

Louis CAUSSIN – plaque émaillée – cimetière communal de Béthencourt

Et si Désiré CAUSSIN, le plus jeune de la fratrie, n’est encore considéré que « disparu » sur le front d’Orient, les espoirs de le voir réapparaître vivant sont quasiment nuls.

Gatien CAUSSIN est revenu gravement blessé par un éclat d’obus au niveau des parties génitales. Quant à Lucien CAUSSIN, le frère aîné, il a vécu toute la guerre en captivité. Capturé le 4 octobre 1914 à Courcelles-le-Comte dans le Pas-de-Calais pendant un combat, il a été emmené au camp d’Anhalt-Zerbst dans l’Est de l’Allemagne.

En mars 1922, le Tribunal de Péronne rendait son jugement. Désiré CAUSSIN qui avait été considéré comme « présumé prisonnier » en Grèce était déclaré officiellement « Mort pour la France » le 9 septembre 1916, à l’âge de 24 ans.

Plaque commémorative – Mairie de Villecourt

Henri CAUSSIN n’a participé à aucun combat pendant le conflit, la pleurésie le « sauvant » peut-être de la mort… Ses copains d’enfance, Robert LEFEBVRE et Camille HARLEZ ont été tués pendant la guerre.

C’est pendant la grande offensive du Chemin des Dames, le 16 avril 1917, que Camille HARLEZ fut gravement blessé. Souffrant de plaies multiples provoquées par des éclats d’obus, il est déclaré mort de ses blessures, deux jours plus tard, à Hurtebise. Il avait 25 ans.

Au début du printemps 1918, alors que les Allemands lançaient leur dernière offensive qui se voulait décisive, le 9e Régiment de Cuirassiers de Robert LEFEBVRE participait aux combats pour défendre le village de Frières, près de Tergnier. Victime d’un tir de mitrailleuse, Robert LEFEBVRE s’est écroulé, mortellement touché. Comme son copain Camille, Robert est mort à l’âge de 25 ans.

Robert LEFEBVRE – plaque émaillée – cimetière communal de Béthencourt-sur-Somme

Dans un pays en reconstruction, les survivants ont dû rapidement retrouver du travail. Le moulin de Béthencourt-sur-Somme a été détruit par la guerre. Henri CAUSSIN qui y avait été ouvrier meunier est devenu garde-moulin à Brie, un peu plus au Nord mais toujours près du fleuve Somme et de son canal. Il a épousé Madeleine avec laquelle il a eu deux enfants prénommés Louis et Jeanine.

Henri CAUSSIN est mort à Brie le 27 décembre 1971 à l’âge de 79 ans.

Ses frères aînés sont décédés, en 1952 à Péronne pour Gatien CAUSSIN et en 1957, à Béthencourt-sur-Somme pour Lucien, village qu’il n’a jamais quitté.

Les noms de Robert LEFEBVRE, de Camille HARLEZ et de Louis CAUSSIN sont gravés sur le monument aux morts de Béthencourt-sur-Somme.

Le nom de Désiré CAUSSIN aurait pu être inscrit sur le même monument que son frère aîné, mais l’Administration en a décidé autrement. La dernière adresse connue de Désiré était dans le village situé sur l’autre rive du canal. Son nom fut inscrit sur la plaque commémorative de la mairie de Villecourt.

Par contre, même si son corps, jamais retrouvé, n’a pu être rapatrié, Désiré CAUSSIN repose symboliquement auprès de son frère Louis CAUSSIN dans le cimetière communal de Béthencourt-sur-Somme. Une plaque émaillée déposée sur le caveau familial symbolise l’union dans la mort des deux frères. On peut encore y déchiffrer « à nos deux frères bien regrettés« .

Plaque émaillée (presque illisible) en hommage à Louis et Désiré CAUSSIN, posée sur le caveau familial à Béthencourt-sur-Somme

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

Remarque : seuls les prénoms usuels sont conservés dans nos articles. A noter que Gatien CAUSSIN se prénommait Josué Auguste pour l’état-civil.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Jean DELHAYE a réalisé la collecte de données pour la commune de Béthencourt-sur-Somme.

Retrouvez les parcours d’autres jeunes hommes ayant vécu près de  BETHENCOURT-SUR-SOMME :

Roger FROISSART de VOYENNES

Henri VASSEUR de LICOURT

Félix ROUX d’ ENNEMAIN

Eugène DEVILLERS de NESLE

Marceau FLORIMOND de HAM

René DAMAY de PERONNE

Et tous les autres articles  « UN JOUR, UN PARCOURS » publiés sur notre site

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4 commentaires sur « UN JOUR, UN PARCOURS – Henri CAUSSIN de Béthencourt-sur-Somme et de Villecourt »

  1. la description des parcours de nos « poilus » nous permet de découvrir avec un vif intérêt la vie quotidienne de nos aïeuls de 1880 à 1920…. c’est très enrichissant, et avec les photos à l’appui.

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