UN JOUR, UN PARCOURS – Raoul MOURET de Corbie

Né le 29 août 1893, Raoul MOURET a vu le jour à Romescamps, petit village du canton de Formerie dans l’Oise, ou plus exactement dans le hameau de Carroix.

A sa naissance, rien ne permettait d’envisager une vie dans la Vallée de la Somme pour le jeune Raoul.

Ses parents sont originaires de l’Oise et de la Seine-Inférieure, deux départements limitrophes de celui de la Somme. Le territoire de Carroix, hameau de la commune de Romescamps dans l’Oise, où est né Edmond MOURET, longe celui d’Hescamps, village de la Somme. Et le village de Léocadie LEGER qui porte le nom de Marques en Seine-Inférieure, est très proche de celui de Beaucamps-le-Jeune dans la Somme. Mais s’ils sont proches des limites de la Somme, Romescamps et Marques sont bien loin de Corbie…

Raoul est le premier enfant d’Edmond et de Léocadie. La petite famille habite chez les grands-parents paternels Marcel et Aimée, Rive Gauche à Carroix. Edmond est tourneur en bois et Léocadie est couturière à la journée. En 1899, un petit frère vient au monde. Il se prénomme Fernand.

Mais l’histoire d’une famille n’est pas toujours un long fleuve tranquille.

Annibal CAITTE vit également avec son épouse, dans une petite maison de la Rive Gauche à Carroix. Annibal est teinturier. Les CAITTE et les MOURET sont voisins. Annibal est beaucoup plus âgé que Léocadie sa voisine, mais les années de différence n’arrêtent pas l’amour. Au départ de son épouse, Annibal et Léocadie deviennent plus proches encore. Léocadie accepte de le suivre. Elle quitte Edmond, emmenant ses deux garçons avec elle. Annibal et Léocadie partent loin de Romescamps et de Carroix. Annibal, Léocadie, Raoul et le petit frère Fernand viennent s’installer à Corbie, à plus de 70 km de leur quartier du « Côté gauche » de Carroix et du canton de Formerie dans l’Oise.

La famille recomposée trouve un logement à La Barette à Corbie. Ce hameau situé à la sortie de la commune en direction de Vaux-sur-Somme est composé d’une quinzaine de maisons. Annibal devient garde-particulier. L’entretien des territoires de chasse et de pêche des marais de la Somme et la lutte contre le braconnage nécessitent une présence régulière sur place.

Raoul n’a pas encore dix ans quand il découvre la Vallée de la Somme. A La Barette, il trouve heureusement plusieurs garçons de son âge. 

Il y a Ernest DELANNOY. Contrairement à la famille de Raoul, celle d’Ernest DELANNOY est très grande. Ernest compte presque une dizaine de frères et sœurs. Leur père est boulanger à Corbie.

René COLSET a également le même âge. Sa maison est mitoyenne de celle de Raoul. Le père de René est cantonnier.

Dans ce hameau qui compte une quarantaine de personnes, les liens sont obligatoirement très forts entre les trois garçons nés tous les trois en 1893. Raoul est adopté très rapidement. Il devient lui aussi un Corbéen de La Barette.

A l’âge de douze ans, il est largement temps de trouver du travail quand on habite à la Barette. Raoul, Ernest et René n’ont aucune difficulté à se faire embaucher. Corbie est une cité industrielle au début du XXe siècle. On y compte deux moulins, une imprimerie, une briqueterie, une entreprise de construction d’outils agricoles, deux fabriques d’eaux gazeuses, une usine à gaz, une fabrique de mèches, trois filatures de laine, dix fabriques de bonneterie, une fabrique de chaussures, une fabrique de jerseys et une fabrique d’automobiles. Les trois copains sont journaliers, allant là où le besoin s’en fait sentir et où le salaire est un peu meilleur. Changer de fabrique n’est pas un problème. Les fabriques, notamment celles de bonneterie, ont besoin de main d’œuvre dès que les carnets de commande se remplissent.

A vingt ans, les trois copains sont convoqués devant le Conseil de Révision réuni à l’hôtel de ville de Corbie. L’examen de santé est sans équivoque pour Raoul MOURET. Son état ne lui permet pas d’effectuer son service militaire. Comme c’est assez souvent le cas, le contrôle médical complet effectué à l’occasion du conseil de révision est l’occasion de détecter des problèmes de santé. Raoul a une maladie de cœur. En temps de paix, l’Armée ne souhaite pas prendre le risque de mettre en péril la vie d’un jeune homme dans le cas de son instruction militaire. Raoul est exempté pour « faiblesse ».

Le 27 novembre 1913, il accompagne ses deux copains jusqu’au quai de la gare de Corbie. Pour eux, l’aventure du service militaire débute.

Huit mois plus tard, la guerre est déclarée par l’Allemagne.

Exempté en 1913, Raoul n’est pas concerné par la Mobilisation générale du 1er août 1914. Quelques copains du quartier plus âgés que lui, sont rappelés. Raoul continue son activité d’ouvrier bonnetier. Si la guerre est courte, il les verra bientôt tous rentrer…

Le 1er décembre 1914, Raoul MOURET est convoqué devant la commission de réforme de Quimper qui confirme l’impossibilité de servir sous les drapeaux pour « cardiopathie ». En mai 1915, alors que les morts se comptent par centaines de milliers, l’Armée française commence à élargir le périmètre de mobilisation. Si Raoul n’est toujours pas jugé apte au service armé, il peut être utile dans le service auxiliaire de l’armée. Il quitte Corbie pour rejoindre le 37e Régiment d’Artillerie. A la fin de l’année 1915, la situation devient inextricable. Le front de l’Ouest ne bougeant plus, le commandement français décide, avec l’aide des Alliés, de lancer deux grandes offensives dans les secteurs de Verdun et de la Somme pour repousser les Allemands.

Raoul MOURET devient alors « apte au service armé ». La cardiopathie ne semble plus alors un motif valable pour ne pas risquer sa vie pour la patrie. Après six mois d’instruction, Raoul rejoint le front dans la Marne. L’artilleur Raoul MOURET ne quitte pratiquement pas ce secteur du front. Entre Argonne, Marne et Sud de l’Aisne. Une autre arme que celle des fusils et des canons est apparue depuis plusieurs mois sur les champs de bataille. Le 4 octobre 1918, près du Chemin des Dames, Raoul MOURET est victime du gaz. Intoxiqué par ypérite, il est évacué vers l’hôpital de Septmonts. Après trois semaines de soins, Raoul retourne au combat. Ni la maladie de cœur, ni le gaz n’auront raison de lui.

Démobilisé le 23 août 1919, Raoul MOURET rentre à Corbie. Il épouse Jeanne LAVIN, une fille de Fouilloy, la commune voisine. Raoul reprend son métier d’ouvrier en bonneterie. Le couple s’installe à Fouilloy et habite Rue Jules Lardière. Raoul travaille d’ailleurs dans l’usine de bonneterie qui porte le nom de son fondateur, celui qui était préfet de la Somme pendant l’occupation prussienne de 1870, Monsieur Jules Lardière.

Raoul ne devait certainement pas s’empêcher de penser que la « cardiopathie » détectée à Corbie par un médecin militaire du Conseil de révision lui avait peut-être sauvé la vie.

Si René COLSET est rentré vivant de la guerre, il n’en est pas de même de l’autre copain de La Barette, Albert DELANNOY qui avait été jugé apte au service armé. Il a été tué au début de la guerre, dans la Marne, le 6 septembre 1914. Albert avait 21 ans.

René COLSET a quitté la région pour l’Aisne, puis l’Oise où il a fondé une famille. Il est mort le 14 août 1968 à Senlis, dans l’Oise.

Raoul MOURET a aussi quitté le secteur de Corbie et de Fouilloy. Raoul est reparti finir son existence près du lieu où il avait vécu dans sa petite enfance, quand son père et sa mère vivaient encore ensemble. Raoul MOURET a fermé définitivement les yeux le 6 avril 1968 à Grandvilliers dans l’Oise. A dix kilomètres du hameau de Carroix, où l’amour lui a donné la vie.

Loin de Corbie et de La Barette.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

Le nom du hameau de Carroix peut être écrit Carroy selon les documents, et le patronyme du beau-père de Raoul est par erreur écrit « Caille » dans certains actes d’état-civil au lieu de « Caïtte ».

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