UN JOUR, UN PARCOURS – Paul CAGNY de Quend

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 16 décembre 1892, Paul CAGNY est un enfant du Vieux-Quend.

En cette fin du XIXe siècle, quand naît Paul, la commune de Quend est une des plus importantes du département de la Somme en superficie. Le territoire de la commune, de plus de 4 000 hectares, est délimité par l’Authie au Nord et par la Maye au Sud-Ouest, et dispose d’une très longue bordure maritime. C’est d’ailleurs sur cette côte que se sont installées, depuis peu de temps, les stations balnéaires de Quend-Plage et de Fort-Mahon-Plage. Cette dernière station, particulièrement prisée par la bourgeoisie du Nord de la France, compte plus de 300 maisons pour moins de 80 habitants à l’année.

Paul CAGNY est bien loin de ce monde de baigneurs. Il réside au hameau de Vieux-Quend.

Ce hameau, berceau probable de la commune, est un des 25 hameaux ou lieux-dits de la commune de Quend sur lesquels sont répartis plus de 1500 habitants, alors que le chef-lieu – le village de Quend-le-Jeune – compte seulement 160 habitants. Les hameaux se nomment Le Marais, Routhiauville, Fort-Mahon, Monchaux, Froise, les Mollières, le Bout-des-Crocs…

Quend-le-Jeune étant le centre administratif, scolaire, religieux, postal, les gens de la commune y viennent régulièrement. Le clocher du village, qui sert de lieu de ralliement, est visible de très loin dans un territoire totalement plat. Paul CAGNY, enfant, vient régulièrement à Quend-le-Jeune pour y suivre les cours de l’école publique de Monsieur DUFETELLE ou y entendre les sermons de l’Abbé GAMBART.

Raoul CAGNY, le père de Paul, est cultivateur. Adolescents, ses deux garçons, Paul et Jules, travaillent avec lui à la ferme. Jules, né en 1895, frère cadet de Paul, est le dernier de la petite fratrie. Euphroisine n’aura jamais de fille.

Le 9 octobre 1913, Paul CAGNY prend le train en gare de Quend-Fort-Mahon, pour rejoindre son casernement. Le Conseil de Révision de Rue, chef-lieu de canton, l’a jugé apte au service armé et affecté au 120e Régiment d’Infanterie pour y effectuer son service militaire. Ils sont trois, comme lui, à attendre le train. Quatre jeunes gars de la campagne quittant le Marquenterre et son cadre de nature, pour les murs des casernes des villes. Alphonse LEBOEUF et Marcel CHATAGNON rejoignent le 8e Bataillon de Chasseurs à pied, tandis que Paul CAGNY et François BOUCART partent au 120e Régiment d’Infanterie.

Alphonse LEBOEUF habite le hameau de Monchaux, François BOUCART celui de Fort-Mahon et Marcel CHATAGNON, pupille de l’Assistance publique de Paris, est hébergé comme domestique de ferme chez Charles BETHOUARD, à Quend-le-Jeune.

Quand ils ont connu leur affectation, les quatre garçons en étaient satisfaits. Le 8e BCP était caserné à Amiens et le 120e RI à Péronne. En cas de permission, le voyage serait rapide pour revenir au pays.

Mais la probabilité d’une guerre franco-allemande étant importante, le gouvernement a décidé de renforcer ses frontières de l’Est en envoyant, à proximité, plusieurs régiments de l’Armée Active. Quand les jeunes hommes montent dans le train en direction d’Abbeville et d’Amiens, le 8e BCP est maintenant à Etain et le 120e RI à Stenay, deux communes de la Meuse, au Nord de Verdun.

Le 3 août 1914, quand la guerre est déclarée, les hommes du 120e RI et du 8e BCP savent qu’ils seront en première ligne quand il s’agira de combattre l’envahisseur allemand.

Le 22 août, Paul CAGNY est blessé par balle au poignet, à Bellefontaine, en Belgique. Alors que plusieurs centaines de copains du régiment restent sur place, morts ou gravement blessés, Paul est emmené à l’arrière pour y être soigné. Il est à l’hôpital quand ses copains survivants livrent leur deuxième grande bataille. Début septembre, le 120e RI est chargé de défendre le village de Sermaize-les-Bains, dans la Marne. Les victimes sont encore très nombreuses. François BOUCART est considéré comme disparu le 10 septembre. Son corps ne sera jamais retrouvé.

Après la Bataille de la Marne, au début de l’automne 1914, le 8e BCP part pour la Flandre Occidentale, en Belgique, au Nord de Lille. Le 14 octobre, Alphonse LEBOEUF est évacué après avoir été blessé au bras droit par éclat d’obus. Le 10 novembre, dans le secteur de Poperinge, Marcel CHATAGNON est déclaré disparu. Sa disparition est signalée à Monsieur LESUEUR, le directeur du service des Enfants Assistés d’Abbeville. Mais dans la terre sans cesse retournée des tranchées belges, son corps ne sera pas retrouvé.

Quand il revient au front, après une longue convalescence, Paul CAGNY est muté du 120e RI au 175e Régiment d’Infanterie. En juillet 1915, il quitte le sol français pour aller renforcer les troupes alliées sur le front oriental. Blessé en Serbie en novembre 1915 par balle avec perforation du poumon gauche, et soigné sur place pendant plusieurs mois, il est rapatrié au printemps 1916. Il rejoint alors le 140e RI.

Paul CAGNY a été cité à l’ordre du régiment comme « excellent soldat, modèle de courage et de dévouement, sur le front depuis le début, a toujours fait preuve d’un courage exemplaire ». Paul CAGNY a été tué le 31 juillet 1918 à Vaudesincourt, en Champagne.

Alphonse LEBOEUF, le seul survivant des 4 jeunes copains quennois, a longtemps été considéré comme disparu. Fait prisonnier en juin 1915, et interné dans des camps de prisonniers en Allemagne, il a finalement été rapatrié en décembre 1918. Il est revenu vivre à Quend, plus précisément dans son hameau de Monchaux, où il a épousé Jeanne, avec laquelle il a eu un fils prénommé Alfred.

Si Raoul et Euphroisine CAGNY ont perdu leur fils aîné, leur deuxième enfant est revenu vivant. Il a été mobilisé en décembre 1914 alors qu’il venait d’avoir 19 ans. Malgré les nombreuses situations dangereuses rencontrées, Jules CAGNY n’est pas blessé. Début novembre 1918, même si l’intensité des combats est encore vive, la victoire semble avoir choisi enfin son camp. Les Allemands sont repoussés progressivement. Jules participe à l’offensive finale dans le Nord de l’Aisne, près d’Origny-Sainte-Benoîte. Gravement blessé à la joue, à la main et à la jambe gauche par éclats d’obus, Jules échappe de peu à la mort. C’est le 8 novembre 1918, trois jours seulement avant l’arrêt des hostilités.

Démobilisé en août 1919, Jules revient à Vieux-Quend chez ses parents. Il travaille avec ses parents, puis quelques années plus tard, il reprend l’exploitation de la ferme avec l’aide de son épouse, Olga. Trois enfants naissent : Jean, André et Thérèse. Dans la ferme CAGNY, la vie a pu reprendre sa place.

Les noms des trois copains de la classe 1913, Paul CAGNY, François BOUCART et Marcel CHATAGNON sont inscrits sur le monument aux morts de Quend.

Alphonse LEBOEUF, le quatrième de la bande, a survécu. Lui seul a eu le droit de vieillir. Il est décédé en 1976, à l’âge de 84 ans.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

Plusieurs hameaux dont celui de Fort-Mahon, du Royon et de Fort-Mahon-Plage ont été intégrés dans le territoire d’une nouvelle commune créée en 1922. Cette commune a pris le nom de Fort-Mahon-Plage.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Danièle REMY a réalisé la collecte de données pour les communes de Quend et de Fort-Mahon.

Retrouvez d’autres « Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18 »   Articles « UN JOUR, UN PARCOURS » déjà parus sur notre site

Publié par

2 commentaires sur « UN JOUR, UN PARCOURS – Paul CAGNY de Quend »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s