UN JOUR, UN PARCOURS – Gabriel DUCOULOMBIER de Bus-la-Mésière

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 27 janvier 1892, Gabriel DUCOULOMBIER a la nationalité belge.

Les DUCOULOMBIER forment une grande famille de cultivateurs implantés dans les villages belges d’Anseroeul et de Celles, dans la province du Hainaut, au Nord-Est de Tournai.

Hercule DUCOULOMBIER franchit la frontière pour arriver dans la Somme, près de Montdidier, dans le village de Bus-la-Mésière en 1880. Il est déjà marié et reprend immédiatement une exploitation agricole dans la Rue Saint-Jacques. La famille d’Hercule et de Rosalie s’agrandit vite puisqu’elle compte, quelques années plus tard, six enfants, dont 5 garçons.

La campagne française manque de bras. Hercule et ses cinq fils  vont pouvoir cultiver les bonnes terres du plateau de Bus-la-Mésière. Le rendement est assez bon pour les céréales. Elles représentent près de la moitié des cultures sur le territoire de la commune.

L’exode rural a dépeuplé le village, comme beaucoup de villages agricoles de l’Est du département. En trente ans, la petite commune qui comptait 300 habitants en a perdu plus de 100. Les ouvriers agricoles sont devenus ouvriers de fabrique et ont souvent déménagé avec leurs familles vers les villes industrielles de Montdidier, de Moreuil ou vers Amiens.  Des milliers de Belges viennent  alors s’installer dans les campagnes du Nord de la France à la fin du XIXe siècle.

La population locale ne les accueille pas toujours avec bienveillance.

Il faut croire qu’à Bus-la-Mésière la situation est plutôt favorable à cette présence étrangère. Cinq ans après son frère, Emile DUCOULOMBIER arrive dans la Somme. Après avoir travaillé dans la ferme d’Hercule, son frère, Emile épouse en 1886 une fille du village prénommée Euphémie, avec laquelle il reprend, lui aussi, une exploitation agricole dans la Grande Rue. Elle est la fille des cafetiers de la Grande Rue.

Leur premier enfant naît en 1886. C’est une fille prénommée Léa. Puis arrivent Cyr, Marie et Adrienne. Gabriel né à Bus-la-Mésière le 27 janvier 1892. Il est le 5e enfant de la fratrie qui, au final, en comptera onze. Avec six garçons et cinq filles, les bras ne manquent pas pour les travaux des champs.

Gabriel et son frère aîné, Cyr, vivent près de leur grand-mère maternelle, Angélina. Devenue veuve, elle tient un débit de boisson dans la Grande Rue et les deux petits-fils lui sont d’un précieux secours. Les huit autres enfants habitent dans la ferme familiale, à quelques dizaines de mètres, avec leurs parents, Emile et Euphémie.

Les DUCOULOMBIER, les immigrés belges de Bus-la-Mésière, sont des travailleurs acharnés. Leurs exploitations font maintenant partie des plus importantes du secteur.

Même si les enfants sont scolarisés dans l’école du village, les activités agricoles sont souvent prioritaires sur les cours de Monsieur PLET, l’instituteur public. La langue n’est pourtant pas un problème pour ces enfants d’immigrés belges puisque dans la région de Belgique, au Nord-Est de Tournai, d’où sont originaires Hercule et Emile, on parle le picard. Ce n’est pas tout à fait celui de l’Est du département de la Somme, mais on se comprend fort bien. Et il est tellement plus facile de parler picard entre soi que de réussir les dictées de français du maître d’école.

En contractant un mariage avec Emile DUCOULOMBIER, de nationalité belge, Euphémie DEQUIVRE est devenue automatiquement citoyenne belge. Tous les enfants de père belge sont considérés, de fait,  comme des Belges pour l’état-civil. La loi du 26 juin 1889 accorde la nationalité française aux enfants de parents étrangers vivant sur le sol français dès qu’ils atteignent l’âge de 23 ans. Mais au préalable, ils doivent exercer leur devoir patriotique pour le pays qui n’est pas encore officiellement le leur.

A ses 20 ans, Gabriel DUCOULOMBIER est convoqué devant le Conseil de Révision à l’hôtel de ville de Montdidier, commune chef-lieu du canton. La loi lui donnait la possibilité de poser une réclamation pour tenter d’échapper au service national français, mais pourquoi l’aurait-il fait ? Gabriel se sent profondément français. Gabriel DUCOULOMBIER est picard. Un picard de Bus-la-Mésière qui a grandi dans ce village dont il n’est pratiquement jamais sorti, à part pour se rendre aux  marchés de Tilloloy, de Beuvraignes, de Conchy-les-Pots, aux foires à bestiaux de Montdidier ou de Roye et participer à plusieurs mariages et enterrements dans la région d’origine de la famille, près d’Anseroeul dans le Hainaut belge.

Gabriel DUCOULOMBIER est jugé apte au service armé. Il est affecté au 120e Régiment d’Infanterie de Péronne qu’il rejoint le 8 octobre 1913. Dans 3 ans, quand le service militaire sera terminé, Gabriel sera alors officiellement français. Il pourra construire une famille et pourquoi pas, reprendre une ferme dans un village du secteur…

Le 3 août 1914, la guerre est déclarée. Le 120e Régiment d’Infanterie, caserné à Stenay dans la Meuse depuis de longs mois, se prépare au combat. Sans attendre la déclaration officielle de guerre que l’état-major savait imminente, tous les hommes du 120e RI en permission agricole, comme l’était Gabriel, ont été invités à rejoindre leur caserne dès le 26 juillet. Les hommes du 120e, même s’ils ne savent pas encore ce que peut être une guerre « en vrai », savent qu’ils seront les premiers à partir au combat quand les troupes allemandes arriveront.

Le 21 août 1914, Gabriel franchit la frontière près de Meix-devant-Virton. Il ne connaît pas cette partie de la Belgique appelée Gaume, au Sud du Luxembourg belge. Un pays verdoyant et vallonné alternant les nombreux territoires boisés et les jolies clairières enclavées.

Après quelques heures de repos à Meix-devant-Virton, les hommes du 120e s’engagent, le 22 août vers 5h00 dans le petit chemin qui mène au plateau de Bellefontaine. C’est quelques heures plus tard, dans la grande plaine du Radan, près du petit village belge où ont lieu les combats, que Gabriel DUCOULOMBIER perd la vie, à l’âge de 22 ans. Son corps, jamais identifié, repose à l’ossuaire du cimetière de Bellevue à Virton.

La guerre n’a pas épargné les « autres Belges » de Bus-la-Mésière. Cyrille, cousin germain de Gabriel, l’ainé de l’autre fratrie DUCOULOMBIER, est tué le 21 septembre 1914 dans la Meuse. Maurice, son frère cadet, meurt en novembre 1914 au Bois de la Gruerie et Joseph, un autre frère encore, déclaré disparu, passe toute la guerre comme prisonnier civil en Allemagne.

Dans l’autre famille, parmi les onze enfants d’Emile et d’Euphémie DUCOULOMBIER, un seul manque à l’appel quand le bilan meurtrier de la guerre est établi. Son jeune frère, Edmond, a échappé de peu à la mort. Des éclats de grenade ont provoqué des plaies pénétrantes sur tout son corps et le gaz a empli ses poumons, mais il peut revenir vivant parmi les siens. Habitants d’une région fortement impactée par les années de guerre.

Gabriel DUCOULOMBIER, le jeune homme qui aurait automatiquement obtenu la nationalité française en janvier 1915, est mort « Belge » sur le sol de cette Belgique qui n’était pas vraiment son pays.

Un Belge reconnu par l’Etat français « mort pour la France »… Un Belge mort en Belgique pour remplir son devoir de Français…

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  André MELET a réalisé la collecte de données pour la commune de Bus-la-Mésière.

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