UN JOUR, UN PARCOURS – Noël DESTEVE d’Abbeville et de Corrèze

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 23 décembre 1892, Noël DESTEVE est le premier enfant de François Desteve et de Marie Anne Besse.

François et Marie Anne, qui se sont mariés neuf mois plus tôt, sont de purs Corréziens. François et son épouse sont issus de familles de cultivateurs installés à quelques kilomètres au Sud d’Ussel, sous-préfecture du département de la Corrèze. Les Besse sont de Saint-Etienne-la-Geneste et les Desteve de Liginiac.

Les Desteve et les Besse sont cultivateurs de pères en fils depuis plusieurs générations, attachés viscéralement à ces terres du Bas-Limousin.

Noël est né à Saint-Etienne-la-Geneste et, deux ans plus tard, son unique sœur, Marie-Angèle, naît à Liginiac où s’est installée la petite famille.

La proximité d’Aurillac, dans le département voisin du Cantal, poussent de nombreux Corréziens à tenter l’aventure du parapluie. Depuis la moitié du XIXe siècle, les fabriques de parapluies se développent dans ce qu’on peut considérer comme la capitale historique du parapluie. De nombreux ouvriers des fabriques d’Aurillac deviennent alors, dans la France entière, les représentants de ce nouvel ustensile devenu indispensable autant pour lutter contre le soleil que contre la pluie. C’est le cas de Joseph DUFORT, un fils d’agriculteur corrézien. Joseph habite à Léonac, au Nord de Saint-Privat, à une cinquantaine de kilomètres de la ferme des DESTEVE. Joseph DUFORT qui a le même âge que François DESTEVE, le père de Noël, s’installe à Abbeville, dans la Somme, alors qu’il n’a pas encore vingt ans. Il commence à y vendre des parapluies.

Joseph se marie avec une Abbevilloise, Pauline, au début de l’année 1897. Les DESTEVE sont-ils de la noce ? Dans tous les cas, quelques mois plus tard, François DESTEVE et sa famille résident Chaussée du Bois, à quelques dizaines de mètres de Joseph DUFORT. Les deux Corréziens tiennent, dans cette rue très commerçante d’Abbeville, les deux seuls magasins de parapluies et d’ombrelles.

C’est donc à Abbeville que le petit Noël DESTEVE poursuit sa vie, bien loin de sa Corrèze natale et de ses grands-parents agriculteurs, passant d’un bourg de 1 500 habitants à une grande ville de plus de 20 000.

Noël DESTEVE et sa soeur, Marie-Angèle avec une ombrelle (devant sa mère tenant un parapluie)

Noël suit ses études à l’école publique. Il est très bon élève. Après de bonnes études secondaires, Noël est encouragé à postuler pour occuper un emploi public et à se présenter, avec succès, à différents concours dont celui des Contributions. C’est pourtant la voie de l’Enseignement que choisit Noël. Il entre à l’Ecole Normale, Rue Saint-Gervais à Rouen, et devient, pendant sa formation, instituteur adjoint à Envermeu, petit bourg du Pays de Bray en Seine-Inférieure.

Il occupe ce poste quand il doit se présenter, à ses vingt ans, devant le Conseil de Révision d’Abbeville. Noël est jugé apte au service armé et affecté au 120e Régiment d’Infanterie de Péronne. Contrairement à beaucoup de ses collègues instituteurs, Noël ne demande pas à être sursitaire. Une fois la parenthèse de deux ans du service militaire terminée, il va pouvoir enfin débuter vraiment sa vie professionnelle.

Noël DESTEVE

Marie Angèle, la sœur de Noël, travaille à la Poste d’Abbeville. Jeune fille à l’accent si différent de celui du Ponthieu, elle est appréciée de ses collègues et de la receveuse des Postes.

Marie-Angèle DESTEVE, assise, 2e à gauche, à côté de la receveuse des Postes d’Abbeville

Le 7 octobre 1913, Noël DESTEVE attend le train en gare d’Abbeville pour rejoindre son lieu de casernement. Plusieurs dizaines de jeunes hommes en font autant. Tous vont quitter leurs familles, non pas pour deux mais pour trois années puisque la loi a allongé cet été la durée du service militaire obligatoire. Seuls les chanceux affectés au 128e RI d’Abbeville pourront croiser leurs proches. Pour les autres, il faudra attendre les permissions.

A peine arrivés à Péronne, Noël et ses copains abbevillois Georges DUBOS, Henri LEMOINE, et  Ernest DULYS du village voisin de Grand-Laviers, quittent la caserne Foy pour aller rejoindre celle de Stenay, dans le département de la Meuse. La guerre est proche. Le 120e RI est un des rares régiments de la 2e Région militaire d’Amiens à être transféré, dès octobre 1913, à proximité des frontières de l’Est.

Pendant l’instruction militaire, Noël peut certainement prétendre à devenir sous-officier, mais ce n’est pas son choix. Quand la guerre est déclarée, le 3 août, il est toujours soldat de 2e classe.

Tous les hommes partis en permission agricole ont été rappelés le 26 juillet et maintenant l’état-major attend les ordres, suspendant toutes manœuvres dans des secteurs où l’ennemi pourrait se présenter. Mais si les Allemands ont rapidement pénétré dans le territoire de la neutre Belgique, ils sont retardés dans leur progression par la résistance héroïque de la petite armée belge autour de Liège. Ce n’est qu’à la mi-août que les troupes d’infanterie allemande commencent à approcher la frontière française.

Le général Joffre lance l’ordre d’une offensive générale sur les frontières belge, luxembourgeoise et d’Alsace-Moselle. L’attaque de l’Armée française en Belgique est fixée au 22 août. Le 120e RI, présent et entraîné depuis plusieurs mois près de la frontière est aux premières loges.

Le 21 août, les hommes du 120e franchissent la frontière et dorment à Meix-devant-Virton. La longue marche effectuée dans la journée, sous un soleil de plomb, les a épuisés. La nuit est courte. A l’aube, le départ est donné. Les trois bataillons du régiment s’engagent dans le chemin forestier qui mène à Bellefontaine. Le brouillard est épais. L’heure n’est plus à l’insouciance ou à l’optimisme. Où et quand vont-ils affronter les Allemands ?

A peine engagés dans la plaine du Radan, sur le territoire de Bellefontaine, les premiers tirs de mitrailleuses font tomber les hommes au pantalon rouge-garance. Nul ne sait si Noël DESTEVE a eu le temps de tirer une seule balle, mais on sait qu’il n’ira pas plus loin. Noël DESTEVE est mort, tout comme ceux qui l’accompagnaient à la gare d’Abbeville, le 7 octobre de l’année précédente, Georges DUBOS, Henri LEMOINE, Ernest DULYS. Plusieurs centaines d’hommes sont tués sur place.

Dans la petite boutique de parapluies, à Abbeville, la vie ne continue pas tout à fait normalement. Même s’il n’a pas été mobilisé pour partir combattre, François DESTEVE, le père de Noël, a été placé à la disposition de l’armée dans les services auxiliaires. Son copain corrézien, Joseph DUFORT, quand à lui, est parti combattre, dès le mois de décembre 1914, avec le 128e RI.

Abbeville devient dès l’été 1915 une des villes de casernement les plus importantes pour la 3e et la 4e armées britanniques préparant la Bataille de la Somme.

François et Marie-Anne DESTEVE, après la guerre

François et Marie-Anne DESTEVE n’ont aucune nouvelle de leur seul fils. Il est considéré comme disparu, même est-il mort, ou, comme ils l’espèrent, a-il été fait prisonnier par les Allemands ?

Après l’Armistice et le retour des prisonniers d’Allemagne, en janvier et février 1919, le doute n’est alors plus permis. Noël DESTEVE est mort. Alors commence la quête de François pour retrouver le corps de son fils. Il part dans l’Est de la France à la recherche des lieux de combat que son fils a pu connaître. A Bellefontaine, ayant réussi à faire procéder à des exhumations, le père de Noël reconnaît un morceau d’étoffe de soie autour du pied d’un des cadavres. Ce tissu, utilisé dans la fabrication des ombrelles, avait été envoyé par les parents de Noël pour que leur fils puisse protéger ses pieds de l’humidité. François DESTEVE a retrouvé son fils.

Une des 16 fosses communes creusées à Bellefontaine après les combats du 22 août

Assistant avec douleur au retour dans la Somme des camarades de leur fils, François et Marie-Anne DESTEVE sont encouragés par leur médecin de famille à rentrer en Corrèze. Ils quittent la Picardie et s’installent, avec leur fille, Place de la République à Ussel.

Les parents obtinrent ensuite le rapatriement du corps de Noël pour le faire inhumer au cimetière communal d’Ussel.

Après le décès de François DESTEVE, en 1930, les restes de Noël furent déposés dans le cercueil de son père. Le père et le fils reposent ensemble, pour toujours, au cimetière du Puy-Saint-Clair, à Tulle, en Corrèze.

Marie Angèle épousa Jean-Baptiste Porte, un Corrézien, en 1926. Jean-Baptiste, blessé et gazé, était quand même sorti vivant de la Grande Guerre. Une fille, Christiane, sera leur premier enfant. Un fils naîtra en novembre 1928. Marie-Angèle lui donnera comme premier prénom celui de Noël… tout naturellement.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  André MELET a réalisé la collecte de données pour la commune d’ Abbeville.

Merci aux familles BILLARD, VERGNE et PORTE pour leur contribution

Voir également « Histoire de la Pharmacie du Trech de 1778 à nos jours » par Véronique Billard-Vergne, petite-nièce de Noël DESTEVE (édition Société Historique et Régionaliste du Bas-Limousin – 2019)

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