UN JOUR, UN PARCOURS – Georges LAURENT de Montdidier

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 24 novembre 1891, Georges LAURENT est le fils aîné d’Edmond et de Maximilienne.

Quand ses parents se sont mariés, Edmond effectuait son service militaire au 8e Bataillon de Chasseurs à Pied d’Amiens. Maximilienne était chaussonnière.

Edmond est originaire de Montdidier, son épouse d’Ugny-l’Equipée, près de Ham. Le couple s’est installé Rue Jean Labordère, à Montdidier. Georges y est né, suivi deux ans plus tard par Raoul, avant un troisième garçon nommé Camille en 1896 et par Germaine en 1898.

Edmond est employé à la tannerie-corroierie d’Henri Pia.

Montdidier, chef-lieu d’arrondissement de la Somme, est une des communes les plus importantes de l’Est du département. On y dénombre plus de 4 600 habitants à l’époque où naît le petit Georges LAURENT.

Montdidier est une ville qui souffre en cette fin de XIXe siècle. On ne trouve pas facilement du travail sur place. Hormis quelques commerces servant à l’approvisionnement de la population, des artisans locaux, trois tanneries, quatre imprimeries, une usine de blanc de céruse, l’activité de la commune est avant tout agricole. Il n’y a aucune grande usine pouvant apporter massivement du travail aux Montdidériens. En dehors des céréales et des betteraves à sucre, la ville exporte les produits de la culture maraîchère, le cuir et la farine, et c’est à peu près tout. Autant dire que si la belle saison est attendue pour les moissons, l’arrivée de l’hiver marque le début d’une période bien difficile pour de nombreuses familles de la commune.

Les enfants LAURENT vont à l’école publique et ils sont plutôt de bons élèves. Ils savent lire et écrire ce qui leur facilite la tâche pour trouver un emploi, plutôt que d’aller quémander du travail dans les fermes du secteur comme journaliers.

Georges, le fils aîné, devient employé de chemin de fer pour la Compagnie du Nord. Raoul est commis-greffier chez René Lorillard, chef-greffier au Tribunal de Montdidier, quant à Camille, le plus jeune des frères, il est apprenti-menuisier chez Abel GARET, Rue de Rollot.

Quand vient l’âge des 20 ans, Georges sait qu’il doit se préparer à partir au service militaire. Aîné de la fratrie, il sera le premier à partir et ses frères le suivront bientôt.

Georges passe devant le Conseil de Révision en 1912 et, jugé apte au service armé, il est affecté au 51e Régiment d’Infanterie de Beauvais. Il prend le train, en gare de Montdidier le 8 octobre 1912. Ils sont plusieurs, comme lui, à partir au service militaire, mais seul Octave JARDE va également à Beauvais.

La guerre est déclarée le 3 août 1914. Le 51e RI quitte alors l’Oise pour se rendre dans le Nord du département de la Meuse, près des frontières. Georges a la surprise de voir arriver dans le régiment le patron de son frère Camille. Abel GARET, le menuisier, est affecté pour la mobilisation au 51e RI. Mais, engagé volontaire dans l’armée avant de devenir menuisier, Abel est incorporé avec le grade d’adjudant.

Le 51e RI connaît son épreuve du feu, le 22 août, près de Virton. Après la défaite de l’Armée française dans cette Bataille des Frontières, le repli est organisé. Ainsi, les régiments du 2e Corps d’Armée, c’est-à-dire ceux de la Région militaire d’Amiens, quittent les abords de la frontière sans être inquiétés par les Allemands. Cependant, à partir du 26 août, ils sont rattrapés par l’ennemi dans le secteur de Cesse, quelques kilomètres au Nord-Est de Stenay. Un violent combat d’artillerie s’engage alors. Georges LAURENT est blessé à l’épaule gauche par éclats d’obus.

Après plusieurs semaines d’hospitalisation, il revient au front en décembre 1914. La guerre de Georges ne va être qu’une succession de blessures et de retour au front dès qu’il est jugé apte. En juin 1915, il est blessé à l’épaule et près de la colonne vertébrale par de petits éclats de projectiles. En novembre 1915, une balle transperce son poignet droit. En mai 1916, il est blessé au genou gauche et en mars 1917, à la jambe droite par éclats d’obus. Jugé rétabli, il revient en août 1917 pour être à nouveau blessé fin octobre, dans le secteur de Pargny, près du Chemin des Dames. Nouveau retour en enfer début décembre 1917, et nouvelle évacuation fin décembre. Cette fois-ci, c’est la maladie qui l’empêche de poursuivre le combat… pour quelques semaines seulement.

Georges LAURENT retourne aux armées début février 1918. Il est usé. Et la maigre augmentation de solde que lui vaut la promotion au grade de 1ère classe en juin 1918 ne parvient pas à lui apporter l’espoir de se sortir un jour de cet enfer.

Le 11 septembre 1918, Georges part. Il quitte son régiment. Considéré comme déserteur, il est arrêté à Paris par les gendarmes le 20 septembre et reconduit à son corps sous escorte militaire. Jugé par le Conseil de guerre, le 14 novembre 1918 pour désertion à l’intérieur en temps de guerre, sa peine est toutefois allégée en raison de « circonstances atténuantes admises ». Il est condamné à deux années de prison avec sursis. Il reste donc dans son régiment pour assurer, bien après la signature de l’Armistice, le maintien de l’ordre et n’est démobilisé qu’en août 1919.

Mais la douleur d’une fin de guerre déshonorante n’est rien au regard de celle de la perte d’un frère. Camille, le plus jeune des frères LAURENT, est mort. Mobilisé en avril 1915, il a été évacué du front à plusieurs reprises pour maladie. Camille LAURENT est mort, après une lente agonie, à l’hôpital de Clion, en Loire-Atlantique, début mars 1919. Il avait 22 ans.

Raoul, l’autre frère, après avoir été exempté à plusieurs reprises pour faiblesse générale, a été mobilisé en juin 1916. Pour lui aussi la guerre a été difficile et la maladie bien présente. Les évacuations se sont multipliées et les séjours dans les hôpitaux aussi, sans toutefois l’éloigner définitivement des champs de bataille. Son dernier séjour à l’hôpital s’est terminé à la fin de l’année 1918. Normalement démobilisé en juillet 1919, il  arrive quelques semaines plus tôt à Montdidier pour y exercer le métier de secrétaire de mairie. Après la destruction partielle de la commune pendant la guerre, le traitement des dommages de guerre et la reconstruction à organiser, les tâches administratives deviennent presque aussi importantes que celles de la défense du territoire.

Quand Georges LAURENT a pris le train avec Octave JARDE, en octobre 1912, pour partir au service militaire, il n’imaginait pas qu’un seul des deux reviendrait. Octave JARDE a pourtant failli s’en sortir, après plus de quatre années de front et des combats terribles entre Marne, Meuse, Somme, Oise et Aisne. C’est finalement en Belgique qu’il a été tué, en octobre 1918, quelques jours avant la fin de la guerre.

L’adjudant-menuisier, Abel GARET, a fait une belle guerre. Honoré à plusieurs reprises pour ses actes de courage, il a quitté son régiment avec le grade de lieutenant. Mais l’officier GARET n’est pas resté dans l’armée. Il a quitté Montdidier et s’est installé à Paris… avec sa maladie. « Diarrhée aigüe séquelle de dysenterie amibienne », invalidité partielle pour « séquelle d’entérite »… La guerre n’a épargné aucun organisme, même ceux des officiers. Abel GARET est mort à Paris le 7 décembre 1933.

Georges LAURENT a lui aussi quitté Montdidier après la guerre. Il s’est installé Quai de la Somme à Amiens, ville où il s’est marié et où il a ensuite vécu toute sa vie. Georges LAURENT y est mort en février 1951, à l’âge de 59 ans.

Même s’il a pu obtenir une petite pension de l’Etat en raison des séquelles physiques liées aux multiples blessures subies, l’armée n’a jamais oublié son acte du 11 septembre 1918. Georges LAURENT n’a jamais pu obtenir un certificat de bonne conduite…

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Brigitte et Francis DANEZ ont réalisé la collecte de données pour la commune de Montdidier.

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