UN JOUR, UN PARCOURS – Ernest DULYS de Grand-Laviers

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 14 novembre 1892, Ernest DULYS a vu le jour au Faubourg de Menchecourt, à Abbeville.

Ernest est le fils de Jules et de Clémence. Avant son mariage, Jules, né à Etaples dans le Pas-de-Calais, vit à Petit-Laviers, hameau de la commune de Cambron, avec son père. Le père et le fils sont manouvriers.

Les parents de Clémence, manouvrier et ménagère, résident à Grand-Laviers.

Après leur mariage, Jules et Clémence vont habiter à Abbeville. Le travail y est plus facile à trouver. Ils y vivent une dizaine d’années avant de revenir résider à Grand-Laviers, Rue de Buigny.

Ernest, l’aîné des trois frères DULYS, est né pendant la période abbevilloise de ses parents comme son frère cadet, René. Le 3e frère, Robert, naît à Grand-Laviers en 1902.

Grand-Laviers est un village situé au Nord-Ouest d’Abbeville, dans la Vallée du fleuve Somme. Il compte 240 habitants au début du XXe siècle.

La vie du village a été transformée avec la mise en service, au milieu du XIXe siècle, de la ligne du chemin de fer entre Amiens et Boulogne-sur-Mer. La Rue du Crotoy, longue route menant vers la Côte picarde, est longée par la voie ferrée.

Une halte permet aux habitants d’aller vers Abbeville et Amiens, ou vers Noyelles et Le Crotoy. Le chemin de fer apporte également son lot d’emplois sur la commune. Honorine est la garde-barrière. Son mari, Eugène Groux, est pontonnier pour la Compagnie du Nord, métier fort utile dans l’univers marécageux qu’est celui du village. Elise Liné est maçon pour le chemin de fer. On ne compte pas moins de 3 cantonniers pour entretenir la voie. Enfin il y a Pierre Buvry qui exerce le métier de garde-sémaphore et Arthur Feuillant celui de lampiste.

S’il y a quelques véhicules motorisés qui passent Rue du Crotoy, ce sont surtout des voitures tirées par des chevaux  qui la fréquentent. Cinq épiceries-débits de boissons sont installées le long de cette route passante. On trouve aussi un charron, deux maréchaux-ferrants et un charretier.

La famille DULYS habite une rue plus calme, la Rue de Buigny. Charpentiers, couvreurs, maçons, c’est plutôt le coin des artisans. Monsieur Holleville, l’instituteur public, réside également dans cette rue avec son épouse et son fils. Ce dernier n’a pas choisi la même voie que son père, il est clerc de notaire.

Ernest, comme son père, devient journalier. Il est assez facile de trouver un emploi. Entre les nombreux artisans et la dizaine de fermes du village, le travail ne manque pas. L’hiver, quand c’est plus difficile, il reste la possibilité de travailler quelques heures dans la distillerie du village dirigée par Jules Melliez ou dans la sucrerie à Abbeville.

René, son frère, est apprenti maçon et Robert, le plus jeune, ouvrier agricole. Les maigres salaires du père et des trois fils ne permettent pas toujours de joindre les deux bouts. Clémence est nourrice. Elle accueille des enfants dont les parents vivent souvent dans de grandes villes. Jean Courtois, petit Parisien né en 1898, restera jusqu’à l’âge adulte chez les Dulys.

En 1913, Ernest DULYS va à Abbeville pour passer devant le Conseil de Révision. Jugé apte, il est affecté  au 120e Régiment d’Infanterie de Péronne.

Péronne ce n’est pas la porte à côté. Il n’a pas la même chance que Georges THIEBAUT, un copain du village. Il effectue son service militaire, depuis une année, à Abbeville au 128e RI, c’est-à-dire tout près de chez lui…

Ernest DULYS arrive le 8 octobre 1913 à Péronne… pour repartir aussitôt. Le 120e quitte ses locaux de la caserne Foy et part dans la Meuse, à Stenay.

Avec lui, deux gars originaires des villages voisins de Grand-Laviers, Gabriel DESSEAUX de Buigny-Saint-Maclou et Léon DROUART de Port-le-Grand, font le même trajet. Ils ont tous deux quitté leur village pour les études ou le travail, mais ils aiment toujours en parler avec plaisir. Gabriel est devenu séminariste et Léon, orphelin de père, est domestique de ferme à Oneux, près de Saint-Riquier.

Dans la caserne Chanzy, il y a comme un air de Picardie, avec tous ces jeunes hommes venus de la Somme. De nombreux Abbevillois sont arrivés à Stenay en même temps que lui, comme Noël DESTEVE, le fils du marchand de parapluies de la Chaussée du Bois, ou Georges DUBOS et Henri LEMOINE, copains qu’il avait connus lors de sa prime enfance dans le Faubourg Menchecourt.

Les mois passant, la tension commence à être vive. Placés si près de la frontière belge, les hommes du 120e savent qu’ils seront certainement en première ligne.

Les troupes de Guillaume II font leur entrée sur le territoire belge dès le 4 août. La résistance belge a été héroïque à Liège mais, même si elle a pris du retard, l’avancée des Allemands vers la frontière française est inexorable. Joffre prend alors la décision, le 16 août, de lancer une grande offensive en Belgique pour repousser l’ennemi. L’attaque aura lieu le 22 août.

Le 120e RI passe la frontière près de Meix-devant-Virton, le 21 au soir. Il a pour objectif de rejoindre le village de Léglise, au-delà de la rivière Semois, pour y livrer combat avec les Allemands. Mais l’ennemi l’attend, bien avant la Semois. C’est à Bellefontaine que la bataille a lieu et les pertes sont très importantes parmi les jeunes Français au pantalon rouge, tombés dans le piège tendu par l’ennemi.

Ernest DULYS est tué. Gabriel DESSEAUX est tué. Au moins 191 jeunes hommes de la Somme perdent la vie en quelques heures. Ils ont tous entre 20 et 23 ans et effectuaient leur service militaire ensemble, avant la déclaration de guerre.

Léon DROUART survit au 22 août. Il survit également à la Bataille de la Marne, début septembre. Le 23 novembre 1914, alors que les hommes des deux camps combattent depuis plusieurs semaines dans la forêt d’Argonne pour gagner quelques mètres de terrain qu’ils reperdent presque aussitôt, Léon est capturé par les Allemands. Il est emmené dans un camp de prisonnier Outre-Rhin où il est interné jusqu’en janvier 1919.

Chanceux en temps de paix, Georges THIEBAUT ne l’a pas été en temps de guerre. Après avoir été blessé par éclats d’obus en avril 1915, il est mort au combat de Tahure, le 19 octobre 1915. 

Clémence DULYS devenue veuve, a continué à tenter de survivre dans sa petite maison de la Rue de Buigny, malgré la perte insupportable que représente celle d’un enfant.

Robert, le plus jeune des fils, est resté quelques années avec elle, travaillant dans les fermes de Grand-Laviers. Clémence a poursuivi son métier de nourrice, accueillant plusieurs nourrissons en même temps. Même s’il ne pouvait remplacer son fils perdu, le fidèle Jean, est resté longtemps chez sa nourrice.

De retour de captivité, Léon DROUART est allé vivre à Saint-Riquier où il a retrouvé son activité d’ouvrier agricole. Il a rencontré Jeanne, une femme beaucoup plus âgée que lui, qui avait déjà deux enfants. Dans la petite maison de la Rue d’Yvrench, avec l’arrivée de Léon, un équilibre familial commençait à s’installer. En 1921 une petite fille prénommée Micheline est née. Le bonheur était enfin au rendez-vous. Bonheur de courte durée… Léon DROUART est mort le 30 mars 1926.

Les deux premiers noms figurant sur le monument aux morts de Grand-Laviers sont ceux d’Ernest DULYS et de Georges THIEBAUT. Les copains de Grand-Laviers.

Lionel JOLY et Xavier BECQUET

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Lionel JOLY a réalisé la collecte de données pour la commune de Grand-Laviers.

Retrouvez les parcours d’autres jeunes hommes ayant vécu près de  GRAND-LAVIERS :

François CARNEAU de BUIGNY-SAINT-MACLOU

Noël DESTEVE d’ABBEVILLE

Marcel CAROUGE d’ABBEVILLE

Henri DARAN de YONVAL

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