UN JOUR, UN PARCOURS – Louis COQUILLARD de Salouël

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 18 septembre 1892, Louis COQUILLARD est le deuxième enfant d’Edmond et d’Eugénie. Le deuxième garçon.

L’aîné, né le 7 juin 1891, se prénomme Fernand. Il n’y a aura plus d’autre garçon dans la maison des COQUILLARD, au Petit Marais, à Salouël. Trois filles viennent compléter la fratrie : Aurore, Jeanne et Germaine.

Salouël est une commune, de plus de 1 000 habitants en cette fin de XIXe siècle, située au Sud d’Amiens, dans le canton de Boves. A son arrivée à Salouël, Edmond COQUILLARD, originaire d’Amiens, travaille chez différents employeurs du village et des communes voisines. Le travail ne manque pas dans ce secteur de la Somme. Son territoire est entouré de ceux d’autres communes assez importantes comme Pont-de-Metz, Dury et Saleux. On peut d’ailleurs penser que le nom, Salouël, voulait dire « petit Saleux ». Mais c’est surtout la proximité avec la grande agglomération d’Amiens qui change tout pour le village. Le commerce et l’artisanat sont très actifs. La ville d’Amiens se développe vers le Sud depuis la fin de la guerre de 1870. Les dommages de guerre ont été utilisés, essentiellement pour permettre à la capitale picarde de s’agrandir. Les boulevards de ceinture extérieure ont été réalisés, portant les noms des batailles de cette guerre, et les quartiers du Sud, en direction de Dury et de Salouël, se développent à une vitesse extraordinaire, offrant du travail aux habitants des communes limitrophes. A Salouël, on trouve des entreprises de maçonnerie, de menuiserie, de charpente, de plafonnage.

Mais la ville n’est pas tournée uniquement vers Amiens. Nombreux sont ceux qui viennent de loin pour y vivre et y travailler. Les cités ouvrières s’y développent. La commune a augmenté sa population de près de 50% en 40 ans. Le village est traversé par la grande route qui relie Rouen à Valenciennes et, même s’il n’y a pas de gare, il est aisé de prendre le train à la station de Saleux ou à la halte de Pont-de-Metz. En quelques minutes, on se retrouve Gare Saint-Roch ou Gare du Nord, à Amiens.

Edmond COQUILLARD devient ensuite ouvrier dans la grande manufacture de bâches et de sacs Cauvin-Yvose, à Saleux. C’est le père d’Ernest Cauvin, homme politique bien connu dans la Somme, devenu député à la fin du XIXe siècle, qui en est le patron. L’usine fonctionne grâce à l’énergie hydraulique fournie par la rivière Selle.

C’est aussi à Saleux que les frères COQUILLARD se font embaucher dès leur plus jeune âge. Les deux inséparables frères, Louis et Fernand, travaillent dans la filature et savonnerie Poiret. L’usine, construite elle-aussi en bordure de la Selle, connaît un essor permanent. L’ancien moulin à blé est transformé en magasin, et de nombreuses maisons sont construites, à proximité, pour y loger les ouvriers.

Louis et Fernand restent hebergés par leurs parents, Edmond et Eugénie, dans la maison familiale, au Petit Marais, à Salouël, à deux pas de la filature.

Fernand, l’aîné, est le premier à passer devant le Conseil de révision, à Boves. Il est incorporé au 120e Régiment d’Infanterie de Péronne en octobre 1912.

Une année plus tard, Louis rejoint le 51e Régiment d’Infanterie de Beauvais pour y effectuer son service militaire. Louis espérait une affectation lui permettant de retrouver son frère. Il n’en est rien. En ce 10 octobre, alors que Louis prend le train, en gare de Saleux, pour rejoindre Beauvais, le 120e RI de son frère Fernand a quitté Péronne pour Stenay, dans la Meuse. Les occasions de se retrouver vont être rares pour les deux frères.

Quand la guerre est déclarée, le 3 août 1914, le 120e RI est déjà prêt pour assurer la défense des frontières belge et luxembourgeoise. Stenay n’est situé qu’à quelques kilomètres des pays que vont traverser les troupes allemandes pour entrer en France.

Le 51e RI quitte Beauvais le 5 août pour rejoindre la Meuse. Tous les régiments de la région militaire d’Amiens, appelé 2e Corps d’Armée depuis la déclaration de guerre, sont regroupés dans le Nord du département de la Meuse. Leur objectif sera de défendre la frontière du Luxembourg belge, puis, par ordre du général Joffre, chef des armées françaises, de lancer, le 22 août, dans cette même région, une grande offensive destinée à repousser les Allemands du territoire belge.

Les frères vont combattre à moins de dix kilomètres l’un de l’autre. Le 120e RI de Fernand livre bataille sur le territoire du village de Bellefontaine. Les pertes sont terribles. Près de 1 000 hommes sont hors combat. Les morts se comptent par centaines. Le 1er Bataillon, celui où a été affecté Fernand, est le moins touché des trois. Resté provisoirement en réserve, au début de la bataille, il n’aura pas à s’engager dans la meurtrière plaine du Radan au bord de laquelle sont installées les mitrailleuses allemandes. Si les 2e et 3e bataillons sont décimés, les pertes sont également très importantes autour de Fernand qui voient tomber, à ses côtés, plusieurs Amiénois.

Le 51e RI de Louis est positionné, en appui de la 3e Armée française qui tente de prendre les hauteurs de Virton. Les combats du 51e se livrent dans le village de Villers-la-Loue, puis en direction de Meix-devant-Virton. Même si les pertes du 51e ne sont pas comparables avec celles du 120e, à dix kilomètres de là, ce sont quand même plus de 50 jeunes hommes qui perdent la vie. 50 familles dans lesquelles les larmes couleront quand la nouvelle arrivera un jour. Louis les connaissait. Il avait partagé avec eux le quotidien du service militaire. André DEJARDIN, le comptable cheminot, ou l’imprimeur Richard LOGNON, ne reviendront jamais dans la Somme. Leur guerre prend fin dans le Sud de la Belgique. Leur guerre et leur vie.

Après l’échec de l’offensive Joffre, l’ordre de retraite est donné le 25 août au soir. Les régiments du 2e Corps d’Armée, comme ils l’avaient fait dans la Meuse, doivent être regroupés dans le même secteur de la Marne pour y attendre les Allemands, en route vers Paris. Mais avant d’arriver en Champagne, il faut traverser les Ardennes. Plusieurs combats ont lieu pour tenter de ralentir la progression de l’ennemi.

Le 31 août, le 128e Régiment d’Infanterie d’Amiens et d’Abbeville, reçoit l’ordre, à 3 heures du matin, de quitter son bivouac provisoire dans le village d’Autruche, puis rejoindre le hameau de Fontenois. Il faut arrêter les Allemands, déjà arrivés à Saint-Pierremont. Huit compagnies du 128e se positionnent dans le Nord du hameau alors que l’artillerie allemande a été placée sur le plateau qui surplombe Fontenois. C’est un massacre. Plus de 130 morts et au moins 150 blessés par éclats d’obus en quelques heures. Louis COQUILLARD est au nombre des victimes. Ce n’était pourtant pas son régiment. Le 51e RI était déjà arrivé beaucoup plus au Sud. Quelques hommes du 51e se trouvaient la veille avec ceux du 128e. La retraite avait entraîné une désorganisation dans de nombreuses unités. Ces hommes du 51e ont donc été affectés, pour le combat de Fontenois, à la 10e et à la 11e Compagnies du 128e RI. Ce sont les deux compagnies qui ont été presque totalement décimées. Alors que le 51e RI n’aurait dû subir aucune perte le 31 août, il perd 11 de ses hommes dans un combat qui n’était pas le sien.

Le combat de Fontenois n’aurait jamais dû avoir lieu. Dans la nuit du 30 au 31 août, le commandant en chef des Armées françaises, le général Joffre, donne l’ordre à la 4e Armée, dans laquelle se trouvent tous les régiments de la région d’Amiens, de ne plus livrer combat et se retirer sur la ligne Vouziers-Reims. La nécessité du recul du front s’impose pour préparer la Bataille de la Marne. Les régiments placés en arrière-garde comme le 128e doivent donc, au plus vite, se replier. Mais hélas, l’ordre arrive à Fontenois, seulement dans la matinée du 31. Les tirs d’artillerie ennemie ont déjà décimé plusieurs compagnies. Louis COQUILLARD, l’ouvrier du textile, ne reviendra jamais embrasser sa mère, dans la petite maison de Salouël. Louis COQUILLARD est définitivement mort dans un combat qui n’aurait jamais dû avoir lieu, et dans lequel son régiment n’était pas concerné…

Le drame de la famille COQUILLARD ne s’arrête pas le 31 août 1914. Fernand COQUILLARD, le fils aîné, est tué le 13 avril 1915, dans la Meuse, à Maizeray. Les deux fils d’Edmond et d’Eugénie sont morts à la guerre.

Edmond et Eugénie n’ont jamais pu surmonter l’absence de leurs fils, mais la vie a continué, avec son lot de malheurs mais aussi de bonheurs. Les filles se sont mariées et leur ont donné des petits-enfants. Quand Eugénie, sa femme, s’en est allée, Edmond est allé passé les dernières années de sa vie chez sa fille, Germaine. Jeanne et Germaine n’ont pas quitté Salouël. Restées très proches, elles ont été ouvrières dans la même usine.

Les noms de leurs frères, Fernand COQUILLARD et de Louis COQUILLARD, sont inscrits, l’un en dessous de l’autre, sur le monument aux morts de Salouël.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Jean DELHAYE a réalisé la collecte de données pour la commune de Salouël.

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