UN JOUR, UN PARCOURS – Louis POSTEL de Wiry-au-Mont

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 9 septembre 1892, Louis POSTEL est le fils de la pauvre Angéline.

Angéline a partagé la vie de Jean-François, dit Emile, JACQUES, un homme dont le nom a été tristement célèbre, dans le petit village de 300 habitants appelé Wiry-au-Mont, mais aussi dans la France entière. C’était en 1886.

Petit village du canton d’Hallencourt, situé sur le versant de la vallée de la rivière d’Allery, Wiry a la particularité de disposer d’une église assez unique dans le secteur, avec une façade encadrée par deux tourelles, faisant songer aux églises fortifiées du Nord de l’Aisne, en Thiérache. Il y a le Wiry du haut, appelé Wiry-au-Mont, et le quartier situé dans la vallée, appelé Wiry-au-Val. En cette fin du XIXe siècle, nombreux sont les habitants des villages voisins, comme Mérelessart, Citernes, à venir régulièrement à Wiry. Une gare y a été installée sur la voie ferrée entre Longpré-les-Corps-Saints et Gamaches, qui fait la liaison entre les lignes Amiens-Boulogne et Paris-Le Tréport. Le jeune Emile JACQUES habite Rue de la Place, dans le Wiry du haut, alors qu’Angéline réside sur la Place du village. La mère d’Emile, Augustine, tient un des cafés du village.

Eglise de Wiry-au-Mont (esquisse de L. Gillard – 1864)

Orphelin de père et obligé de quitter l’école pour déficience visuelle, Emile JACQUES est allé d’échec en échec, et de rapines en ….. Ayant vendu son métier à tisser, il ne travaille plus et vit de rapines et de mendicité dans le village de Wiry-au-Mont. Sa mauvaise réputation n’a pas effrayé Angéline POSTEL qui l’a épousé en 1883. En 1885, il est poursuivi pour coups et blessures sur son épouse. Il s’est défendu en déclarant ne « l’avoir battu qu’une fois », et la peine de prison a été réduite car Angéline avait dit à l’audience « qu’elle l’avait mérité »… Le 11 janvier 1886 Emile JACQUES rentre au petit matin sans réveiller sa femme, et glisse sous le lit une serpe qu’il ne prend pas le temps de nettoyer. C’est la serpe qu’il a utilisée pour tuer la veuve Piedcoq et sa fille Léonide, à leur domicile, dans le village de Wiry, avant de les achever à coups de tisonnier. Arrêté et jugé coupable, la peine de mort fut prononcée contre lui, à Amiens, le 9 avril 1886, dans un procès dont toute la presse française parla. Alors que le crime était immonde et le personnage particulièrement antipathique, Emile JACQUES obtint la grâce présidentielle de Jules Grévy. Un contexte politique exceptionnel lui avait été favorable. Il partit alors « faire œuvre de colonisation à La Nouvelle », c’est-à-dire, au bagne de Nouvelle-Calédonie, sans espoir de retour.

Angéline obtient le divorce en février 1893.

Louis est déjà né et Kléber est encore dans le  ventre de sa mère. Les deux fils  d’Angéline ne porteront, heureusement, jamais le nom de JACQUES, ni le nom d’un père biologique. Louis et Kléber se nommeront POSTEL, comme leur maman.

La vie commence bien mal pour les deux garçons. Angéline essaie de survivre comme elle le peut, avec deux enfants à élever. Elle quitte le village pour la commune voisine de Mérelessart. Angéline, Louis et Kléber vivent chez Alfred HIBON, tisserand. Alfred est aussi un enfant de Wiry. Il a passé sa jeunesse Rue de la Place, à quelques mètres du café des JACQUES.

Pour Angéline et ses fils, la vie est alors un peu moins dure. Angéline et Alfred HIBON ont un fils ensemble, en 1896. Puis, le 1er avril 1900 vient au monde Théodule, le deuxième enfant du couple et la 4e bouche à nourrir dans la fratrie. Un drame touche alors la maison de la Rue Foraine à Mérelessart. Angéline meurt des suites de l’accouchement. Elle a 39 ans.

Alfred HIBON reste avec quatre enfants qu’il ne peut nourrir et dont il ne peut s’occuper seul. Louis et Kléber doivent alors trouver du travail.

Ils ne vont pas à l’école et ne sauront jamais lire et écrire. Ils travaillent dans les fermes du secteur. C’est dans le village de sa mère, Wiry-au-Mont, que Louis revient. Employé comme domestique dans la ferme d’Elie Facquet, Place du Village, il y est nourri et logé. Quelques années plus tard, quand vient le moment du service militaire, c’est dans une ferme à Vergies, chez Poidevin, qu’il habite.

Le Conseil de Révision juge Louis POSTEL apte au service armé et l’envoie dans l’infanterie, comme son frère Kléber. Les deux frères n’ont qu’une année de différence, mais, la loi Barthou ayant été adoptée à l’été 1913, Kléber ne devra pas attendre d’avoir 20 ans révolus pour partir. Louis part le 10 octobre 1913 et Kléber le 27 novembre. Tous les deux rejoignent le 51e Régiment d’Infanterie de Beauvais. 

Deux jours après la déclaration de guerre, le 51e RI quitte l’Oise pour se positionner dans l’Est de la France, dans le département de la Meuse. Avec les régiments de la Région militaire d’Amiens, c’est dans le Sud du Luxembourg belge que les hommes du 51e livrent les premiers combats. Louis et Kléber connaissent leur épreuve du feu sur le territoire des communes de Villers-la-Loue et Meix-devant-Virton. La défaite française du 22 août, en Belgique, oblige les troupes à battre en retraite. Toute l’armée du général Joffre est alors en position, le 6 septembre 1914, pour stopper la progression allemande.

Les frères POSTEL survivent à ces premières semaines meurtrières de guerre de mouvement. Ils connaissent ensuite les bourbiers de la forêt d’Argonne. La guerre entre alors dans une autre phase, tout aussi meurtrière, mais dans laquelle l’artillerie va avoir un rôle déterminant.

Kléber est gravement blessé à l’automne 1914. Difficilement transportable, il ne peut aller bien loin. Il meurt le 8 décembre dans l’ambulance du 2e Corps d’Armée à Sainte-Menehould.

Entre Argonne et Hauts-de-Meuse, les pertes du 51e RI sont terribles. Plus de 1 500 hommes du 51e RI perdent la vie pendant l’année 1915. Louis est blessé. Evacué, il est transporté vers l’arrière pour y être hospitalisé. Il meurt le 28 janvier 1916, des suites de ses blessures, à l’hôpital 197 bis Saint-Jean-de-Dieu, de Lyon.

Arthur et Théodule, les demi-frères, beaucoup plus jeunes, ont échappé au pire. Arthur, affecté au 120e RI en 1915, a été gravement blessé à la jambe moins d’une année plus tard, blessure lui occasionnant une gêne dans la marche, jusqu’au bout de sa vie. Quant à Théodule, trop jeune pour être mobilisé, il n’est pas parti faire la guerre. Trop jeune pour la première, mais pas trop vieux pour la suivante. Mobilisé en 1939, il a été fait prisonnier en juin 1940 au Stalag XII d’où il n’est revenu qu’en décembre 1943.

Les noms des fils d’Angéline ont été inscrits sur la plaque faisant office de monument aux morts à Wiry-au-Mont. Mais ne cherchez pas le patronyme POSTEL parmi les 18 noms gravés. Il n’y figure pas.

On peut, par contre, trouver: HIBON Louis et HIBON Kléber. Ce sont bien les frères POSTEL !

Si la reconnaissance de la petite commune est indéniable pour ces jeunes ayant donné leur vie pour la patrie, c’est le nom du beau-père, le tisserand de Mérelessart, qui a été accolé aux deux prénoms. Un nom bien plus respectable que celui de la pauvre Angéline POSTEL, épouse d’un misérable meurtrier dont le procès a fait connaître le village de Wiry-au-Mont dans la France entière.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Xavier BECQUET a réalisé la collecte de données pour la commune de Wiry-au-Mont.

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