UN JOUR, UN PARCOURS – Louis JORON de Rollot

Né le 23 août 1892, Louis JORON est le premier enfant d’une fratrie de six.

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Louis est le fils d’Achille JORON, originaire de Piennes, petit village de la Somme situé sur l’ancienne voie romaine reliant Noyon à Montdidier. Achille est charpentier, comme l’était son père.

Achille rencontre Amélia, du village voisin de Rollot, où ils se marient en 1890 et ils s’y installent, dans une petite maison de la Rue Haute.

C’est dans cette maison que naît Louis, avant Ernest, en octobre 1893, puis, dans les années suivantes, quatre sœurs viennent agrandir la fratrie.

Louis et Ernest sont naturellement très proches. Une petite année les sépare.

Rollot, village de la Somme comptant 830 habitants à la fin du XIXe siècle, est situé à l’extrémité Sud-Est du département, à  la frontière de l’Oise. A l’exception de Piennes et d’Onvillers, toutes les communes limitrophes du territoire de Rollot comme Boulogne-la-Grasse, Hainvillers, Mortemer, Courcelles-Epayelles, Le Tronquoy-Vaux, sont situées dans le département de l’Oise.

Rollot est un village étendu sur plus de deux kilomètres de long, qui n’est desservi par aucune voie ferrée. La plus proche ligne, celle allant d’Amiens à Compiègne, passe en gare de Tricot, à plus de 7 km de Rollot. Donc, que ce soit dans le village ou pour en sortir, les habitants sont habitués à beaucoup marcher. Sans voie ferrée, sans cours d’eau pouvant apporter une force hydraulique, et ne disposant plus de moulins à vent, le village ne compte aucune industrie. Toute l’économie locale repose sur l’agriculture et la fabrication de fromages à pâte grasse. Agriculture ou artisanat, c’est l’orientation professionnelle qui attend Louis et Ernest JORON. La voie ferrée et la gare arrivent à Rollot quelques années après la naissance de Louis. Mais le projet de relier Montdidier à Noyon, bien qu’il ne semble pas pharaonique, met beaucoup de temps à se concrétiser. En 1897, Le conseil municipal de Rollot valide sa participation au financement de la nouvelle ligne. C’est seulement douze ans plus tard,les travaux n’étant pas terminés, que le projet de gare sur le territoire de la commune de Rollot prend forme. En août 1913, la ligne de chemin de fer est enfin inaugurée.

Après avoir un peu fréquenté les bancs de l’école, Louis et Ernest deviennent, très jeunes, apprentis charpentier chez leur père. Pas besoin de train. Le travail est sur place.

A 20 ans, Louis, l’aîné, est convoqué au Conseil de Révision à Montdidier. Jugé apte au service armé, le solide gaillard qu’est Louis est affecté à la 3e Compagnie du 3e Régiment de Génie, à Arras.

Le 7 août 1914, la guerre venant d’être déclarée, la Compagnie quitte Arras en chemin de fer et débarque dans les Ardennes, près de la frontière belge. Elle vient en soutien du 5e Régiment d’Infanterie pendant les combats du 22 août, près de Charleroi, puis pendant la retraite de la fin août, organise une position sous le feu près de Guise, dans l’Aisne. Elle détruit les ponts à Crécy-sur-Serre, à Pont-d’Arcy, à Fismes. Le rôle des sapeurs du Génie est particulièrement important puisqu’il est de construire , ou détruire selon les cas, pour mettre l’infanterie et l’artillerie dans les meilleures conditions possibles de combat. Ces travaux les exposent souvent au feu de l’ennemi et les pertes sont considérables.

Louis JORON s’en sort plutôt bien jusqu’en mai 1916. Dans l’enfer de Douaumont, il est alors blessé par éclats d’obus. Les blessures sont multiples et graves. Evacué vers l’hôpital d’Onzin, en Loir-et-Cher, il est ensuite transféré vers Angers, puis Chalonnes-sur-Loire, en Maine-et-Loire. Après avoir fréquenté les hôpitaux et centres de convalescence pendant près de deux années, Louis revient au front le 11 juillet 1918. Quatre jours plus tard, il est évacué pour un phlegmon.  Une nouvelle longue période d’hospitalisation se poursuit, de Paris, à Amélie-les-Bains, en passant par l’hôpital de Millau. C’est de l’hôpital que Louis apprend la nouvelle de la signature de l’Armistice. Il rentre au dépôt du régiment  début mars 1919, et est démobilisé en août de la même année. Il se retire à Fresnoy, dans l’Oise, puis habite à Roye, avant de revenir, tout près de son village de naissance. Il s’installe, avec Louisa qu’il a épousée, dans le village de Boulogne-la-Grasse, Rue de la Vallée.

Cette partie du territoire, entre Somme et Oise, a subi de terribles dommages pendant la guerre. L’étonnant château en béton armé, mi-Médiéval mi-Renaissance, de Boulogne-la-Grasse, reconstruit juste avant le début du conflit a été  très fortement endommagé. La guerre n’a pas abimé que les hommes…

Les deux frères JORON ont survécu à la guerre.  Louis avec les séquelles des maux qui l’ont cloué près de trois années dans des lits d’hôpitaux, et Ernest, avec vraisemblablement le sentiment de culpabilité d’avoir échappé à l’horreur. Ernest JORON, déjà paralysé du bras droit depuis son enfance, a été exempté de service militaire, puis, à plusieurs reprises, a vu la réforme confirmée pendant la guerre. Ernest n’est jamais parti à la guerre.

Si Louis est resté longtemps près de Rollot, Ernest a quitté le village. C’est à Brest, en Bretagne, qu’il est mort en 1939.

Louis a repris son métier de charpentier. Avec Louisa, ils ont eu une fille prénommée Reine. Puis ils ont quitté la région dans les années 1930. Louis JORON est mort le 1er mars 1948, à Steenbecque, dans le Nord, à l’âge de 55 ans.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Josiane HEROUART a réalisé la collecte de données pour la commune de Rollot.

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