UN JOUR, UN PARCOURS – Marius FERNET, d’Albert

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 12 juillet 1891, Marius FERNET a perdu son père alors qu’il n’était âgé que de 3 ans.

Théodore FERNET, le père de Marius, mécanicien de profession, a épousé Marie, une fille d’Englebelmer, dont le père est maréchal-ferrant. Les FERNET sont originaires de Méaulte depuis plusieurs générations, mais si le couple s’est installé Rue de Bapaume, à Albert, c’est parce que le travail y est à portée de main. L’industrie du cycle et de la machine-outil est en plein essor dans la 3e ville du département de la Somme. Rue de Bapaume, en sortie de ville, on trouve de nombreuses usines, encadrées par des petites maisons occupées par leurs ouvriers. Marius et Marie veulent fonder une famille ensemble. Les enfants viennent alors emplir la petite maison. L’aîné est Léon, puis vient Léontine, Marius et, en 1894, naît France, la petite dernière. C’est donc avec 4 enfants en bas âge que Marie doit aborder son veuvage, au début de l’année 1895 quand meurt son mari, Théodore, à l’âge de 40 ans.

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Quelques jours avant la naissance de Marius, un autre FERNET vient au monde à Albert. Il s’appelle Paul.

Le 9 mai 1891, c’est dans un tout autre environnement que naît cet enfant. Son père, Jules FERNET, est expert-comptable. Marié à Mathilde, originaire de Fins, village de Haute-Somme situé près du Pas-de-Calais, les FERNET habitent Authuille depuis plusieurs générations. C’est aussi pour le travail que Jules et Mathilde s’installent Rue des Jardins à Albert. Mais pas comme ouvrier. Paul FERNET est l’aîné. Une sœur le suit de peu, Berthe, née en 1892. Il n’y a pas d’autres enfants.

Chez les autres FERNET, Marie, la veuve du mécanicien, se remarie quelques années plus tard avec Désiré Proyart, un ouvrier mécanicien. Même si la vie reste difficile, la présence d’un beau-père pour ses quatre enfants est appréciable. Les enfants savent qu’il va leur falloir travailler dès que leur âge permettra aux patrons de les embaucher. Il n’est pas autorisé de travailler avant 12 ans, et s’il est parfois difficile de vérifier l’âge des enfants qui se présentent, la plupart des patrons des ateliers et des usines d’Albert respectent la loi. Mais comme il faut bien survivre, les enfants effectuent de nombreuses petites tâches chez les uns et les autres, et bien souvent, l’école passe au second plan. Marius, le beau jeune homme blond, aux yeux bleus, ne sait ni lire, ni écrire. Quand il atteint l’âge légal, Marius devient tourneur dans l’usine de cycles Rochet.

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Chez Paul FERNET, le fils de l’expert-comptable, la vie est un peu plus douce pour les enfants. La famille réside Rue de Gomicourt, dans le centre de la ville. Le père, expert-comptable, peut subvenir aux besoins de la famille, d’autant plus facilement que, Mathilde est également employée comme comptable. Les parents travaillent chez Monchy, pendant que Paul et sa sœur, Berthe, suivent leur scolarité avec assiduité. Paul, le seul fils de la maison, s’oriente vers des études ecclésiastiques.

Quand vient l’heure du service militaire, les deux FERNET d’Albert ne partent pas en même temps. Paul FERNET bénéficie d’un sursis d’une année pour terminer ses études.

Marius FERNET, l’ouvrier, est incorporé le 10 octobre 1912 au 51e Régiment d’Infanterie de Beauvais. En mauvaise santé au moment de la déclaration de guerre, début août 1914, Marius ne quitte pas Beauvais avec ses camarades dès le 5 août pour rejoindre le département de la Meuse et se rapprocher des frontières belge et luxembourgeoise, pour les défendre. Parti aux armées alors que les médecins l’estiment guéri, le 26 août, il est évacué dès le 3 septembre. Après une nouvelle période de soins, il est envoyé au combat à partir du 20 septembre 1914, alors que le régiment débute sa guerre de position en Argonne. Bon soldat, Marius est promu caporal à l’automne 1914. La maladie l’atteint à nouveau à la fin du printemps de l’année suivante. Il est évacué suite à une hernie inguinale double contractée en service commandé, et hospitalisé pendant plus de quatre mois. L’état de santé de Marius ne lui permet plus de retourner au front. L’Armée française décide son détachement aux Forges et aciéries de la Marine et d’Homécourt, à Saint-Chamond, près de Saint-Etienne. Hospitalisé à nouveau pendant plusieurs semaines, fin 1916, Marius rejoint ensuite le dépôt du régiment, dans les services auxiliaires. Mais ses compétences professionnelles sont utiles et l’Armée l’affecte, encore une fois, dans une usine, la Société Alsacienne de Belfort. La guerre ne se gagne pas uniquement dans les tranchées, mais aussi dans les usines d’armement.

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En avril 1918, pour répondre à l’ultime offensive allemande pour atteindre Paris, et malgré l’arrivée de troupes alliées venus d’Outre-Atlantique, l’Armée française tente de compléter ses effectifs avec ceux qui avaient été conservés à l’arrière. Marius FERNET repart au front le 28 avril 1918, pour être évacué à nouveau deux semaines plus tard. Non, Marius n’est pas en état de combattre. Fragile et malade, il ne sort de l’hôpital qu’à la fin septembre 1918. Démobilisé en juillet 1919, Marius se retire à Saint-Chamond où il a rencontré l’amour pendant son séjour à l’usine, puis s’installe en région parisienne dans les années qui suivent la fin de la guerre

Paul FERNET, l’ecclésiastique, est incorporé le 8 octobre 1913 au 120e Régiment d’Infanterie de Beauvais. Quand la guerre est déclarée, le 2 août, le régiment est déjà caserné dans l’Est de la France, à Stenay, dans la Meuse. Quel peut être le sentiment qui habite Paul quand des centaines de copains tombent à côté de lui, le 22 août 1914, dans la plaine du Radan, à Bellefontaine, de l’autre côté de la frontière belge ? Quelles prières a t’il en tête quand les mitrailleuses allemandes, cachées en lisière des bois, déversent un flot de mort ?

La guerre de Paul FERNET prend fin à Bellefontaine, trois semaines seulement après le début du conflit. Blessé et ne pouvant être transporté, l’armée française le laisse sur place. Il est soigné à l’ambulance dit « Patronage », dans le village de Bellefontaine, et transféré en Allemagne, le 31 août, via la gare de Marbehan. Après un long séjour à l’hôpital de Zerbst ,dans le Land de Saxe-Anhalt, il est transféré, en juillet 1915, au camp de prisonnier de Mersebourg, puis, au printemps 1918, au camp de Gardelegen. Pendant sa captivité, il a pu échanger quelques courriers avec ses parents réfugiés à Bordeaux.

Paul FERNET n’a pas perdu la vocation. Il est ordonné prêtre, à Amiens, le 28 mars 1925. Il sera ensuite vicaire de la paroisse Saint-Maurice, à Amiens, puis curé dans le village de Méharicourt, dans le Santerre, et vicaire de la paroisse de Saint-Honoré à Amiens. En 1931, Paul revient à Albert, sa ville natale, ville presque entièrement reconstruite suite aux dégâts des bombardements. Il y exerce alors la fonction de prêtre auxiliaire.

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Marius FERNET, le mécanicien à la santé fragile, a quitté Pantin, où il résidait, pour revenir à Albert en 1930. Il y est mort, le 12 juin 1930.

C’est quelques mois plus tard que Paul FERNET, le curé, a obtenu un poste de prêtre auxiliaire à Albert, sa ville natale. Ce sera sa dernière mission, avant de prendre une retraite définitive à Amiens. Paul FERNET est mort le 27 juin 1951 à Amiens.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  André MELET a réalisé la collecte de données pour la commune d’ Albert.

 

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