UN JOUR, UN PARCOURS – Léonce OGER, d’Amiens et de Caours

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 29 juin 1892, Léonce OGER a vu le jour grâce à l’intervention du Docteur Lenoël.

A Amiens et dans tout le département de la Somme, Jules Lenoël est un homme célèbre. Ancien directeur de l’Ecole de Médecine, Il a participé très activement à la lutte contre la terrible épidémie de choléra, en 1866, et les vagues, beaucoup moins meurtrières, des années suivantes. Le Docteur Lenoël est aussi bien connu dans de nombreux villages, car, en tant que médecin chargé des épidémies, il est un des experts participant aux commissions de transfert des cimetières communaux en extra muros. Les villageois, voulant reposer à côté de leurs ancêtres, s’opposent souvent à ce déplacement. Le bon docteur Lenoël doit alors user de toute sa diplomatie pour les convaincre de l’importance des mesures d’hygiénisme.

lenoel docteur amiens
 

Le docteur Lenoël, en 1866.

 

Mais aujourd’hui, pas de diplomatie. Jules Lenoël a exercé sa pratique de médecin en accouchant Sidonie Leclercq, au numéro 109 de la Rue Saint-Leu. Originaire d’Agenvillers, près de Crécy-en-Ponthieu, mais résidant à Caours, près d’Abbeville, Sidonie est venue travailler comme domestique à Amiens. Mais l’enfant qui vient de naître n’a pas de père officiel .C’est le docteur Lenoël qui va, lui-même, en déclarer la naissance, le lendemain à la mairie, en indiquant le prénom que la mère a choisi : Léonce.

Sidonie, quittant Amiens dans les mois qui suivent, revient au village et se marie, en février 1898, avec  Léon OGER, peintre en bâtiment chez Dingeon, à Caours. Léonce a enfin un père. Reconnu ensuite officiellement, il change de nom. Né Léonce LECLERCQ, il devient Léonce OGER.

Sidonie et Léon résident Rue du Moulin, à Caours, dans le lieu-dit « L’Heure ». Après leur mariage, trois enfants, aux prénoms de Marie-Thérèse, Marcel et Germaine, viennent compléter la famille.

Dès qu’il est en âge de travailler, le jeune adolescent qu’est Léonce rejoint son père dans l’entreprise Dingeon. Il y devient également peintre en bâtiment.

A 20 ans, Léonce se rend à Abbeville avec son copain Georges BACQUET, peintre lui aussi, pour passer devant le Conseil de Révision. Léonce espérait être affecté dans un régiment de la Somme. Les militaires en décident autrement. Léonce va faire son service militaire au 4e Régiment de Zouaves, caserné à Rosny-sous-Bois. Son copain Georges BACQUET est incorporé au 120e Régiment d’Infanterie de Péronne. La chance !

Avant de partir au service militaire, Léonce se marie avec Julie Vitry.

abbeville 6

Julie lui prépare son sac et l’accompagne jusqu’à la halte de Caours, le 8 octobre 1913, pour rejoindre son lieu d’affectation. Après des rapides arrêts à la Porte Saint-Gilles et à la Porte-des-Bois, le train arrive en gare d’Abbeville. Léonce change de quai et monte dans un wagon en direction de Paris. L’amertume est bien présente. Il aurait tant voulu être affecté au 128e d’Abbeville, ou au moins, rester dans la Somme comme son copain Georges. Il ne va pas pouvoir revenir souvent pour embrasser sa Julie. Léonce va se sentir bien seul à Paris…

A la déclaration de guerre, début août, les régiments de Zouaves se réorganisent. Le 1er Régiment de Zouaves est formé à partir d’un bataillon venu d’Alger, d’un bataillon de réservistes de Paris et du Nord de la France, et du 5e bataillon du 4e Régiment de Zouaves. C’est le bataillon où a été affecté Léonce. C’est donc avec le Régiment de Marche du 1er Zouaves, installé pour quelques jours seulement à Saint-Denis, que Léonce commence la guerre.

1er RMZ

Le régiment quitte Saint-Denis le 12 août 1914 pour la Belgique. Il progresse vers le Nord et c’est par Anor (à côté de Fourmies) qu’il passe en Belgique. Il connaît le baptême du feu le 22 août 1914 au Châtelet, à côté de Charleroi. Les pertes sont déjà nombreuses.

Le 25 août, le régiment se replie pour rejoindre la Seine-et-Marne où le maréchal Joffre a décidé de réunir toutes les forces de l’Armée française, afin d’empêcher la progression des troupes allemandes vers Paris.

En ces quelques jours de début septembre, des milliers d’hommes perdent la vie, pendant la Bataille de la Marne. Les affrontements des jours suivants, dans ce qui marque la fin de la guerre de mouvement, continuent à être meurtriers.  Le 1er RMZ poursuit son action vers le plateau de Paissy, au Nord de la rivière Aisne, où il affronte  les assauts de l’ennemi.

Léonce est blessé par balle. Il succombe à ses blessures le 20 septembre, à Craonnelle, dans l’Aisne.

Profitant d’une dernière permission, au début de l’été, Léonce était revenu à L’Heure voir sa Julie. Ils s’étaient aimés. Une petite fille est née de cet amour. Malheureusement, quand la petite Simonne ouvre les yeux, son papa est déjà mort depuis plusieurs mois.

Quelques années après la fin de la guerre, Julie, la veuve de Léonce, va trouver un nouveau mari. Simonne aura ainsi un nouveau père. Un père qui ne remplacera jamais celui « mort pour la France » alors qu’elle était encore dans le ventre de sa mère. Mais un père vivant qui saura lui donner autant d’amour qu’aux autres enfants qui viendront ensuite.

Le copain de Léonce, Georges BACQUET, n’a pas fini la guerre. Par chance, il est revenu vivant. Mais Georges n’entendra jamais rire ou chanter son fils, René. Une commotion par éclats d’obus lui a occasionné une surdité complète bilatérale. Georges a repris son travail de peintre. Mais, pas vraiment comme avant…

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  André MELET a réalisé la collecte de données pour la commune d’Amiens et Jean-Claude MAISON la collecte de Caours (à noter que dans certains documents d’archives consultés, le nom de la commune de Caours est orthographié Cahours).

peintre batiment

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