UN JOUR, UN PARCOURS – Georges RIQUIER, de Lamotte-Brebière

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 9 juin 1892, Georges RIQUIER passe toute sa jeunesse à Lamotte-Brebière. Comme son frère, Maurice, Georges a vu le jour à Amiens, mais leur vraie commune de cœur, c’est Lamotte. Ce charmant petit village au bord du fleuve Somme, situé à deux kilomètres de Camon,  compte moins de 150 habitants, en 1896, quand Berthe vient s’y installer avec ses deux enfants. Maurice a 6 ans et Georges a 4 ans. Les deux enfants ont malheureusement perdu leur père. Il s’appelait Emile, était mécanicien à Amiens. Il est mort le 20 août 1894. Berthe continue son chemin de croix. Berthe, la jumelle rescapée (Clotilde, sa soeur jumelle est morte deux jours après la naissance), après avoir perdu son père quelques mois plus tôt, devient veuve à 30 ans, avec deux jeunes enfants  à élever. Revenir au village est alors pour elle une évidence.

Même si elle ne se remarie pas, Berthe, après une période de deuil, retrouve alors un ami d’enfance, Georges Gosselin, avec qui elle va partager sa vie. Il est charretier chez Jules Moquet, un industriel des Charbonnages d’Amiens. Il devient le beau-père des deux garçons, puis, devient père de quatre garçons supplémentaires, Fernand, Henri, Jules et Léonce, et d’une petite fille, Madeleine. Berthe ne peut plus exercer son métier de couturière. S’occuper de cette grande famille est un travail à temps plein.

La mère de Georges, connaît bien les lieux puisqu’elle y est née. D’ailleurs, à Lamotte, village-rue qui longe le fleuve, tout le monde se connaît. Et pourtant, tous les habitants ne sont pas originaires du village. Loin de là ! Comme Georges et son frère, ils sont nombreux à être nés ou à avoir vécu dans une autre commune de la Somme.

Les garçons du village ont trouvé leurs épouses à Talmas, à Querrieu, à Corbie, à Cardonnette, à Quesnoy-en-Santerre…

Les filles du village ont trouvé leurs maris à Vecquemont,  à Camon, à Longueau, ou, comme Berthe, à Amiens.

Et puis il y a tous ceux qui viennent habiter dans le village pour y trouver du travail. Dans les fermes, tout d’abord, venus d’Epehy, de Dreuil-Hamel, d’Hérissart, de Vironchaux, de Blangy-Tronville, on trouve les « domestiques de ferme ».  Le berger vient de Vironchaux, le laitier de Camon. Le facteur rural a quitté Corbie pour vivre dans  le village, même s’il retourne chaque jour à Corbie pour prendre le courrier à distribuer aux habitants de Lamotte. Il y a l’instituteur public, originaire d’Ovillers-La Boisselle, venue avec sa fille, Gabrielle, pour prendre en charge la classe des filles. On trouve aussi une famille de jardiniers ayant quitté le château de Régnière-Ecluse pour les grandes maisons bourgeoises du secteur, comme celle de M. Masse, l’industriel du textile, à Corbie.

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Lamotte possède sa propre gare, située sur la ligne entre Amiens et Lille. 4 familles sont logées par la Compagnie des Chemins de Fer du Nord , dont trois près de la gare : le chef de halte, originaire de Bacouel ; le chef cantonnier, qui vient d’Authuille et, le cantonnier, de Bussy-les-Daours.

A la sortie du village, vers Vecquemont, une écluse à  péniche est installée sur le canal de la Somme. C’est à proximité qu’habitent la famille du « garde-sémaphore » des Chemins de fer, venue de Moyenneville, et celle de l’éclusier, originaire de Breilly.

Avec autant de communes de la Somme représentées dans le petit village, Lamotte-Brebière peut finalement être considéré comme un creuset de l’identité samarienne.

Georges RIQUIER aime son village. On y vit bien. Et pas besoin d’aller à Camon pour les besoins essentiels. Alors qu’il n’y a que 46 maisons dans le village, on trouve, dans la Grande Rue, une épicerie, la boulangerie de M. Boury, et trois débits de boissons.

A douze ans,  les fils RIQUIER doivent trouver un emploi. Maurice, l’aîné, est employé  comme garçon-boulanger chez Boury. Georges devient ouvrier agricole dans la ferme Quignon, à Lamotte Il y reste jusqu’à ses vingt ans.

Le Conseil de Révision l’a jugé apte. Georges va effectuer son service militaire au 128e Régiment d’Infanterie. Il est incorporé en octobre 1913.

Pas  besoin d’aller bien loin pour prendre le train. De la gare de Lamotte, il rejoint Amiens. Une partie du 128e RI y est casernée, l’autre étant à Abbeville.

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Le 1er août 1914, Georges est à la caserne à Amiens. Les officiers ont déjà annoncé l’imminence de la guerre. Quand Léon Larivé, le garde-champêtre informe la population de Lamotte-Brebière de la mobilisation générale, Maurice sait qu’il va devoir partir. Par chance, il est affecté au 128e RI. Même s’il a le cœur lourd, le 2 août, en quittant son village, il sait qu’il va retrouver Georges, son frère.

Le 5 août, le 128e RI quitte la Somme pour rejoindre la Meuse. Les premiers combats ont lieu près de Virton, en Belgique, les 22 et 23 août. Plusieurs copains de la Somme sont tués.

Mais ce n’est rien à côté de ce que le régiment va subir quelques jours plus tard, à l’occasion de la Bataille de la Marne. Entre le 6 et le 10 septembre, le 128e RI est chargé de défendre les communes de Pargny-sur-Saulx et Maurupt. Les villages sont perdus et repris à plusieurs reprises. Les pertes sont énormes. Le régiment perd près de 500 hommes.

Maurice est tué le 10 septembre à Maurupt.

Georges meurt le 16 septembre,  à l’ambulance de Sainte-Menehould, des suites de ses blessures.

En moins d’une semaine, Berthe a perdu les deux fils qu’elle avait eus avec Emile. Après la disparition du père, la tragédie continue… et elle est loin d’être terminée. Fernand, son troisième fils, est incorporé le 20 mai 1915, alors que ses deux demi-frères ont déjà été tués. Quelques jours après son arrivée, il est hospitalisé pour maladie. Il meurt le 4 juin 1915 à l’hôpital militaire de Joigny.

Nul n’est besoin de mots pour exprimer la terreur que la pauvre Berthe a dû ressentir quand son quatrième fils, Robert, a été mobilisé le 8 janvier 1916…

Jules est revenu vivant. Et ses petits frères, Jules et Léonce, trop jeunes, n’ont pas été mobilisés.

Aujourd’hui, en passant devant le monument aux morts de Lamotte-Brebière, charmant petit village longeant le fleuve Somme, vous saurez que les trois premiers noms inscrits sont ceux des trois premiers fils de Berthe LEGAY Veuve RIQUIER.

Des enfants de Lamotte-Brebière.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  André MELET a réalisé la collecte de données pour la commune d’ Amiens et Francis et Brigiette DANEZ la collecte pour la commune de Lamotte-Brebière.

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