UN JOUR, UN PARCOURS – Alcide VEILLY, d’Hardecourt-aux-Bois

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 8 juin 1893, Alcide VEILLY se prénomme officiellement Charles Léopold Alcide. C’est ainsi que son père, Albert, l’a déclaré à la mairie de Hardecourt-aux-Bois. Pourtant tout le monde ici l’appelle Alcide. Il est le premier enfant d’Albert et de Myrza, deux jeunes originaires du village. Quatre ans plus tard arrive une petite sœur. Alors, elle s’appelle… Alcidie!

Hardecourt est un petit village de la Haute-Somme situé à proximité de la Vallée de la Somme. Une partie du village est située au creux de la vallée d’un ancien affluent du fleuve Somme, et l’autre partie sur les hauteurs du plateau. Les communes voisines sont celles de Curlu, au bord du fleuve, et Montauban-de-Picardie et Guillemont, dans les plaines du Santerre.

Albert est bûcheron. Il faut dire qu’il y a beaucoup plus de terrain boisé que de parcelles cultivées sur le territoire de la commune. Ce n’est pas Hardecourt « aux bois » par hasard.

La petite famille habite Rue du Gard, une rue qui donne sur la plaine immense du Santerre et où l’activité principale est l’agriculture.

Alcide fréquente l’école du village. L’instituteur public est Monsieur Esteve. Il est originaire d’Ovillers-La Boisselle, à côté d’Albert. Alcide est copain avec les frères ANTOINE, Henri et Charles. Ayant perdu leur père, ils vivent, avec leur mère, chez le grand-père Isaac, le maçon du village.

La mère d’Alcide, Myrza, meurt en 1902, laissant son mari élever seul son fils de 9 ans et sa fille de 5 ans.

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Dans les années suivantes, une profonde transformation vient modifier l’activité économique du secteur. Avec la découverte du site de Beauval, en 1886, la Somme devient le plus important gisement de phosphate de France. Quand les études mettent en évidence la présence de gisements sur les territoires de Curlu et d’Hardecourt, plusieurs investisseurs y achètent des terrains. La Société de Saint-Gobain construit une usine de traitement des phosphates avec carrières à ciel ouvert. Une voie de chemin de fer Decauville est construite pour relier l’usine aux 3 carrières. Ce sont les Descourtry, riche famille  du Sud de la France, qui prennent la direction de l’exploitation. Le fils de la famille et le beau-fils, Jean Scolari, un Italien. Tous les hommes d’Hardecourt qui, avant, étaient journaliers ou manouvriers, deviennent ouvriers phosphatiers. C’est le cas des deux frères ANTOINE. Alcide ne rentre pas « aux phosphates ». Il est bûcheron, comme son père.

A 19 ans, Alcide VEILLY se rend à Combles, le chef-lieu de canton, pour passer devant le Conseil de Révision. Il est accompagné de Charles ANTOINE, le plus jeune des deux frères. Jugés aptes au service armé, ils sont incorporés, pour Alcide, au 18e Bataillon de Chasseurs à Pied, caserné à Longuyon, dans la Meuse, et pour Charles, au 54e Régiment d’Infanterie de Compiègne.

Alcide part dans la Meuse le 27 novembre 1913. Il est affecté au Groupe Cycliste du bataillon. Quand la guerre est déclarée, le 3 août, le 18e BCP est tout de suite aux avant-postes. L’état-major lui confie des missions de reconnaissance en Belgique. Si la plupart des missions sont menées par des cavaliers, la participation des cyclistes est très efficace car ils sont beaucoup moins repérables que leurs collègues à cheval.

Le 22 août, l’offensive est lancée en Belgique sur ordre du général Joffre. Le 18e BCP combat à Bellefontaine aux côtés du 120e RI de Péronne. Alcide voit tomber beaucoup de copains de la Somme. Au moins 200 ne se relèvent pas.

Le 28 août, pendant la retraite de l’Armée française, Alcide est gravement blessé par un éclat d’obus à la jambe droite. D’hôpitaux en maisons de convalescence, il ne revient qu’une année plus tard, et ne retourne au front qu’à la fin de l’année 1915. La guerre a complètement changé. Il a quitté une guerre de mouvement, il retrouve une guerre de position. A son retour, il est affecté au 29e Bataillon de Chasseurs à Pied, mais, avec sa jambe blessée, il en est fini du cyclisme.

Le 29 juin 1916, il est à nouveau blessé. Des éclats d’obus lui ont traversé le dos. Les poumons ont été touchés. Nouvelle évacuation pour un long séjour en hôpital. Le verdict de la Commission de réforme de Mamers, le 27 septembre 1917, est alors sans ambiguïté : en raison de la blessure pulmonaire, Alcide n’ira plus combattre. Il est alors classé en service auxiliaire, loin des zones de combat, et quand l’Armistice est signé, Alcide est mis à la disposition de la Compagnie des Chemins de Fer de l’Etat. En congé de démobilisation en février 1920, il ne revient pas à Hardecourt. Il ne rejoint pas son père qui lui, a la volonté de continuer sa vie ici, même si le village a été complètement détruit. L’usine de phosphate aussi. Elle ne sera jamais reconstruite et il n’y aura plus jamais d’ouvriers phosphatiers dans le secteur. Alcide change ensuite souvent de domicile. Mais il n’habitera plus dans la Somme.

Si Alcide finit la guerre vivant, son handicap est grand. Une jambe raide et une respiration difficile, comme cadeaux de survivant.  Son copain, Charles ANTOINE, aurait certainement préféré une issue similaire, même s’il fallait avoir une jambe de bois ou un morceau de poumon en moins. Charles est mort le 20 octobre 1914, dans la Meuse. Il avait 20 ans.

Albert, le père d’Alcide est revenu à Hardecourt-aux-Bois après la guerre. Il a reconstruit sa maison et a continué son travail de bûcheron, même si, après les bombardements de la Bataille de la Somme, les arbres sont devenus rares sur le territoire de la commune, comme dans toute la région. Quant à l’usine de phosphate, elle a définitivement disparu sous les bombardements en 1916. Les carrières d’extraction ont servi d’abri à de nombreux soldats. L’usine ne sera jamais reconstruite et il n’y aura plus jamais d’ouvriers phosphatiers dans le secteur.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Ghislain FRANÇOIS a réalisé la collecte de données pour la commune de Hardecourt-aux-Bois.

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