UN JOUR, UN PARCOURS – Charles MOIGNET, de Thuison (Abbeville)

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 3 juin 1893, Charles MOIGNET est un enfant des Faubourgs d’Abbeville.

Abbeville est la ville la plus importante de l’Ouest du département de la Somme. Avec ses faubourgs, elle compte presque 20 000 habitants en cette fin de XIXe siècle. Les faubourgs – quartiers situés en dehors de l’enceinte fortifiée – continuent à ressembler aux grands villages qu’ils étaient avant que ne tombent les remparts. Charles est né au Faubourg Thuison, au Nord de la ville, près du marais de la Bouvaque.

A Thuison, la famille habite dans la Grande Rue. Le père de Charles s’appelle Charles et sa mère, Eugénie.

Comme beaucoup d’habitants du faubourg, les parents de Charles sont journaliers. Ils vont où le travail se présente. Au beau temps, les besoins sont plutôt dans les champs, et les nombreux cultivateurs du secteur cherchent de la main d’œuvre. L’hiver, il faut quitter le faubourg et quémander un emploi en ville. A Thuison, il n’y a plus d’emplois dans l’industrie. La filature Gavelle est fermée depuis plusieurs années. Et à Abbeville, les usines ne sont pas si nombreuses que ça, pour une agglomération d’une telle taille. Il y a quelques usines textiles, comme Cohin ou Saint-Frères, la Sucrerie et des ateliers de robinetterie. Pour un journalier, il n’y a donc pas du travail tous les jours. Comme la plupart des familles des faubourgs, celle de Charles est pauvre.

Charles (père) et Eugénie se marient en octobre 1891. L’année suivante arrive une petite Jeanne, puis Charles, le premier garçon. Viendront ensuite Antoinette, René, Germaine et Marcelle.

Thuison, comme un village, a son école. Il est aussi le seul faubourg, avec celui de Rouvroy, à avoir son propre curé et son église, celle de Notre-Dame de la Chapelle. L’abbé Guérin habite le presbytère, avec sa sœur, et leur bonne, prénommée Argentine.

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Les enfants MOIGNET sont de bons élèves. Charles fréquente avec plaisir, comme son frère René, l’école de Monsieur Caubert, le directeur de l’école des garçons. Il y retrouve son copain, Marius BUVRY, dont le père est chauffeur pour la Compagnie du Gaz.

Les filles vont à l’école de Madame Thuillier. Les sœurs de Charles, mais aussi les filles des autres familles de Thuison, comme les Delépine, les Riquier, les Buvry…

A l’adolescence, nombreux sont les jeunes du faubourg à être employés dans l’imprimerie. La plupart vont chez Paillart, Chaussée Marcadé. Cette entreprise, qui travaille pour des grands éditeurs parisiens, emploie près de 300 personnes. Charles devient imprimeur, comme son frère René et son copain Marius. Sa sœur, Antoinette, est brocheuse, comme Eugénie Delépine, Andréa Riquier, ou Mathilde, Marie et Maria, les trois sœurs de Marius. L’école obligatoire et gratuite de la IIIe République commence à porter ses fruits. Une grande partie de la population sait maintenant lire. Il n’y a jamais eu autant de journaux qu’en ce début de XXe siècle et les imprimeurs ont du travail !

 Quand l’Armée doit faire un choix d’affectation, pour le service militaire, elle prend souvent en compte le métier exercé par le jeune homme. Charles et Marius, avec leurs compétences pour régler les machines d’imprimerie, seront utiles dans l’Artillerie.

Charles MOIGNET est affecté au 17e Régiment d’Artillerie de La Fère, le 27 novembre 1913. Par chance, une partie du régiment caserne à Abbeville.

Marius BUVRY est incorporé au 29e Régiment d’Artillerie de Laon.

Le 5 août 1914, les deux régiments quittent la région pour rejoindre le département de la Meuse. La guerre vient d’être déclarée.  L’artillerie vient en appui de l’infanterie, pour dégager la route aux fantassins en cas d’offensive ou pour riposter si l’artillerie allemande les met en danger. Le 22 août, l’Artillerie française ne permet pas d’empêcher le massacre de milliers de jeunes fantassins, au pantalon rouge, dans les plaines de Belgique. Charles connaît ensuite les combats de la Marne, de l’Argonne, puis à l’hiver 1914, ceux des Hauts de Meuse. En 1915, la guerre s’est complètement enterrée. Le rôle de l’artillerie est déterminant, mais est rarement décisif. Les canons de 75mm font d’importants dégâts chez l’ennemi, sans pour autant le faire céder.

1916, c’est Verdun, puis la Bataille de la Somme. Charles et Marius, chacun dans leur régiment, se retrouvent dans l’Est du département, mais bien trop loin d’Abbeville pour espérer apercevoir les tours de la Collégiale Saint-Vulfran.

René MOIGNET , le frère cadet de Charles, sans attendre sa mobilisation, demande son engagement dans l’armée, à l’âge de 18 ans. Imprimeur dans le civil, il est lui aussi affecté  dans d’Artillerie, le 8 juin 1916. Affecté au 17e RA, comme son frère.

Après le Chemin des Dames, au printemps 1917, les batteries d’artillerie des frères MOIGNET partent pour le secteur de Verdun. En août, les attaques sont longues et périlleuses, tout particulièrement vers le Mort-Homme. Sous un violent déluge d’obus asphyxiants, les hommes, quelles que soient leur affectation et leur mission, vivent l’enfer. C’est le 18 août que Charles et son frère, René, sont victimes des gaz.

Les frères sont évacués vers les hôpitaux de l’arrière. Le mal s’est, malheureusement, profondément ancré dans les poumons. René revient quand même au front, 8 mois plus tard. L’état de santé de Charles ne lui permet pas de quitter l’hôpital. Le 3  juillet 1918, la Commission de réforme de Lorient  le juge inapte, pour 2 mois, à faire campagne en raison d’emphysème et bronchite chronique. Le 4 septembre, la commission siégeant à Pontivy le déclare de nouveau inapte, pour 2 mois, pour le même motif. Charles ne peut, bien sûr, retourner combattre. Et quand la guerre prend fin, son état de santé reste mauvais. La commission de réforme se réunit, pour traiter son cas, le 27 juin 1919. Ce n’est pourtant que le 27 janvier 1922, que Charles MOIGNET est réformé définitivement pour bacillose pulmonaire suite intoxication au gaz. Une pension de 40% lui est alors allouée. A plusieurs reprises, dans les années suivantes, les commissions se réunissent et constatent que l’état de santé se détériore en permanence. En 1939, une commission, à Amiens, lui accorde une pension permanente de 60%. Le médecin militaire constate la « présence d’emphysème pulmonaire de très forte intensité avec sclérose et bronchite diffuse, bruit de tempête dans les deux poumons, dyspnée intense, retentissement cardiaque avec aggravation : état général médiocre ».

Même si René MOIGNET a pu terminer la guerre, ses poumons sont également touchés. En 1942, la commission de réforme de l’Armée constate que René est toujours victime de séquelles pulmonaires dues à l’ypérite, inhalée le 18 août 1917, soit 25 ans plus tôt. René est devenu agent de police après la guerre.

Le copain Marius BUVRY a eu de la chance. Hasard des affectations et des besoins de réorganisation militaire, en avril 1917, il a été transféré au 229e Régiment d’Artillerie. Il est resté dans le Sud de l’Aisne et la Marne jusqu’à la fin de l’année 1917, et n’était donc pas dans le même secteur que Charles et René le 18 août. Il a échappé au gaz.

Charles a retrouvé un emploi d’imprimeur chez Paillart. Il s’est marié avec une femme du Faubourg Thuison, une des filles Riquier. « Etat général médiocre« .

Charles est décédé le 4 janvier 1940.

Le 11 septembre 1957, Charles MOIGNET a été officiellement reconnu « Mort pour la France »…. de la Première Guerre mondiale.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  André MELET a réalisé la collecte de données pour la commune d’ Abbeville.

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