UN JOUR, UN PARCOURS – Adrien BOTTIN, de Louvencourt

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 1er juin 1892, Adrien BOTTIN aurait pu être couvreur, comme son père. Mais ce n’est pas le choix qu’il a fait. Il travaille dans les fermes.

Diogène, le père d’Adrien est originaire de Vauchelles-lès-Authie et Céline, son épouse, du village voisin de Louvencourt. Si Vauchelles porte le nom d’Authie c’est parce qu’il est situé à côté du village qui s’appelle Authie. Le fleuve du même nom,  même s’il court à quelques kilomètres, ne passe ni à Vauchelles, ni à Louvencourt.

Contrairement à la tradition, Diogène et Céline célèbrent leur mariage dans la commune du jeune marié. Par contre, c’est à Louvencourt, où habite la famille de la mariée, que le couple vient s’installer. Leur maison est située Rue du Rond.

Louvencourt est un village de 500 habitants environ, en cette fin du XIXe siècle. Si quelques hommes partent chaque matin vers Beauval pour y exercer leur métier de tissage dans les usines Saint-Frères, c’est vraiment l’agriculture qui permet aux familles de la commune de vivre. Nombreux sont les habitants à être ouvriers agricoles ou domestiques de ferme dans les principales grandes fermes du village. Parmi les professions exercées, on trouve donc  berger, vacher, laitier, coquetier, ainsi que bourrelier, charron, maréchal-ferrant, cordonnier. Et puis les traditionnels commerçants que sont les débitants de boisson et les épiciers. Comme Louvencourt dispose aussi d’une gare, construite sur la ligne entre Doullens et Albert, il y a un chef de gare et un cantonnier du Chemin de fer.  Diogène n’a choisi aucun de ces métiers. Il est couvreur. Il lui arrive souvent de travailler avec Alphonse PECOURT, le maçon, et Maxime JOURDOIS, le charpentier. Il se sent important à remplir une telle mission. Il est si important pour tous les braves « d’avoir un toit » et s’il est en bon état, c’est encore mieux.

Céline donne naissance à treize enfants. La mortalité infantile est dévastatrice et tous ne peuvent survivre, mais la fratrie reste importante. Quand Adrien vient au monde, en 1892, quatre enfants sont déjà là. Aline, l’aînée, a 7 ans, suivie par Emile, Eugénie et Léon. Viendront ensuite Norbert, Georgette, Germaine, Marguerite, Suzanne…

Adolescent, Adrien perd son père. Le métier de couvreur est un métier dangereux. Aucun des 4 garçons de la fratrie ne sera couvreur à Louvencourt. Adrien rejoint son frère aîné Léon dans la ferme Cauet. Le travail ne manque pas, et, les fermes ont toujours besoin de main d’œuvre. Ils vont chez Boura, puis chez Crapoulet. Ca permet d’apporter un peu de sous à la maison. Il y a tellement de bouches à nourrir, et le père n’est plus là.

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Quand il est convoqué au Conseil de Révision à Acheux, chef-lieu du canton, Adrien est considéré comme soutien de famille. Ce n’est pas un motif de réforme, donc, il va devoir aller au service militaire. Il est incorporé le 10 octobre 1913 au 128e Régiment d’Infanterie. Il prend le train à Louvencourt, direction Doullens, Canaples, Longrpé-les-Corps-Saint et c’est l’arrivée à Abbeville…quelques heures plus tard. La caserne Courbet est le lieu où il suit l’instruction militaire.

Au printemps et au début de l’été, bénéficiant de plusieurs permissions, il peut venir aider sa mère, à Louvencourt. Mais, en raison de l’imminence du conflit, la dernière permission de juillet 1914 est écourtée. Les gendarmes viennent lui annoncer qu’il faut retourner à la caserne au plus vite, sans attendre la fin de la permission.

Le 5 août 1914, le régiment est transféré d’Abbeville vers la Meuse. Adrien connaît l’épreuve du feu, le 22 août, de l’autre côté de la frontière belge, entre Houdrigny et Virton. Parmi ceux qu’il voit tomber autour de lui, plusieurs étaient à la caserne, à Abbeville, avec lui. La guerre a vraiment commencé…

La journée du 22 août 1914 marque une des plus terribles défaites de l’armée française. Plus de 25 000 hommes y laissent la vie. En passant à travers les balles ennemies, Adrien est déjà devenu un survivant.

Le 128e RI, comme toute l’armée française, bat en retraite dès le 23 août. L’armée allemande ne se met pas immédiatement à la poursuite et quand elle le fait, des troupes ont, à plusieurs reprises, l’ordre de s’arrêter et d’attendre l’ennemi pour enrayer sa course au sein du territoire français. C’est le cas pour le 128e. Le 31 août, il doit protéger le village de Fontenoy, dans le Sud-Ouest de la Meuse.

Le 1er septembre, Adrien est déclaré mort des suites de ses blessures.

Léon, le frère aîné, le copain de toujours, à la maison comme dans les fermes, vient de perdre une partie de lui-même. Son frère est mort. Léon, incorporé dans un régiment d’artillerie, le 17e RA de La Fère, dans l’Aisne, est revenu vivant. Norbert, le jeune frère, a été incorporé comme Adrien au 128e RI. Parti le 26 août 1914, il est arrivé au 128e quelques jours plus tard, après une courte instruction. Adrien était déjà mort. Pas encore oublié dans la tête de ceux qui avaient survécu aux premières semaines de guerre, mais plus là pour le prendre dans ses bras.

William Pécoul, l’autre Louvencourtois qui effectuait son service militaire à Abbeville, au 128e, en même temps qu’Adrien, a aussi été tué. Norbert se sent encore plus seul maintenant dans ce régiment où rôdent les fantômes du village.

Démobilisé en 1919, le jeune Norbert est de retour  à Louvencourt, village en partie détruit. Il est handicapé. Il est cabossé de partout (blessures à la tête, au thorax, à une jambe) et les séquelles des pieds gelés sont particulièrement douloureuses. Mais, ce n’est pas tout. Norbert a été gazé.

Norbert, le jeune frère d’Adrien, ne restera pas dans le village en reconstruction. Il finira sa vie dans le Sud de la France. Bien loin de Louvencourt.

L.J. et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Josiane HEROUART a réalisé la collecte de données pour la commune de Louvencourt.

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