UN JOUR, UN PARCOURS – Léon RENARD, de Beauquesne

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 28 mai 1892, Désiré Alfred Léon RENARD, sera finalement, pendant toute sa vie, prénommé Léon. Rien d’étonnant ! A la fin du XIXe siècle, il arrivait souvent qu’on choisisse un autre prénom usuel que le premier déclaré à l’état-civil.

Mais chez les RENARD, c’est un peu compliqué de s’y retrouver, car tous les prénoms des garçons débutent par Désiré, et tous les prénoms des filles par Marie.

Ainsi, Marie et Eugène RENARD  donneront naissance à Marie Rosa Victoria, à Désiré Alfred Anicet, à Marie Victoria Angelina, à Désiré Alfred Léon, à Désiré Paul et à Marie Rose Victoria…Les trois premiers enfants voient le jour à Terramesnil, petit village du Doullenais dont sont originaires Marie et Eugène.

Puis, la famille déménage dans la commune voisine de Beauquesne, Rue Saint-Antoine, où naissent les trois enfants suivants. Léon est donc né à Beauquesne. Son père, Eugène, vient y exercer la profession de « messager ».

Rien à voir avec le village agricole de ses parents ! Beauquesne est une ville importante de plus de 2 000 habitants. La commune a eu un poids très important dans la région grâce au tissage de lin. Mais, en ce début du XXe siècle, le lin n’a plus le vent en poupe. C’est la filature et le tissage du jute qui représente une des activités économiques les plus importantes dans le secteur, tout particulièrement dans les vallées de la Nièvre et de la Somme. Les Frères Saint y ont construit plusieurs usines textiles. Il était évident qu’ils en feraient autant dans leur village d’origine, Beauval. C’est dans cette usine, située à moins de 5 km de chez lui, que le jeune Léon va travailler tous les jours.

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Puis Léon quitte l’usine et devient, comme son père, « messager ».

Léon passe le Conseil de Révision à Doullens et il est incorporé au 8e Bataillon de Chasseurs à Pied, à Amiens. Incontestablement, son métier de messager a influé sur la décision d’affectation. Les Chasseurs sont chargés d’effectuer des missions de reconnaissance et de communication. Ils doivent savoir se déplacer rapidement. Même si certains sont effectivement à pied, il y a également des compagnies de cavaliers et des compagnies de cyclistes. Léon ne risque pas de s’ennuyer.

Léon prend le train à Beauquesne le 8 octobre 1913. Alors qu’il aurait dû descendre à Amiens, il continue jusqu’à Paris, et rejoint la Gare de l’Est. Le 8e BCP a été transféré à Etain, près de Verdun. L’armée d’active se rapproche des frontières. Si la guerre éclate, les frontières belges, luxembourgeoises et alsaciennes doivent être défendues.

En août 1914, dès que la guerre est déclarée, le 8e BCP mène des missions de reconnaissance sur le territoire de la Belgique qui vient d’être envahi par les Allemands. Les Chasseurs ne sont pas directement impliqués dans les combats meurtriers du 22 août, quand l’armée française lance l’offensive en Belgique, pensant pouvoir repousser les Allemands…jusqu’à Berlin. Par contre, le lendemain, le 8e BCP tient un rôle particulièrement important pour protéger le déplacement des troupes françaises qui battent en retraite. Dans le secteur d’Arrancy, dans la Meuse, les Chasseurs se mettent en position pour protéger les voies de communication. Leur mission est remplie avec succès, mais, malheureusement, quand les troupes allemandes arrivent, le 8e BCP ne peut résister et perd beaucoup d’hommes. Plusieurs copains de la Somme, arrivés comme lui début octobre 1913 pour effectuer leur service militaire, sont tués à Arrancy. Georges CHOQUET, de Grandcourt, Fursy CHARLEMAGNE, de Péronne, et puis le charcutier d’Ercheu, Eugène OYON. Léon comprend alors, dès les premiers jours, que la guerre va constituer un terrible jeu de hasard, où le perdant n’aura pas de seconde chance.

Le 8e BCP participe à la Bataille de la Marne, en septembre, puis effectue le déplacement vers la Manche pour tenter d’arrêter la progression des Allemands. Léon connaît alors, début octobre, le plat pays de Flandre occidentale. Le front se stabilise et, de chaque côté, les tranchées se creusent. Léon est blessé légèrement par balle, au pied gauche, le 25 octobre, près de Dixmude, puis, quelques jours plus tard, il est évacué pour maladie. Après deux mois de soins à l’arrière, il revient le 13 janvier 1915. Son régiment est maintenant positionné en Argonne. Moins de dix jours après son retour, Léon doit être, une nouvelle fois, évacué. Il a reçu une balle, dans le pied gauche déjà précédemment touché. Après une plus longue convalescence, il revient au front, en Champagne, et, par son comportement exemplaire, est promu caporal le 10 octobre 1915. Deux jours plus tard, comme de nombreux camarades d’infortune présents à ses côtés, Léon est victime d’une nouvelle arme tout aussi meurtrière que les balles et les obus. Léon est gazé. Alors, plus rien ne va être comme avant…

Soigné et éloigné du front, Léon est affecté au dépôt du régiment, puis dans des services auxiliaires bien plus éloignés encore. De février à septembre 1916, il est détaché à la garde des prisonniers de guerre aux Sables-d’Olonne.

Muté au 93e Régiment d’Infanterie, il est envoyé dans le secteur de Verdun. Mais son état de santé se détériore. Transporté de dépôts en hôpitaux et en lieux de convalescence, Léon ne parvient pas à retrouver la santé. L’armée peine à prendre la décision de le renvoyer chez lui. Il faut respecter les procédures. C’est uniquement le 10 juin 1918, que la Commission de réforme de la Roche-sur-Yon propose sa démobilisation définitive pour « rétrécissement mitral imputable au service ». Réformé le 30 novembre, il peut enfin se retirer à Beauquesne. Il reçoit, par l’Armée, une gratification de 234 francs. La guerre est finie.

Léon RENARD meurt le 19 décembre 1918, à son domicile, dans sa commune de Beauquesne.  Gazé trois ans plus tôt, dans la Marne.

 L.J et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Lionel JOLY a réalisé la collecte de données pour la commune de Beauquesne.

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