UN JOUR, UN PARCOURS – Gaston POIX, de Bussy-les-Daours

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 26 mai 1891, Gaston POIX habitait à Bussy-les-Daours. Pourtant situé près d’Amiens, Bussy est un petit village paisible, blotti dans la vallée de l’Hallue, à l’écart des deux  grandes voies de communication Amiens-Corbie et Amiens-Albert. Il y a moins de 300 habitants à la fin du XIXe siècle. Bussy, c’est une église, un château, des marais et des fermes. Beaucoup de fermes.

Gaston est le fils d’Adéodat et d’Alice. Ils résident près de l’église. Adéodat est originaire de Pont-Noyelles, village voisin. Alice est née à Bussy. Comme beaucoup d’habitants, Adéodat travaille dans les fermes. Selon les années, le statut peut changer. Journalier pour une ou plusieurs fermes, ou ouvrier agricole pour une saison dans la même ferme, la famille vit au rythme des saisons et des récoltes.

Dès qu’ils sont en âge de travailler, les enfants suivent le même chemin. Amelia, Blanche, Alfreda, les sœurs aînées de Gaston, travaillent soit chez Comin, soit chez Freville, cultivateurs dans la commune. Gaston et son frère cadet, Gustave, sont ouvriers agricoles dans la ferme Herbet. Il leur arrive même, quelquefois, d’être embauchés chez Dionis Herbet, le farinier. Dans la famille POIX, pas besoin de chercher un travail ailleurs. Les cultivateurs du village ont toujours besoin de main d’œuvre. Et les jeunes sœurs de Gaston, Gabrielle et Marguerite, suivront le même chemin. Jusqu’à ce qu’elles trouvent un mari…

La famille de Gaston n’est pas une exception dans le village. Loin de là. Chez les GUYOT, Rue du Milieu, les fils Albert et Arthur, sont ouvriers agricoles ou charretiers, selon les besoins, comme leur père.  Chez les MAQUET, Rue d’Amiens, c’est la même situation pour les frères Marius et Robert.

Les GUYOT sont plus souvent chez Grevin, mais on les trouve également dans la ferme du château. Les MAQUET travaillent plutôt chez Cavillon, et les POIX chez Herbet. Mais, selon les besoins, tous les ouvriers agricoles du village sont réunis dans la même ferme, le temps de la moisson ou quand il faut biner les betteraves.  Dans ces occasions, même ceux qui sont ouvriers, à Daours, dans l’usine textile ou dans l’atelier de bijouterie, sont de la partie. Ils se dépêchent de rentrer après leur journée de travail et viennent donner un coup de main dans les champs.

Gaston et Gustave POIX, Albert et Arthur GUYOT, Marius et Robert MAQUET ont vécu la même jeunesse.  Ils ont presque tous le même âge et ont connu les mêmes bancs de l’école, les mêmes bancs de l’église, les mêmes bords de rivière, et surtout, ils ont arpenté ensemble le marais et toutes les terres de la vallée et du plateau depuis qu’ils savent marcher. Ils connaissent le territoire de leur village sur le bout des ongles.

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Gaston, Albert et Marius sont en âge d’aller au service militaire en 1912. Seul Albert est jugé apte, et incorporé au 128e Régiment d’Infanterie d’Abbeville. Les deux autres sont exemptés. Le Conseil de Révision estime que Gaston, qui ne mesure qu’1m57, a subi un « arrêt de développement » ne lui permettant pas  de remplir son devoir.

Après les premiers mois de combats meurtriers, la taille de Gaston ne pose plus problème. Il est affecté, en novembre 1914, au 51e Régiment d’Infanterie de Beauvais. Son parcours est alors semé de blessures et de maladies. Il est blessé à la lèvre supérieure et à la main droite par éclatement de grenade, en juillet 1915. De retour de convalescence, il est affecté, en mai 1916, au 19e Régiment d’Infanterie. Ce régiment caserné avant la guerre à Brest, et composé, à l’origine, essentiellement de Bretons, a subi d’importantes pertes depuis les premiers combats. Comme beaucoup de régiments d’infanterie, il est régulièrement « reconstitué ». Qu’importe alors l’origine régionale des nouveaux venus. Le régiment soutient, pendant quatre mois, une guerre de mine des plus actives et des plus pénibles dans le secteur de Berry-au-Bac, dans l’Aisne, avant de rejoindre la région de Verdun et porter les lignes françaises, début novembre, jusqu’au village de Vaux. Le 21 novembre 1916, Gaston est évacué d’urgence. Il a été complètement enseveli sous un éboulement de terre. Gaston a vu la mort de très près. Il s’en sort, heureusement, uniquement avec des contusions, et revient au front en janvier 1917. Il est cité à l’ordre du régiment comme « brave soldat volontaire pour l’exécution de patrouilles et de missions périlleuses ».

Au printemps 1917, le 19e RI se positionne dans l’Aisne, dans le secteur du Chemin des Dames. Gaston est évacué une première fois pour soigner une hernie, puis une seconde fois fin octobre. A l’automne 1917, le froid et la boue font des ravages dans les tranchées, presque autant que les tirs ennemis. Gaston a les pieds gelés. De retour quelques semaines plus tard, avec des lésions qui restent irréversibles, Gaston reprend position dans le sud de l’Aisne, entre Courteçon et Vaumaires

Le 27 mai 1918, à 3h30 du matin, l’infanterie allemande lance une grande offensive. Elle prend les premières lignes françaises et submerge les régiments présents dans le secteur. Gaston est fait prisonnier. Transporté en Allemagne, c’est au camp d’Haubritz qu’il apprend la fin de la guerre.

Rapatrié en janvier 1919, Gaston est démobilisé le 13 août 1919. Juste au bon moment pour pouvoir faire les moissons. Mais hélas, de moisson il n’y aura pas cette année. Si le village a subi peu de dégâts pendant la guerre, les terres agricoles sont encore truffées de tranchées, de barbelés, de plaques métalliques, et de divers obus et munitions. Le secteur a servi de base arrière pour les Britanniques et les Australiens, notamment pendant la dernière année de guerre.

Chez les POIX, la guerre est maintenant finie.  Comme son frère, Gustave aussi a connu l’enfer. Revenu un peu cabossé, il est vivant. Les deux seuls garçons de la fratrie, Gaston et Gustave, sont revenus. Bien sûr, les blessures ont laissé des traces, mais la vie peut reprendre son cours.

Pour les familles GUYOT et MAQUET, plus rien ne sera jamais comme avant.

Albert GUYOT boitera toute sa vie. Une fracture du fémur, par balle, subie dès le début septembre 1914, n’a pu être consolidée correctement. Quant à Arthur, son jeune frère, il est mort en mars 1918, dans un hôpital de Bretagne, des suites de ses blessures.

Marius MAQUET, alors qu’il avait été exempté du service militaire, a bien été mobilisé ensuite. Il est parti en novembre 1914. Tout en continuant à travailler dans les fermes de Bussy après la guerre, Marius souffrira toujours du dos. Des éclats d’obus ont provoqué une fracture de l’omoplate gauche et de nombreuses lésions dorsales. Quant à Robert, son jeune frère, il est mort le 4 septembre 1916, à Soyecourt, pendant la Bataille de la Somme.

Gaston POIX est décédé à Amiens, le 1er août 1960, quatre ans avant son frère, Gustave.

L.J et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Francis et Brigitte DANEZ ont réalisé la collecte de données pour la commune de Bussy-les-Daours.

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