UN JOUR, UN PARCOURS – Ulysse CARPENTIER, de Villers-Bocage

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 25 mai 1893, Ulysse CARPENTIER  est un enfant de l’amour, premier bébé du jeune couple qui vient de se former entre Léocadie OGEZ et Ulysse. Son prénom, en tant que fils aîné, est le même que celui de son père.

Les parents résident à Villers-Bocage, dans la Somme, et sont tous les deux journaliers agricoles. Le travail ne manque pas dans ce bourg. Il se trouve essentiellement dans l’agriculture, car, bien qu’étant chef-lieu de canton, la commune est dépourvue d’industries. La cause principale en est l’absence de gare. Aucune voie ferrée ne passe par ici en cette fin de XIXe siècle. A défaut de locomotive à vapeur, le moyen de transport pour les longues distances est la voiture à cheval. Pour mille habitants dans la commune, il a  y a plus de 200 chevaux.

Beaucoup de métiers sont liés au cheval. Jean, le père de Léocadie, est charron. Son atelier est situé à côté de la maison familiale, dans l’impasse de l’église. La mère de Léocadie s’appelle également Léocadie. Elle aussi, en tant que fille aînée, a reçu le même prénom que sa mère.

La famille s’agrandit. Après Ulysse, naît Roger, puis Denise et Michel. Mais hélas, la vie de couple se complique. Dix ans après leur mariage, Ulysse (père) et Léocadie divorcent. Divorcer en 1902 n’est certainement pas une décision simple à prendre et à assumer. D’autant plus que l’un et l’autre habitent alors ensuite à quelques centaines de mètres, l’un de l’autre.

Ulysse (père), toujours ouvrier agricole, réside Rue Cosse, chez son père, Charles CARPENTIER, rentier. Les 4 enfants le suivent et vivent chez leur grand-père.

Léocadie s’installe dans la maison familiale des OGEZ, dans l’Impasse de l’Eglise, avec sa mère et son frère, Henri, qui a repris l’activité de charron. Puis, les naissances se succèdent: Clotilde, Joseph, Jean, Oliva, Clotaire. Ils portent tous le patronyme de leur mère. Au décès brutal d’Ulysse (père), les 4 premiers enfants rejoignent leurs 5 demi-frères et sœurs au domicile de la maman. Les 9 enfants sont à présents réunis sous le même toit!

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En tant qu’aîné de cette grande fratrie, Ulysse doit contribuer à subvenir aux besoins des plus jeunes. Il devient berger, chez Dupuis, agriculteur rue La Haut. Son frère, Roger, travaille chez un maréchal-ferrant sur la Route nationale. Il faut gagner un peu d’argent pour aider à nourrir toute la maisonnée.

Le Conseil de Révision se tenant dans la mairie du chef-lieu de canton, Ulysse n’a vraiment pas loin à aller. La mairie est dans la rue voisine de chez lui. Déclaré « soutien de famille », il est pourtant incorporé le 28 novembre 1913, au 51e Régiment d’Infanterie de Beauvais, pour le service militaire, puis est envoyé combattre, quelques mois plus tard, dès l’entrée en guerre, en août 1914.

Ulysse va tout vivre jusqu’à son retour à Villers-Bocage, en juin 1919. Il connaît les pires champs de bataille, des premiers combats, à Villers-la-Loue, en Belgique, à la Bataille de la Marne, l’Argonne, Verdun, la Somme, le Chemin des Dames, Champagne. Il passe à travers les balles, les éclats d’obus, les maladies.

Comme agent de liaison, sur le front, pendant toute la campagne, il prend part à toutes les attaques du régiment.   

S’illustrant par sa bravoure, il est même cité à l’ordre du régiment, le 28 février 1916, quand le village de Mannheulles, au Nord des Eparges (Meuse) est pris par les Allemands. Il se distingue « en entraînant ses camarades, de par son exemple et ses paroles, à l’assaut du village sous un feu de mitrailleuses excessivement violent ». Pendant l’attaque de nuit, Ulysse s’en tire encore une fois sans égratignure. Autour de lui, le bilan est lourd  dans le régiment: 7 tués, 48 blessés et 15 disparus.

En mars 1918, à l’occasion d’une permission tant attendue, Ulysse se marie avec Elise, une fille du pays, avant de retourner terminer cette terrible guerre. Toujours sans la moindre blessure. Il n’a jamais quitté son régiment, le 51e RI, du début à la fin du conflit. Combien a –t’il vu tomber de copains autour de lui ?

Après l’Armistice, Ulysse est mis à disposition du Réseau du Nord des Chemins de Fer de Campagne. Les trains à vapeur et les moteurs remplacent peu à peu les chevaux.

Il devient cantonnier sur les voies du Chemin de Fer économique. Toujours par monts et par vaux. Les lignes Amiens-Canaples-Doullens et Canaples-Lonpré-les-Corps-Saints doivent être toujours bien entretenues.  Comme à l’époque de son métier de berger, Ulysse est toujours à l’extérieur, près de la nature.

De gare en gare, le couple déménage souvent, et les naissances se succèdent : Claire, à Saint-Ouen ; Georges et Henri, à Bertangles ; Colette à Canaples. Puis la famille habite à Montières (quartier d’Amiens), à Doullens, à nouveau à Canaples…

Avec l’amour d’Elise et des enfants, et le choix du métier de cantonnier au grand air, il a certainement trouvé la voie du bonheur.

Ulysse est mort, le 27 janvier 1960, à Bertangles. Il avait 67 ans.

L.J et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  Régis BALLOY a réalisé la collecte de données pour la commune de Villers-Bocage.

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3 commentaires sur « UN JOUR, UN PARCOURS – Ulysse CARPENTIER, de Villers-Bocage »

  1. Votre blog a l’art de raviver la flamme de ceux qui, pour une raison ou une autre, on un peu perdu la foi en cette période délicate. Que de belles vies, racontées, illustrées. Que de belles personnes qui ont eu, comme notre grand-père à Ypres, à fréquenter l’ennemi contre leur grè. Et qui pour la plupart ne sont jamais rentrés. Joseph, notre grand-père, a été blessé deux fois par baïonnette et chaque fois, il a voulu repartir sur le front pour aider au sauvetage de sa patrie. Et de l’Europe. Merci pour ces textes.

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