UN JOUR, UN PARCOURS – Marcel OVAERE

Victimes de la Première Guerre mondiale – une Somme de vies brisées par 14 18.

Né le 17 mai 1892, Marcel OVAERE était Amiénois.

Auguste et Juliette, les parents de Marcel, sont originaires des Flandres. Auguste a rencontré Juliette, une fille d’Armbouts-Cappel. Ils se marient à Dunkerque et viennent s’installer à Amiens, dans la Somme. Auguste est menuisier, et le travail ne manque pas. La famille habite Place au Feurre, à quelques dizaines de mètres de la Cathédrale Notre-Dame.

Avec la naissance des enfants, il faut changer de logement. C’est d’abord le Faubourg de Beauvais, puis la Rue Béranger, et enfin, quand la famille est au complet, c’est la Rue du Moulin qui constitue l’univers immédiat des OVAERE.

Comme dans toutes les familles, à l’époque, la mortalité infantile frappe lourdement. Le dernier enfant porté par Juliette, en 1894, est déclaré mort-né. Après Marguerite, Auguste, Jeanne et Marcel, il n’y aura pas de 5e enfant.

Tout en élevant ses enfants, la maman exerce la profession de modiste. Malheureusement, alors qu’elle n’est âgée que de 39 ans, Juliette s’éteint en septembre 1899, laissant son mari et ses quatre enfants désespérés. Marcel, le plus jeune, n’a que 7 ans.

Dès qu’ils le peuvent, les enfants doivent gagner leur vie. Le salaire du père, menuisier chez Vandebure, n’est pas suffisant pour subvenir à tous les besoins. Marguerite, la fille aînée, est vestonnière chez Lefevre. Peu à peu, les autres enfants trouvent également du travail.

amiens place au feurre

L’arrivée du service militaire est peut-être une chance pour Marcel. A défaut d’être payé, il sera nourri et logé pendant une longue période. La loi de conscription vient d’être modifiée. Quand il part le 1er octobre 1913 pour rejoindre le 51e Régiment d’Infanterie, à Beauvais, c’est pour trois ans.

Il ne peut s’imaginer que dans trois ans, la « quille » sera encore bien éloignée.

Il attend le train avec Marcel GUILBERT, un jeune Amiénois qui habite dans le quartier de La Neuville.  Les deux Marcel font le voyage ensemble.

Le 51e RI quitte la caserne du plateau Saint-Jean, à Beauvais, le 2 août 1914, pour se rapprocher des frontières de la Belgique envahie.

Le 22 août, comme tous les régiments de la Région militaire d’Amiens, le 51e RI est positionné à proximité de Virton, pour lancer l’offensive dans le territoire belge et « renvoyer les Allemands à Berlin ».

Blessé au bras gauche, dès les premiers combats, par un éclat d’obus, Marcel OVAERE est évacué vers l’hôpital de Reims. De retour quelques semaines plus tard, il poursuit les combats entre Marne et Meuse. Les tranchées allemandes sont infranchissables. Chaque  tentative d’assaut entraîne morts et blessés.

Le 15 février 1915, à Beauséjour (Marne), Marcel est blessé au thorax, par balle. Son état nécessite deux mois d’hospitalisation. C’est à Yzeure (Allier), dans le lycée de Jésuites du château de Bellevue, transformé en hôpital temporaire, qu’il est soigné. Il le quitte le 20 avril pour deux mois supplémentaires de convalescence.

A son retour, il est affecté au 419e Régiment d’Infanterie.  Ce régiment d’Avord, dans le Cher, est constitué d’anciens blessés et de nouvelles recrues. Le régiment étant dissous en août 1916, c’est avec le 236e Régiment d’Infanterie que Marcel participe à la Bataille de la Somme, dans le secteur de Soyécourt, puis, en octobre, vers Quennevières, dans l’Oise.

L’état de santé de Marcel n’est pas bon. La balle dans les poumons n’a pas été sans dommage. Son évacuation à l’hôpital de Château-Thierry, en septembre 1917, n’est que la première d’une longue série. Il séjourne à l’hôpital 72 de Meaux de fin novembre à fin janvier 1918, puis à Nantes fin mars, à Caen, fin mai. Après chaque interruption, il revient combattre, même si les difficultés respiratoires sont toujours présentes.  Le 22 juin, il est affecté, pour deux mois, au centre de réentraînement d’Elbeuf. A l’issue de cette remise en forme, il rejoint le 9e Bataillon du 14e Régiment d’Infanterie qui combat en Champagne. Parmi les armes utilisées des deux côtés des belligérants, il y a les gaz. Marcel n’avait vraiment pas besoin de ça ! Il est victime d’ypérite et doit être d’urgence transféré, encore une fois, vers l’arrière pour y être soigné. C’est de son lit d’hôpital qu’il apprend la signature de l’Armistice.

Fin janvier 1919, Marcel est mis à disposition du Réseau des Chemins de fer du Nord, comme homme d’équipe. C’est dans le département du Nord, à Busigny, qu’il exerce cette mission, avant d’être démobilisé définitivement.  Pour une fois, la chance est au rendez-vous. Ce séjour dans le Nord, région natale de ses parents, lui permet de rencontrer une jeune fille de Buironfosse, dans l’Aisne, dont il tombe amoureux. Elle s’appelle Alix. Ils se marient le 29 septembre 1919.

C’est à Buironfosse, gros bourg de l’Aisne, situé à quelques kilomètres du Nord, que le couple s’installe. Rien d’étonnant à ce que ce fils de menuisier se sente à l’aise dans la commune où des dizaines de sabotiers exercent leur activité.

Les problèmes pulmonaires ont certainement perturbé souvent la vie de Marcel. Mais la vie, même perturbée, reste une chance extraordinaire pour ceux qui ont connu l’horreur de la Grande Guerre. Malgré les problèmes pulmonaires, Marcel a pu connaître beaucoup des plaisirs qu’offre la vie en temps de paix.

L’autre Marcel, le copain d’Amiens  avec qui il a effectué le premier voyage en train,  en direction de Beauvais, n’a pas eu cette chance. Marcel GUILBERT a été tué le 19 octobre 1915 à Tahure, dans la Marne, à l’âge de 23 ans.

Marcel OVAERE est mort à Buironfosse en décembre 1968. Il avait 75 ans.

L.J et X.B.

« De la Somme à Bellefontaine – 22 août 1914 » – recherche collaborative 1891, 1892, 1893 – Département Somme.  André MELET a réalisé la collecte de données pour la commune d’ Amiens.

amiens gare

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